mardi 19 octobre 2021

Patara, cité portuaire antique en Lycie

Si la plage fascine les touristes locaux et étrangers avec ses 15 km de sable doré sans aucune construction hôtelière à l’horizon, et sa zone de frai protégée pour les tortues marines Caretta Caretta, Patara est surtout un site antique majeur de la Lycie à découvrir derrière les hautes dunes de sable.


Nous avions visité il y a deux ans Andriake avec ses vestiges d’installations portuaires liés à la cité antique Myra, et son emblématique 
granarium restauré pour abriter le musée des civilisations lyciennes.
Le port antique Antiphellos (Kaş) était lui aussi éloigné de plusieurs kilomètres de la cité Phellos.
A Patara, sur l’estuaire aujourd’hui ensablé d’un affluent du fleuve Xanthos, le port et la cité ne faisait qu’un.
 
Depuis notre première visite en automne 1992, un travail considérable a été accompli par les archéologues du département d'archéologie de l'université Akdeniz. Les prospections, documentations et fouilles systématiques ont débuté en 1988 sous la direction de l’archéologue turc Fahri Işık et se poursuivent toujours avec l’archéologue Havva İşkan Işık. Si les excavations, consolidations et conservations des vestiges sont unanimement approuvées, le programme de restitutions, de restaurations, et de mises en valeur est parfois contesté et la directrice s’en explique dans des interviews dont celui-ci visible sur la plateformeYouTube (en turc).
 
Patara a depuis longtemps attisé la curiosité des voyageurs. En mission sur les lieux en 1838 et 1840 Charles Texier, archéologue et architecte français, consigna ses observations confirmant les dessins que la britannique Société des Dilettantes (Society of Dilettanti) avait publié à la fin du 18e siècle. L'archéologue O. Benndorf et l'architecte G. Niemann sont venus à Patara en 1881. Ils ont réalisé des recherches sur les ruines et les premières photographies. O. Benndorf reviendra à Patara en 1892 avec E. Kalinka qui s’attellera à répertorier pendant deux ans le matériel épigraphique lycien et grec de la région.
 
Les dernières prospections de la colline Tepecik (7 sur le plan du site et en jaune) témoignent d’une présence habitée entre le 10e et 7e siècle avant notre ère par datation de tessons de céramiques. Des inscriptions hittites du 14e siècle avant notre ère mentionnaient déjà l’existence de cette cité du peuple Lukka sous le nom de Patar en hittite et Pttara en lycien.

 
Les vestiges visibles aujourd’hui appartiennent pour la plupart à la période romaine (en rouge sur le plan).   
Le théâtre (25 sur le plan) a sans doute été érigé à la période hellénistique (en bleu sur le plan) mais les dernières constructions ont été réalisées en 147. A moitié enseveli sous le sable il a été entièrement dégagé et consolidé par la remise en place de quelques éléments épars.



 
La grande nouveauté est bien sûr la découverte en 1991 du plus grand bâtiment administratif d'Asie Mineure.




L’édifice de l’Assemblée de la Confédération Lycienne (23 sur le plan) était complètement enfoui sous le sable et la végétation. Endommagé certes, il a pu être reconstitué en grande partie avec les blocs de pierre d’origine. De 2008 à 2012 il a été restauré avec le soutien de l’Assemblée nationale turque comme en atteste l’inscription à l’entrée du bâtiment faisant, de façon quelque peu ostentatoire, pendant aux pierres gravées de textes honorifiques antiques !

 
Sa construction coïncide avec la fin de la période hellénistique, 2e et début du 1er siècle avant notre ère, lorsque la Ligue Lycienne qui existait probablement depuis des siècles, se dote d’un lieu de rencontre pour accueillir les représentants de toutes les cités membres, élus lors de cérémonies se déroulant au sanctuaire du Letoon. En effet la Lycie était parvenue à conserver une liberté relative avec ses institutions fédérales sous l’empire des Achéménides puis sous la domination des Romains. Mais elle fut concédée à Rhodes de 188 à 168 avant notre ère, et en 178 la Lycie se plaignit au Sénat Romain des maltraitances que les Rhodiens faisaient subir à la population. C’est ainsi qu’elle retrouva momentanément son autonomie et, qu’avec le consentement de Rome, elle fonda sur des principes démocratiques la Confédération Lycienne de 23 cités dont les plus importantes Xanthos, Patara, Pinara, Olympos, Myra et Tlos bénéficiaient de trois suffrages. Les réunions se déroulèrent désormais dans l’hémicycle de pierre. 


