mercredi 15 juin 2011

Des tombes pavoisées de foulards

Sur la route de Milas, un petit tertre boisé pavoisé de foulards attire le regard des voyageurs attentifs. La curiosité nous fait découvrir un étrange cimetière de deux tombes entourées d’un muret d’environ un mètre de haut et blanchi à la chaux. Sur l’une d’elle, recouverte d’un tissu vert maintenu par des pierres, une stèle indique deux noms et des dates relativement récentes. L’autre semble anonyme mais décorée également de foulards plus ou moins décolorés par le soleil ou la pluie. Visiblement ces défunts ne sont pas oubliés.



La couleur rouge dominante fait évidemment penser à des sépultures alévies et c’est l’occasion d’évoquer cette minorité qui rassemble, suivant les estimations, de 10 à 25% de la population turque.

Les Alevis sont une communauté socioreligieuse, appelée aussi "têtes rouges". Leur doctrine et règle de vie reposent sur des principes d’égalité, de respect et de pluralisme, à l’opposé de tout intégrisme. Elle est apparue au début de l’Islam en Anatolie, associant des éléments d’autres religions. Elle a évolué vers un mode de pensée empreint de tolérance et d’humanisme et ses croyances s’apparentent à ce que certains qualifient de soufisme populaire. Elle représente un frein à l’hégémonie de l’Islam sunnite, religion officielle en Turquie.
Considérée autrefois comme hérétique, méfiance et préjugés sont encore trop souvent d’actualité. Persécutés par le pouvoir ottoman, ayant repris espoir avec l’avènement de la République et partisans convaincus de la laïcité, vivant depuis longtemps l’alévisme dans la clandestinité, victimes d’extrémistes il n’y a pas si longtemps, les alévis multiplient actuellement les démarches pour se faire reconnaître officiellement par l’État turc.

Il est indéniable que leur apport culturel a marqué profondément la musique, la littérature et la poésie turque. Pour n’en citer qu’un : Yunus Emre dont l’histoire, racontée par Jacques Lacarrière dans « La poussière du monde » est parue en édition de poche chez Points en 1998.

Pourquoi des foulards sur les tombes ? Peut-être parce que les femmes alévies n’ont aucunement l’obligation d’en porter.



Pour en savoir plus, consulter ces articles en ligne :

- Patrice van Eersel et Jean-Pierre Moreau, Alevis, des musulmans mystiques et futuristes... :

- Yücel Hakan, Le mouvement alévi. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], Actes du colloque Nantes-Galatasaray, 8 juin 2010. ISSN 1308-8378.

Ou lire:

- Irène Mélikoff, Sur les traces du soufisme turc, recherches sur l’Islam populaire en Anatolie, éd. Isis, Istanbul (1992).

- Faruk Bilici, Alevisme et Bektachisme : alliés naturels de la laïcité en Turquie ?, Islam et laïcité, approches globales et régionales, Paris, l'Harmattan, 1996, pp. 281-298.

mardi 7 juin 2011

Eflatun Pınar – un sanctuaire hittite

Eflatun en turc désigne la couleur violet. Ne vous attendez pas pour autant à découvrir, à environ 25 km de Beyşehir, des eaux aux reflets étranges dans le bassin qui entoure la fontaine hittite. Pas facile à trouver d’ailleurs, si on n’avait pas pris en stop un villageois cheminant au bord de la route et qui rentrait chez lui.


Pourquoi la source aurait été qualifiée de violette ? Bien qu’elle soit considérée comme un lieu de culte et que les personnages représentés sur le bas-relief aient été identifié à des divinités, sa couleur n’a pourtant rien de surnaturelle.
L’explication de sa dénomination est ailleurs…


Eflatun désigne aussi en turc le philosophe Platon. La lettre P n’existant pas dans l’alphabet arabe du turc ancien, Platon avait été surnommé Felatun, déformé en Eflatun.
L’habitude étant prise, l’alphabet latin du turc actuel n’a pas fait retrouver au philosophe l’unanimité sur l’orthographe communément admise.

Eflatun pınar signifierait donc la source Platon. Mais pourquoi lui avoir attribué la paternité de cette source ? WJ Hamilton aurait vu le monument au milieu du 19e siècle et des publications de l’époque évoqueraient cette découverte, mais il serait vraiment sorti de l’oubli au début du 20e siècle par Frederick William Hasluck qui y aurait vu une sorte de talisman pour protéger les habitants de Konya des inondations et en aurait attribué la fondation à Platon.