On peut imaginer aujourd’hui le Lyciarque, magistrat élu, présidant aux affaires civiles et religieuses depuis son large siège incurvé au milieu des gradins et les débats se déroulant dans cette assemblée fédérale, considérée par Montesquieu, dans son traité L'esprit des lois, comme « Un modèle d’une belle république fédérative ». 
Sous les protections en verre du sol de l’orchestre on voit les dalles en marbre cippolino gris-vert d'origine italienne.


A la période impériale, la Lycie fut annexée à la Pamphylie et devient province romaine avec pour capitale officielle Patara et pour gouverneur Sextus Marcius Priscus, sous les règnes de Claude (43-51) et de Néron (51-69).
L’édifice devint le siège des Gouverneurs romains pour y organiser la flotte et établir les transactions commerciales avec les provinces de l’Est.
C’est durant cette période que fut construit le phare (35 sur le plan) situé à l’ouest du port, non accessible pour le moment. Ses vestiges ont été dégagés d’une immense dune de sable en 2004-2005. Presque tous les éléments ont été retrouvés et minutieusement étudiés pour les assembler à l’identique et reconstituer la tour et son podium tel que l'empereur Néron le souhaitait « pour la sécurité des marins et des passagers », selon des inscriptions en lettres de bronze doré. Le phare devrait à nouveau se dresser dans le paysage en 2022.
Le port servait aussi de réserve pour les produits agricoles en attente d'expédition vers Rome. Le granarium d’Hadrien (117-138) situé a proximité du phare en atteste (36 sur le plan).
 
Sur l’agora devant le bâtiment administratif est exposé l'Arbora IV, embarcation expérimentale conçue sur le projet de l’explorateur allemand Dominique Goerlitz voulant prouver que les relations commerciales entre la mer Noire et la Méditerranée étaient possibles dès l'âge du bronze, notamment pour les Egyptiens.



Le drakkar équipé d'un mât en bois, de deux voiles en lin et de planches de dérives verticales a été construit près de la ville portuaire bulgare de Varna. 


Sa structure en roseaux totora du lac Titicaca, a été réalisée sous la direction des Indiens Aymara. Sa mise à l’eau s’est effectuée le 16 août 2019, avec à son bord 12 membres d'équipage. Il a franchi des voies aussi difficiles que le Bosphore, les Dardanelles ou la région des Cyclades avant de longer les côtes lyciennes et terminer son voyage maritime de 1300 km dans le port de Kaş le 19 septembre 2019 sous les applaudissements du public, puis transféré à Patara. Directrice des fouilles de la ville antique de Patara la Prof. Dr. Havva İşkan Işık, a exprimé ainsi sa fierté qu'un important projet archéologique y soit exposé : « En termes d'histoire scientifique et maritime, ce navire convenait au port de Patara qui s'est ouvert sur le monde en Lycie et était l'un des plus grands ports méditerranéens. »
     
Partant de l’agora (24 sur le plan), une large avenue bordée d’une colonnade s’avançait jusqu’au port. Une partie de cette artère principale a été restituée tandis que le dernier tronçon effondré est immergé dans les marais.



Les vestiges du portique ouest et de magasins longeant l’avenue témoignent d’une activité économique florissante. On y constate les traces de reconstructions ultérieures (après le 3e siècle) avec réemploi d’éléments provenant visiblement d’autres structures. Les codes de déontologie archéologique n'existaient pas à l'époque!


 
Trois vestiges de thermes romains se trouvent à proximité. Des fouilles plus approfondies sont en cours. 



Les thermes dits de Néron (18 sur le plan), les thermes centraux (20 sur le plan) et les petits thermes (21 sur le plan) dont la structure du caldarium présente un pan arrondi.
 
Un grand buste d'Apollon a été découvert sur une colline, ce qui indique l’existence d’un temple d'Apollon à proximité mais pas encore précisément localisé. Selon une légende, la cité aurait été fondée par le fils d'Apollon, Pataros, et sa mère, la Nymphe Lycia, sur le lieu de naissance d’Apollon.
Des inscriptions ont révélé que Patara était célèbre pour son oracle d'Apollon qui s'y tenait durant les mois d'hiver.
 
La porte monumentale (9 sur le plan) qui fut construite en 100 pour le gouverneur romain Mettius Modestus, se dresse toujours à l’entrée de la cité.

 
Plusieurs églises et une basilique (17 sur le plan et en bleu turquoise) sont construites dans la ville à partir du 4e siècle confirmant que le christianisme, de religion admise, est devenu religion officielle de l'Empire Romain. Saint Paul aurait embarqué de Patara pour son voyage missionnaire vers la Phénicie au milieu du 1er siècle. C’est aussi le lieu de naissance de Saint Nicolas vers 270.  
 
L’inexorable ensablement du port provoquera un lent déclin de la cité qui sera abandonnée au 12 e siècle.
 
Afin de promouvoir les vestiges remarquables qui contribuent à l’attrait touristique, Patara a été décrété site de l’année 2020 par les autorités turques, après l’année de Troie en 2018 et l’année de Göbeklitepe en 2019.

 
Arkeolojihaber: Arrivée de l'Arbora IV à Kaş (en turc)

jeudi 14 octobre 2021

Nouvelle escapade à Kaş

Pour se remettre des mésaventures bancaires de l’été, il fallait bien ça ! Ce lieu paradisiaque qui fait oublier momentanément les soucis, qui libère l’esprit des contingences chamboulant notre équilibre mental, existe au sud de la Turquie, dans la péninsule de Teke, la Lycie antique !
L’endroit est certes plus fréquenté en été, mais quand on a la possibilité d’y aller en automne, c’est un cadeau de la vie.



Un précédent séjour à l’hôtel Barbarossa en 2019, lors d’un séminaire des anciens élèves du Lycée de Galatasaray, fut un tel coup de cœur que j’espérais ne pas manquer ce nouveau rendez-vous sur la presqu’ile de Kaş, Andifli.  D’autant plus que cette année Murat Baltaoğlu, professeur de taïchi / qi gong, y proposait des cours matinaux. Pratiquant depuis quatre ans le qi gong pour surmonter les aléas du quotidien, cette activité encadrée fut la cerise sur le gâteau.
Côté baignade, pas de plage devant l’hôtel car la côte est très rocheuse mais plusieurs accès à la mer par des échelles et des plateformes ombragées sont aménagées pour le farniente.



Les espaces hôteliers s’étagent sur plusieurs niveaux dans une végétation plutôt ébouriffée. Cela n’empêche pas les grenadiers d’arborer des fruits superbes. (Les terrasses blanches visibles sur la photo ci-dessus sont celles de l'hôtel voisin.) 


Pour poser sa serviette sur le sable il faut aller à la petite plage publique située à l’entrée de la presqu’ile.
Une balade vers le centre de la bourgade est possible en taxi ou navette.
On peut y réserver des excursions en bateau (il y a l’embarras du choix), des stages de plongée sous-marine pour tous niveaux avec l’équipe polyglotte du centre Dragoman. On peut aussi simplement flâner dans les ruelles et lever les yeux sur les pittoresques balcons des maisons traditionnelles, les terrasses accueillantes, ou s'attarder sur la place pour y déguster une glace.





Parfois le regard est attiré par une enseigne inattendue. « Queen » semble ne pas manquer de fans dans la petite ville balnéaire !


En s’aventurant sur les hauteurs on découvre le port, le phare de Kaş et à quelques brasses l’ile grecque Kastellórizo (Meis en turc), qui a fait couler beaucoup d’encre il y a quelques mois, cible des velléités des autorités turques concernant la domination de leur littoral et s’opposant au droit maritime qui accorderait à l’ilot grec de 10 km² une Zone Economique Exclusive (ZEE) de 40 000 km². Mais laissons pour le moment les imbroglios géopolitiques pour consacrer cette petite semaine à la détente.