Bien que les ruines antiques non identifiées à cette époque aient été souvent hâtivement attribuées aux civilisations gréco-romaines, il est quand même surprenant qu’un archéologue ait pu avancer une hypothèse aussi farfelue. Pourquoi donc avoir choisi un philosophe et non pas un des dieux du panthéon hellénique ? Quelqu’un aurait-il la clef de l’énigme ?

Ce qui n’est plus tout à fait un mystère, c’est la présence de ce sanctuaire au milieu de nulle part. D'autres bas-reliefs de même type ont été retrouvés dans d'autres sites hittites, loin de toute agglomération décelée, comme à Yazılıkaya ou à Gavur Kalesi.


Des spécialistes de cette civilisation disparue, Goetze, Laroche, Beckman, Lebrun, Deighton, Macqueen, Hawkins, Gonnet, Mazoyer, s’accordent pour souligner l’importance de la relation des divinités du panthéon hittite avec l’eau nourricière.
Le dieu de l'Orage dont la demeure est située dans la montagne, maîtrise les eaux qui viennent du ciel et qui coulent des hauteurs. Lui est associée une divinité des Eaux Souterraines qui pourrait être la déesse solaire d’Arinna et dont le nom est souvent transcrit par le sumérogramme de la source. Télépinu, fils du dieu de l’Orage est associé à l’eau par son mariage avec Hatépinu, la fille de l'Océan. Son mécontentement et sa colère se matérialisent par une grande sécheresse.
Des textes traduits du hittite évoquent également des cérémonies d’ablution et mettent en évidence le pouvoir de purification des eaux de sources en de nombreuses circonstances. Des formules analogiques accompagnent parfois les rituels. L’une d’elle est écrite dans le Mythe de Télépinu :
"De même que l'eau dans le réseau d'irrigation ne remonte pas, que de Télépinu la colère, la fureur, la rancœur, ne revienne pas non plus!"

On ne peut qu’être frappé par une similitude avec une habitude, encore très répandue en Turquie et s’apparentant aussi à une sorte de rituel analogique: jeter de l’eau derrière une personne qui part en voyage pour que son périple se déroule aussi facilement que l’eau qui se fraye toujours un chemin, même quand il y a des obstacles. Une bien jolie façon de souhaiter « bon voyage » ! D’où vient-elle ? Peut-être d’une lointaine réminiscence hittite de la déification de cet élément.




En tout cas à Eflatun Pınar le lien entre l’eau et les divinités ne semble faire aucun doute.

Par contre sur le monument des questions restent en suspend… D’autres vestiges retrouvés à Fasıllar (18km de Beyşehir) auraient été destinés à compléter la construction de Eflatun Pınar. Les mystères ne sont pas tous élucidés...

dimanche 5 juin 2011

Konya - les batisseurs seldjoukides

Sans égaler la splendeur de celle de Karatay, deux autres medrese (écoles supérieures de théologie), aux alentours de la colline d’Alaeddin, témoignent du génie bâtisseur des Seldjoukides.

La medrese Ince minare, construite entre 1265 et 1267 pour le vizir Sahip Ata Fahreddin Ali a été restaurée entre 1986 et 1990. Elle abrite aujourd’hui un musée de la sculpture sur bois et sur pierre. De l’élancé minaret qui lui a valu son nom, il n’en reste qu’un tronçon encore significatif dont les briques vernissées forment d’élégants motifs géométriques. De l’extérieur, le contraste entre la sobre bâtisse et son monumental portail est saisissant, comme pour mieux attirer l’attention sur la superbe décoration d’entrelacs calligraphiques sculptés de ce dernier.



Le plan intérieur est assez semblable à celui de Karatay, mais la décoration raffinée en est plus discrète.



Pour retrouver un peu de la splendeur des décors de Karatay, il faut aller voir la medrese Sirçalı, reconvertie en musée des monuments funéraires depuis 1960. Le vizir Bedreddin Muslih ordonna sa construction en 1242.







L’iwan, vaste porche vouté ouvert sur une cour intérieure, garde les vestiges d’une décoration caractéristique de motifs géométriques turquoise et noir.