Au programme du séjour, la plage et le site archéologique de Patara, déjà vus il y a presque trois décennies, une journée sur les flots de la baie de Kekova (on ne s’en lasse pas !), et une nouveauté prévue sur la route du retour, la visite du site antique de Kibyra… A lire prochainement.
  

lundi 27 septembre 2021

Epilogue de la très mauvaise série non télévisée de l’été

Ceci n’est pas une fiction. Les faits sont bien réels et Madame K, (moi-même en personnage principal) les a vécus dans le plus grand désarroi, l’incompréhension, la détresse, l’anxiété, l’appréhension jusqu'à l’obsession et la perte du sommeil !


La saison 1 a débuté mi-août avec la réception en Turquie d’un avis de fermeture de compte bancaire du LCL (
voir les détails ici). Suspens insoutenable, certes, mais beaucoup de longueur dans le scenario, monotonie des épisodes se limitant à des appels téléphoniques journaliers, tombant sur des répondeurs ou pris par des employés d'accueil avouant leur incompétence pour transmettre ses interrogations. 
En l’absence de réponse à sa lettre envoyée le 19 août en recommandé avec accusé de réception à l’agence de Dijon émettrice de cette décision, et de toute autre possibilité de contact, la date fatidique du 12 octobre se rapprochait inexorablement. Un billet d’avion pour Paris fut réservé de toute urgence afin de trouver une solution à cette situation cauchemardesque : sur place, il serait sans-doute possible d’obtenir des explications et d’ouvrir éventuellement un autre compte…

La saison 2 fut plus riche en rebondissements !

Le premier contact avec l’agence de quartier, vendredi, lendemain de son arrivée, ne fut pas concluant, d’autant plus qu’elle n’avait pas reçu de réponse à sa demande de rendez-vous 10 jours avant. Conseillers et directeur indisponibles, juste quelques mots maugréés par l’employée à l’accueil : « Notre agence n’est pas à l’origine de cette décision et nous n’avons pas réussi à joindre l’agence de Dijon. La décision est généralement irrévocable et nous vous conseillons d’ouvrir un compte dans une autre banque ». Merci du conseil. Mme K l’avait effectivement envisagé dès ses premières insomnies !

Une visite à la Société Générale la plus proche eut pour effet de la rediriger vers l’agence Haussmann, spécialisée sur l’international. L’accueil fut plus que saisissant. Une seule question : « pays de résidence ? » suivie d’un laconique « Non, pas d’ouverture de compte pour les résidents en Turquie ». La demande légitime de lettre de refus fut écartée de façon péremptoire. Et pourtant ce document est indispensable pour présenter un recours de droit au compte auprès de la Banque de France.
Dans la foulée, rendez-vous fut pris avec la Banque de France qui lui conseilla de faire une demande de compte en ligne, qui serait très probablement refusée mais qui fournirait sans rechigner le fameux sésame. Effectivement, le samedi ce fut fait par Orange Bank.
Entre temps l’agence CIC du quartier lui accorda un rendez-vous et munie de tous les justificatifs demandés, elle fut reçue le mardi par une conseillère avenante chargée de réunir les documents et l’invitant à attendre la décision de son directeur dans les prochains jours.
La conseillère sembla surprise par les détails de l’histoire et lui assura que les directeurs d’agences bancaires ont forcément des contacts entre eux, confirmant ses soupçons, malgré le déni de l’agence LCL Nation à laquelle elle fit une nouvelle visite bien décidée cette fois à ne plus quitter les lieux sans obtenir d’explications. Sa détermination fut sans doute palpable car l’employée de l’accueil se résigna à tapoter sur son clavier, composa un numéro de téléphone et conversa avec un interlocuteur à Dijon, miraculeusement disponible. Il ressorti de cet entretien que certains justificatifs reçus en décembre 2020 par l’agence LCL Dijon n’étaient pas lisibles (?) et qu’il suffirait de les renvoyer pour que la fermeture de compte soit annulée. Le mystérieux interlocuteur allait envoyer un e-mail de contact à Mme K. Le jour même elle le recevait dépitée. Sans explication, il contenait en pièce jointe le même courrier reçu par la poste en novembre 2020 demandant justificatifs et fiches de renseignement de Mr et Mme à compléter, qu’elle avait fourni en décembre 2020. Sans trop d’espoir, elle renvoya à l’adresse e-mail enfin obtenue, les documents heureusement scannés et conservés, en les accompagnant d'un courrier relatant ses nombreuses démarches infructueuses.  
 
Le mercredi 22 septembre au matin Madame K se présenta à la Banque de France, 3 bis place de la Bastille, seule antenne de Paris qui accueille les particuliers pour les consultations de fichiers d’incident bancaire, les procédures de surendettement et les demandes de droit au compte.


Un grand hall et deux guichets tout au fond. Mesures sanitaires obligent, personnel et clients sont masqués et un plexiglas les sépare. Elle ne s’attendait pas à un salon de réception mais au moins un box et une chaise. Devant son étonnement d’être reçue dans ces conditions peu propices à la confidentialité, l'employé se méprit sur son mouvement de recul et lui asséna un agressif : « Doutez-vous de mes compétences ? » A priori, elle n’était pas encore dans cet état d’esprit et confuse, lui présenta ses excuses. Elle fournit sans attendre les documents mais le préposé lui déclara qu’il ne pouvait rien faire puisque son compte LCL n’était pas encore clôturé. « La procédure ne peut être engagée qu’en l’absence de compte ! Revenez quand le compte sera fermé ». Stupéfaction ! Où va l’argent ? « Il est envoyé à la Caisse de Dépôts et Consignations et inscrit sur la liste de déchéance. Vous pourrez le récupérer en faisant une demande de déconsignation, en envoyant des pièces justificatives qui vous seront demandées et un nouveau RIB de banque quand vous aurez obtenu l’ouverture d’un nouveau compte dans une banque que nous vous aurons désignée. »
Et en attendant l’aboutissement de toutes ces procédures que deviennent les prélèvements automatiques en cours ? Réponse : « Vous devez contacter les organismes pour les prévenir de la situation afin de convenir avec eux d’un moyen de payer les échéances, en attendant l’ouverture d’un compte ». Sachant qu’à la date de clôture, carte et chéquier ne seront plus valides, les divers organismes vont-ils accepter de recevoir des espèces et dans quel guichet ? Pas de réponse à cette question.
Le préposé lui délivra une attestation de non recensement au Fichier Central des Chèques (FCC) et au Fichier national des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers (FICP). Merci Monsieur !
Un long parcours semé d’embuches se profilait et le séjour de Mme K risquait de se prolonger… 
Ses craintes furent immédiatement confirmées par la réception d’un message vocal de la conseillère du CIC vue la veille, qui lui signifiait que sa demande d’ouverture de compte avait été refusée par le directeur et elle précisait, selon ses propres termes, « …compte tenu du fait que vous ayez la plus grande partie de l'année en Turquie... »
Cette fois Mme K fut anéantie en entendant cette motivation qui n'avait aucun sens. Elle envoya immédiatement une demande de lettre de refus d’ouverture de compte qui fut déclinée avec cette note : « Etant déjà détentrice d’un compte au sein d’une banque, nous vous invitons à vous rapprocher de votre banque pour toutes démarches. »
Comment sortir de ce cercle infernal ?
Ce premier jour d’automne était décidemment marqué d’une pierre noire ! Date d’équinoxe, d’inversement, de changement, la situation aurait pu basculer à son avantage...

Un dernier rebondissement vint effectivement dénouer l’imbroglio!
Son portable sonna en fin d’après midi et une voix affable se présenta en la personne d’un conseiller de l’agence LCL de Dijon, celle par laquelle tous ses malheurs étaient arrivés ! « J’ai bien reçu les documents envoyés et ils permettent de vous conformer aux exigences requises pour nos clients non-résidents !!!
Vous espérant enfin rassurée, je vous remercie encore de ces envois qui annulent de fait la fermeture prévue de votre compte joint. » Ceci est la copie texto, ponctuation comprise, du mail de confirmation réclamé par Mme K, désormais très méfiante, et reçu le soir même.
Fin du feuilleton et soulagement relatif de Mme K encore sous le choc de longues semaines d’incertitudes et de son voyage en Absurdie. Que ce serait-il passé si la décision de clôture avait été maintenue?