 Sur la grande avenue qui mène du tombeau de Mevlana à la colline d’Alaeddin Keykubad, un türbe polygonal à toit conique, comme celui visible à Beyşehir, mais d’allure très récente, attire le regard. Il est accolé à la mosquée Şerafettin dont une première construction avait été élevée au 13e siècle pour un Şeyh seldjoukide puis reconstruite sur l’emplacement au 17e siècle dans le style ottoman. Le türbe du Şeyh a été rasé en 1925. En 2006, lors de la restauration de la mosquée, on a retrouvé les fondations enfouies. Il a été reconstitué en 2008 d’après d’anciennes photos du début du 20e siècle.


mardi 31 mai 2011

Le tombeau de Mevlana à Konya

Il n’est pas difficile d’imaginer dans l’ancienne capitale seldjoukide, l’importance de l’influence mystique du très vénéré Mevlana Celaleddin Rumi (1207-1273), fondateur de l'ordre Mevlevi des Derviches Tourneurs. Son père Bahaeddin Veled, portant le titre de Sultan des Savants et fuyant les Mongols fut invité par le sultan Alaeddin Keykubad à s’installer à Konya qui accueillait déjà de nombreux hommes de sciences ou d’art. L’illustre refugié politique s’y installa avec toute sa famille et ses proches en mai 1228.
A sa mort, deux ans plus tard, les disciples du père se regroupèrent autour du fils, héritier de ses grandes connaissances. Une grande amitié lia Mevlana Celaleddin Rumi avec le derviche Şemseddin, son maitre spirituel, puis avec l’orfèvre pieux Selahaddin et enfin avec Çelebi Hüsameddin auquel il dicta les six volumes du Mesnevi, sa plus grande œuvre mystique et poétique, délivrant des messages de sagesse universelle.
Le türbe construit en 1274 pour recouvrir sa tombe et celle de son père est aujourd’hui un lieu de pèlerinage où affluent turcs et étrangers toujours aussi impressionnés par ce grand maitre de la tolérance, guide incontournable du questionnement intellectuel sur l’humanité.


Le célèbre dôme cannelé recouvert de tuiles vernissées turquoise ne fut rajouté qu’en 1396. Plus tard les sultans ottomans contribuèrent à enrichir la décoration du lieu.


Les disciples de Mevlana se regroupèrent aux environs et des bâtiments annexes furent construits pour former un tekke, reconverti en musée depuis mars 1927 et présentant les plus belles pièces des arts calligraphiques, des objets précieux en bois sculpté, en verre décoré, en cuivre, en argent… des instruments de musique, une superbe collection de tapis de prière anciens…

Cellules du tekke

La boutique de souvenirs est là pour nous rappeler que le rayonnement de Mevlana dépasse les frontières. Une littérature abondante plurilingue trône sur les étagères. Un auteur en particulier retient l’attention : Eva de Vitray Meyerovitch, docteur en philosophie, écrivain, chercheuse et directrice du service des sciences humaines au CNRS, consacra une grande partie de sa vie au soufisme et s’employa à divulguer l’œuvre et l’enseignement de Mevlana Celaleddin Rumi dans une quarantaine d’ouvrages, dont la première traduction en français du Mesnevi.
Décédée en 1999, son cercueil a été transféré, selon son souhait, dans le grand cimetière de l'autre côté de l'avenue, proche du türbe de Mevlana en décembre 2008. (Pas celui de la photo ci-dessous)
Son engagement intellectuel et sa quête personnelle forcent le respect. On ne peut qu’admirer son courage et sa contribution dans le combat contre les préjugés.


De quoi visiter avec grand plaisir cette ville qui est parfois considérée, à tort, comme un bastion de l’intégrisme musulman. Les enseignements de Mevlana continuent de diffuser à Konya un sentiment de sérénité comme celui que l’on peut éprouver lors d’une cérémonie de sema ici ou ailleurs, en dehors de toute croyance religieuse.

lundi 30 mai 2011

Çatal Höyük, un site pédagogique sur le néolithique

Les fouilles concernant cette période sont rarement accessibles aux néophytes et la sensibilisation se fait généralement devant les vitrines de musées archéologiques. En 2006 le Centre Culturel Yapı Kredi, Musée Vedat Nedim Tör (Istanbul) avait présenté le résultat provisoire des recherches avec des photos et reproduction d’habitation, exposition d’objets en obsidienne, silex, pierre et os, des perles, des figurines et récipients en terre cuite etc… permettant aux visiteurs de découvrir plus concrètement l’atmosphère d’une agglomération urbanisée du néolithique.

Pourquoi en rester là et ne pas faire une visite in situ à la première occasion?


A une cinquantaine de kilomètres de Konya, l’endroit présente un curieux renflement sur le vaste plateau steppique, aujourd’hui très irrigué et verdoyant, qui devait être à l’époque plutôt marécageux et donc riche en faune et végétation. Conditions propices à un établissement de longue durée.

Le tell, tertre artificiel imposant de 450m de long sur 260m de large, encore très partiellement exploré, renferme sur plus de vingt mètres de hauteur douze niveaux d'occupation néolithique entre 7400 et 6000 avant J.-C. Des centaines de constructions rectangulaires agglutinées auxquelles on accédait par le toit auraient regroupé 5000 individus. L’économie alimentaire y était déjà bien rodée. On y cultivait céréales et légumineuses et on y pratiquait la chasse. L’élevage de chèvres et de porcs y aurait fait son apparition.