En l’absence de possibilité d’ouvrir un autre compte pour anticiper une éventuelle réplique de la situation, comment ne pas sombrer dans la paranoïa chronique ? 
Quelqu’un aurait-il une piste pour que la santé mentale de Mme K ne soit pas en péril ?
 

lundi 23 août 2021

La suspicion généralisée à l’encontre des Français de l’étranger

 
La lune luit dans le crépuscule orangé mais l’horizon s’assombrit du côté du soleil couchant!
 
 
Pas besoin d’être Afghan (pensée attristée pour leur dramatique situation) pour se sentir indésirable dans l’hexagone! Il suffit par exemple d’avoir eu l’idée saugrenue d’épouser un non Européen et de l’avoir rejoint dans son pays!
Les Français de l’étranger ne sont pas des Français comme les autres, on le savait déjà, et la pandémie a révélé des décisions ubuesques, telle celle de devoir justifier d’un motif très impérieux pour un séjour en France ! Rendre visite à sa famille n’en étant pas un ! Décision révisée depuis mi-mars 2021 par le Conseil d’état après 45 jours d’application stricte, réalisant enfin que c’était une atteinte au droit fondamental qu’a tout Français d’accéder à son pays.
La mise en place du « pass sanitaire » a compliqué sérieusement la vie de ces Français qui n’ont pas renoncé à s’y rendre pour l’été, vaccinés avec les doses disponibles dans leur pays de résidence mais non homologuées par les pays de l’UE, et donc considérés comme non vaccinés. Soumis à une quarantaine stricte à leur arrivée et condamnés à faire des tests à répétition pour boire un café en terrasse, participer à la moindre activité culturelle, ou se faire soigner. (Lire l’article de Gisèle)
 
Ce n’est pas mon cas puisque j’ai fait le trajet inverse. Bloquée en France depuis octobre 2020, je suis rentrée en Turquie en juin (après avoir reçu deux doses d’AstraZenca), pour y passer au moins l’été.
Un employé de la sécurité à Roissy s’est même permis de me demander d’un air désapprobateur ce que j’allais faire dans ce pays !
 
Comme en France, le variant Delta a bouleversé la donne en Turquie et les cas de Covid ont brutalement augmenté. Après deux doses de Sinovac (vaccin chinois) les plus vulnérables ont été convoqués pour recevoir une dose de Pfizer désormais disponible. (Un aveu déguisé de l’efficacité insuffisante du Sinovac ?)
Mais de toute façon, une dose de Pfizer ne suffit pas pour avoir le précieux sésame en France. Problème donc non résolu… une deuxième dose est désormais proposée pour les candidats aux déplacements hors Turquie, mais sur des critères flous. D’un point de vue médical n’y a-t-il pas de risque au sujet de ces vaccinations à répétition ? (4, en à peine 6 mois !) Je n’ai pas les réponses.
 
A cette atmosphère déjà angoissante, sont venues s’ajouter les dramatiques catastrophes climatiques concrétisées par de gigantesques incendies et des inondations meurtrières avec leurs cortèges de critiquables gestions.
 
Et puis coup fatal autant qu’imprévisible, un courrier de la banque LCL dont je suis cliente depuis près de 50 ans est arrivé il y a dix jours m’annonçant une clôture du compte. Sidération !
Depuis la réception de l’avis je tente d’avoir un interlocuteur via messagerie ou téléphone, mais sans succès. La période estivale est frappée d’une pénurie de personnel impressionnante qui n’a cependant pas freiné l’émission ni l’envoi de cette décision arbitraire.
En cherchant des informations à ce sujet sur internet on peut y trouver une littérature abondante mais pas très rassurante !
La fermeture systématique de comptes bancaires en France détenus par des Français de l'étranger est semble-t-il une pratique courante depuis quelques années, qui n’a pas faibli pendant la crise sanitaire, et justifiée par des obligations de vigilance auxquels les établissements financiers sont tenus pour légitimement lutter contre les fraudes, le blanchiment d’argent ou le terrorisme !
Les activités de notre compte ont beau être limpides (approvisionnement régulier et pas un seul découvert, prélèvements automatiques d’impôt foncier, de taxe d’habitation, de cotisations assurances diverses, d’abonnements EDF, Telecom, etc.), nous sommes entrés dans la catégorie des dangereux malfaiteurs ! Et la présomption d’innocence ne nous est pas accordée, malgré le transfert des justificatifs réclamés par la banque en novembre 2020.
 