Sur place, des cars entiers d’élèves des écoles de tout le pays sont accueillis régulièrement (sur rendez-vous).

La volonté de faire connaître au plus grand nombre les résultats des fouilles réalisées dans cet immense chantier s’est matérialisée par la création d’un parcours pédagogique commençant par la visite de la reconstitution d’une habitation, d’un centre d’information avec panneaux explicatifs, vidéo sur le déroulement des fouilles et de quelques reproductions d’objets les plus représentatifs, de dessins de peintures murales.




Puis on emprunte les chemins qui mènent aux deux hangars protégeant les lieux de fouilles où sont visibles les vestiges architecturaux. Moment d’intense vertige temporel.




Les fouilles sont actuellement menées chaque été depuis 1993 par une équipe internationale de 150 spécialistes sous la direction de l’archéologue anglais, Ian Hodder. Elles devraient continuer d’exhumer jusqu’en 2018 les traces d’une vie organisée et d’une activité agricole et artisanale, de l’évolution des liens sociaux et commerciaux sur une période de 1400 ans, pour tenter de comprendre un peu mieux le processus de sédentarisation au néolithique, et de quelle façon il a préparé l’apparition des premières civilisations mésopotamiennes.



 
La visite du site peut aiguiser la curiosité et donner l’envie d’en savoir plus. Mieux vaut se diriger vers les revues spécialisées et ouvrages les plus récents car le sujet a ouvert la voie à de nombreuses polémiques.

La notion de révolution néolithique a été proposée par Vere Gordon Childe en 1936 et à sa suite de nombreux archéologues se sont intéressés à cette période de grands bouleversements dans l’histoire de l’humanité.

L’Anatolie offre plusieurs sites de référence pour les premiers exemples de sédentarisation des groupes humains réunissant une population de plus en plus nombreuse, processus qui déclencha la nécessité de cultiver et d’élever des animaux pour se nourrir sans se déplacer. (Et non l’inverse comme on l’expliquait encore il y a 50 ans.)

Çatal Höyük n’est pas la première installation de sédentaires.

Hallan Çemi et Çayönü près de Diyarbakır, Cafer Höyük dans la province de Malatya (fouillé par J. Cauvin), Nevalı Çori sur l’Euphrate, Aşıklı Höyük et Tepecik-Çiftlik en Cappadoce près d’Aksaray sont des témoignages d’étapes antérieures, quand chasse et cueillette constituaient presque exclusivement les ressources alimentaires. Hacılar, près de Burdur, serait à peu près contemporain à Çatal Höyük.

Çatal Höyük a été localisé en 1952 et fouillé de 1961 à 1965 par l’archéologue britannique James Mellaart.
Mais l'interprétation de l'iconographie des sociétés sans écriture est une entreprise délicate et l’imagination fertile du spécialiste l’a conduit à des spéculations hâtives et des affirmations quelque peu fantaisistes. On peut comprendre que ces fascinantes découvertes l’aient entrainé un peu trop loin dans ses conjectures et regrettablement éloigné d’une rigoureuse démarche scientifique.

Maintes critiques ont été formulées depuis pour revenir à des limites acceptables du raisonnement subjectif. Il est évident que sur un site de cette importance, les hypothèses doivent être avancées avec prudence et s’appuyer sur un ensemble de données empiriques le plus large possible.

Alain Testart, anthropologue reconnu propose une relecture de l’iconographie néolithique dans un ouvrage récent : La déesse et le grain - Trois essais sur les religions néolithiques, Editions Errance, 2010.
Son analyse repose sur trois échantillons significatifs résultant des fouilles de Çatal Höyük observés et confrontés aux explications fournies autant par les sciences de la nature que par les sciences humaines, avant d’être l’objet d’interprétations plausibles intégrant un facteur essentiel : la volonté des acteurs de cette époque et leur état d’esprit.

C’est ainsi que les mythes d'un "dieu-taureau" et d’une "déesse-mère" sont remis en cause tout autant que le caractère habituel d’une exposition des cadavres aux vautours comme pratique funéraire qui n’aurait concerné probablement que les ennemis vaincus. Le culte des défunts n’aurait pas utilisé un rite barbare de décapitation. Par contre l’idée d’une société pacifique est contestée.



Les bucranes ne seraient pas destinés à honorer le sanctuaire d’un dieu viril mais à décorer une habitation dont le maitre des lieux fut fier de pouvoir exhiber les restes d’un sacrifice fait pour apaiser les puissances surnaturelles.