La problématique est parait-il régulièrement soulevée par les autorités (sénateurs, députés et représentants des Français de l’étranger) et le Président de la République a jugé la situation inacceptable… mais ce ne sont que des mots non suivis de la moindre obligation pour les banques, ni aucune amélioration de la situation.
 
J’ose croire encore à une regrettable erreur, mais sans trop d’illusion…
Si je n’obtiens pas d’explications dans les jours qui viennent, un voyage à Paris en urgence s’imposera pour tenter d’ouvrir un autre compte, opération irréalisable à distance. Cette démarche peut d’ailleurs être refusée en toute impunité aux Français de l’étranger qui n’ont alors pour seul recours de contacter la Banque de France en présentant l’avis de refus et une demande d’exercice du droit au compte. Je vous laisse imaginer les tracasseries administratives et les risques d’impayés si les transferts de prélèvements ne sont pas réalisés à temps.
Un casse-tête supplémentaire provocant angoisses et insomnies dont on se serait volontiers passé en cette période d’abyssales incertitudes.
 
J’aurais préféré vous décrire, photo à l’appui, une prudente escapade dans les environs, mais ce n’est pas au programme du moment !
 
Une touche de fantaisie cependant : la visite inattendue et insistante d’une mante religieuse qui s’est posée sur la porte moustiquaire toute une journée. Mais comme chacun sait, l’hospitalité a ses limites ! Même reconnu inoffensif on se méfie du comportement potentiel de l’intrus…
Découragée par une porte résolument close, le lendemain matin la mante était partie.    


 

mercredi 28 juillet 2021

Auto-cueillette de fraises en Thrace

En sillonnant la Thrace turque en été on est impressionné par les étendues jaunes de tournesols à perte de vue. Agriculture industrielle et secteur économique important du pays qui placent cette production de graines oléagineuses au 6e rang mondial.
Mais en cherchant bien on peut trouver d’autres couleurs dans le paysage, comme le bleu lavande de notre dernière escapade.
Optons pour le rouge cette fois.
A 45 km au nord de Tekirdağ en passant par Muratlı, on arrive au village d’Alacaoğlu. Des pancartes indiquent la destination, Çilek Evi (maison de la fraise). La couleur de la maisonnette permet un facile repérage !


Le parking à proximité est déjà bien rempli. Apparemment la communication fonctionne mieux que pour le jardin de lavande visité au village d’Önerler!
Et surprise il y en a ici aussi une belle surface. 



Trop tard pour profiter de la floraison photogénique, mais pas de l’atmosphère parfumée. La plante odorante commence à sécher sur pied et quelques bouquets sont en vente.
La star n’est évidemment plus la lavande, mais les 100 milles plants de fraisiers alignés sur 12 hectares et pris d’assaut par des familles en quête d’une activité ludique et utile.


Concept qui fait de nombreux adeptes en France, l’auto-cueillette est appréciée ici aussi.
Un libre-service en plein air, le circuit le plus court entre producteurs et consommateurs qui convient particulièrement bien à la fragilité des fruits rouges.
Sensibilisé aux dangers sanitaires générés par l’agriculture intensive utilisant engrais et pesticides chimiques en abondance dans la région, le propriétaire actuel des terres est revenu dans son village natal à la mort de son père pour lutter modestement contre ce fléau. Il déclare être un lecteur assidu des ouvrages évoquant la permaculture qui ont influencé ses réflexions et sa décision de faire de son activité agricole le lieu d’une prise de conscience, d’un retour vers des savoirs ancestraux. Sa grand-mère lui expliquait déjà la nécessité de planter du maïs à proximité des haricots. Les plantes horticoles sont plus résistantes en échangeant leurs propriétés.
Çilek Evi veut être un lieu de partage, d’apprentissage, de transmission. Il est important que les adultes respectueux veillent à ce qu’enfants ou petits-enfants ne cueillent pas n’importe quoi, n'importe comment.
Ce n’est évidemment pas toujours le cas et cela explique le prix relativement élevé du kilo de fraises.
Mais le plaisir de découvrir les fruits cachés sous les feuilles, de remplir patiemment la barquette (regrettablement en plastique) fournie à l’entrée, la garantie d’une production bio, la promesse d’une dégustation savoureuse, vaut bien un surcoût. La prochaine fois je n’oublierai ni mon panier, ni mon chapeau de paille !


Il y a aussi des framboises sur 8 hectares, mais pour le moment non accessibles au public. Du petit épeautre est également cultivé à titre expérimental.
 
Un espace de repos avec rafraichissement et petite restauration ainsi qu’une aire de jeux pour les enfants jouxtent la maisonnette.


Mais plus assez de fraises pour en proposer un jus fraichement pressé aux visiteurs. Même le parfum fraise manque à la carte des glaces industrielles ! Plus de ventes de confitures mais encore quelques cheese-cakes à déguster.
Çilek Evi semble victime de son succès ! A sa décharge, le moment était un peu mal choisi pendant les jours fériés de la fête du sacrifice.
 
La cueillette aura cependant permis de diversifier ma production saisonnière. Aux traditionnels pots de confiture d’abricots du jardin, s’ajoutent cet été, quatre pots de confiture de fraises… dont déjà un d’englouti !


 

jeudi 1 juillet 2021

Senteurs de l’été

En Turquie, la province d’Isparta, la "Provence turque", est réputée pour ses roses aux parfums délicats, mais aussi pour ses impressionnants jardins de lavande, en particulier ceux du village de Kuyucak : au moins 80% de la production nationale y est récoltée. Une telle densité ne passe pas inaperçue et sans surprise, les étendues bleues et odorantes attirent les visiteurs de mi-juin à fin juillet.

 
Plus septentrionale, la Thrace s’est lancée aussi dans la culture de cette spécialité horticole depuis peu. Entreprise plutôt inattendue quand on connait la rigueur du climat hivernal de la région, mais certaines variétés ne semblent pas en souffrir. La chaleur estivale et la sécheresse leur conviennent pour libérer l’huile essentielle convoitée.
L’été dernier, les actualités régionales mentionnaient déjà cette production alternative qui prend parait-il de l’ampleur dans toute la province de Tekirdağ, connue jusqu'à présent pour ses tournesols et ses vignes. Une nécessité économique pour diversifier les productions sans avoir recours à l’irrigation.
Bien que les municipalités concernées tentent de faire la promotion de cette nouveauté, pariant en prime sur l’attrait touristique, la communication est encore embryonnaire.
Après quelques errances infructueuses, nous en avons finalement trouvé un beau champ à Önerler, petit village à proximité de la ville de Çorlu. 



Les visiteurs ne se bousculent pas et aucun produit n’est commercialisé sur place pour le moment. La cueillette est strictement interdite mais les abeilles butinent avec ardeur.
Des éléments de décor très kitsch sont malheureusement disséminés dans les rangs et censés motiver les photographes. 


J’ai bien tenté de les éviter dans mes cadrages au détriment de la perspective des alignements de touffes colorées.
Pas encore de quoi inquiéter le centre producteur d’Isparta, mais des débuts prometteurs sont à suivre.


Si j’apprécie le spectacle offert par la culture de cette plante aromatique aux nombreuses vertus, si même je suis tentée par d’audacieuses touches d’originalité culinaire ou quelque prescription thérapeutique, je suis beaucoup moins sensible à son parfum et ses utilisations cosmétiques.
 
Pour un éphémère plaisir olfactif je préfère la floraison des deux tilleuls de mon jardin qui embaume en ce moment l’atmosphère. 


Il est encore temps d’en faire provision pour des infusions hivernales apaisantes, mais déjà quelques fleurs se fanent et bientôt les senteurs exquises vont s’estomper puis disparaitre. Les abeilles qui en ont tiré tout le nectar vont partir butiner ailleurs…


On continuera d’apprécier cependant l’allure majestueuse de cet arbre et l’ombre fraiche de son feuillage. Ce n'est pas Mimi, qui va me contredire!