La fameuse statuette de la " grande déesse " accoudée sur ses fauves, pourrait bien symboliser la conscience naissante de la possibilité de soumettre des forces indomptées jusqu’alors, de dominer la nature.

Il semblerait donc bien imprudent d’interpréter la présence d’objets non utilitaires sous l’angle exclusif du religieux, comme témoignage d’un culte, mais plutôt comme l’expression d’un art symbolique. Ceci ne remet pas en cause la thèse soutenant l'importance accordée au féminin, la femme incarnant la reproduction de l'espèce et son espoir de pérennité. Quant à qualifier cette société de matriarcale, le pas a été rapidement franchi, mais des doutes subsistent.

Pourtant la découverte en 1995 du site de Göbekli Tepe (à proximité d’Urfa), daté du Xe et IXe millénaire, vaste espace où a été dressé un impressionnant ensemble circulaire de piliers monolithiques ornés de reliefs représentants un bestiaire surprenant de réalisme, est toujours interprété par les archéologues qui dirigent les fouilles (Klaus Schmidt et Harald Hauptmann) comme un lieu de rassemblement où se pratiquaient des cérémonies cultuelles. La dimension spirituelle serait donc apparue bien avant les constructions de Çatal Höyük. Pourquoi ses habitants l’auraient-ils ignorée ?

Il en va de même pour les nombreuses peintures murales qui ne peuvent aboutir avec certitude à des décryptages d’événements d’actualité néolithique.


Celle-ci, interprétée par James Mellaart comme figurant l’éruption du volcan Hasan Dağ à l’horizon lointain de l’agglomération, est accréditée par d’autres archéologues, mais elle est aussi vue par certains comme la représentation d’une peau de léopard et ses taches, surmontant un dessin en damiers sans signification identifiée. Il a cependant été confirmé par des géologues qu’il était vraisemblable que le volcan était en activité à cette époque.

On pourrait évoquer d’autres controverses… Elles sont nombreuses.

L’archéologie utilise des techniques de plus en plus performantes. Les matériaux sont de plus en plus minutieusement collectés, les analyses de plus en plus sophistiquées mais le discours archéologique propose encore parfois des théories qui relèvent de scénarii qui s’émancipent avec désinvolture des contraintes de l’observation. La littérature spécialisée en archéologie néolithique nous entraine dans un labyrinthe sans fin mais non sans intérêt. Comme dans un bon polar, les rebondissements, nouveaux indices, nouvelles pistes n’en finissent plus de tenir en haleine tous ceux qui voudraient bien comprendre quelles étaient les préoccupations de l’humanité en ces temps très lointains et pourtant si proches de nous. Le saurons-nous un jour?
En attendant, visiter le site de Çatal Höyük est l’occasion de se poser mille questions et d’obtenir quelques réponses provisoires.

samedi 21 mai 2011

La Mosquée Eşrefoğlu à Beyşehir






La Mosquée Eşrefoğlu à Beyşehir réserve une belle surprise à ceux qui sont restés sous le charme de la coupole du medrese Karatay de Konya. En effet on y retrouve les motifs caractéristiques des céramiques seldjoukides presqu’à l’identique dans la décoration du mihrab.





La construction visible encore aujourd’hui date de 1297 et a été réalisée pour le fondateur du beylicat des Eşrefoğlu, Seyfeddin Süleyman, fils d’Eşref.

Le minbar, la charpente et les colonnes en cèdre sont admirablement bien conservés. Ces boiseries peintes ou sculptées sont un témoignage rare de cet art décoratif de l’époque.








Le curieux bassin vide au centre de la salle de prière n’est pas un şadırvan (bassin d’ablution). C’est un réservoir qui a été aménagé lors de la construction pour recueillir la neige ou l’eau de pluie dans le but d’empêcher le dessèchement des boiseries quand il était nécessaire de chauffer les lieux en hiver. Ingénieuse trouvaille.




Il est rare de rencontrer des touristes étrangers à Beyşehir mais ce jour là, deux Clermontois sympathiques n’en finissaient plus de s’extasier devant ces merveilles. Ils étaient en repérage pour l’organisation du voyage d’une association et comptaient bien inclure cette visite à leur programme. Un intérêt bien mérité pour cette bourgade tranquille au bord du lac où, dans le quartier historique de la mosquée d’Eşref, un bedesten (bâtiment réservé à l’entrepôt et la vente des produits de luxe comme la soie et les bijoux), une medrese, un hammam, de vieilles maisons offrent un ensemble concret d’architecture médiévale avant d’aller rêver devant les traces plus ruinées du palais de Kubad Abad de l’autre coté du lac.