Entre patrimoine et création contemporaine, une visite de
cette exposition est un bon plan pour échapper quelques heures à la canicule
qui fait suffoquer la capitale !
A proximité du Forum des Halles et de l’église Saint-Eustache, dans le prolongement de la Canopée et du jardin Nelson-Mandela, se dresse un
surprenant bâtiment de plan circulaire évoquant à la fois le Colisée et le Panthéon
de Rome.
En ces lieux au 16e siècle se dressait l’hôtel
de la Reine Catherine de Médicis, demeure royale rebaptisée hôtel de Soissons
sous Henri IV.
La colonne Médicis, ou colonne astrologique contenant un escalier à vis menant
à une plateforme surmontée d'une structure métallique, communicante aux
appartements royaux, fut épargnée à la destruction du palais. Une halle aux
blés fut construite en 1763 et réaménagée pour accueillir la Bourse de Commerce
de Paris à partir de 1889 jusqu’en 2016. La mairie de Paris en accorde alors l’usage
à l’homme d’affaires, François Pinault, pour la présentation de ses collections
d’art contemporain regroupant 10 000 œuvres.
L'architecte japonais de renom Tadao Ando a été choisi pour transformer en musée d'art, l’édifice
historique protégé.
L’espace remodelé entre tradition et modernité a ouvert
ses portes le 22 mai 2021. Déjà plusieurs expositions des collections Pinault
s’y sont succédé venant témoigner que l’art contemporain prend ses racines dans
notre passé et notre histoire.
L'exposition « Clair-obscur » présente une sélection
d’une centaine d’œuvres, d’une trentaine d’artistes, qui invitent à une déambulation entre obscurité
et lumière, technique picturale née dans l’antiquité et maitrisée au 16e
et 17e siècles pour modeler des volumes sur les toiles, y faire
apparaitre des visages, des objets, en dissimuler d’autres. (Le Caravage,
Rembrandt, etc.)
On peut y déceler une métaphore pour analyser le présent
en suggérant qu'il faut parfois observer l'obscurité du monde pour y discerner
une lueur.
Nos pas sont d’emblée attirés par la Rotonde surmontée
d’une impressionnante coupole de verre diffusant généreusement la lumière, et cernée
d’une fresque sur toile marouflée de 140 mètres de long et 10 mètres de
hauteur, représentant le commerce entre la France et les cinq continents, œuvre
collective d’Alexis-Joseph Mazerolle (1826-1889), Georges Clairin (1843-1919),
Marie-Félix Hippolyte-Lucas (1854-1925), Désiré-François Laugée (1823-1896), et
Evariste-Vital Luminais (1821-1896) qui fut réalisée pour l’exposition
universelle de 1889.
On est agréablement accueilli par la fraicheur qu’offrent
les lieux investis par l’œuvre de Fujiko Nakaya, Cloud#07156, déclinaison
intérieure d’une de ses « sculptures de brouillard », habituellement
présentées en extérieur. Les visiteurs y évoluent avec délice, participant à la
matérialisation de la circulation de l’air dans l’espace et s’y fondant jusqu'à
devenir invisibles.
Surprenant les visiteurs qui attendent l’ascenseur,
une souris animatronique les interpelle en bégayant depuis un trou creusé dans
le mur dans une mise en scène datée de 2019 de Ryan Gander (né en 1976 à
Chester). Prisonnière de sa « boucle » animée, unique rescapée d’une époque
révolue, elle témoigne peut être d'une des premières affectations des lieux, une
halle aux blés.
Laura Lamiel, née en 1943, a installé dans les vitrines
de la Rotonde des objets du quotidien qu’on ne voit plus tellement leur
présence nous est familière… des visibles deviennent invisibles et requiert
pourtant un attentif regard.
Avant de monter aux niveaux supérieurs, découvrons Sigmar Polke
Au niveau 1, les œuvres de l’artiste roumain Victor Man, né en 1974,
sont révélées dans la galerie 3 qui lui est consacrée. Elle en présente dix,
réalisées entre 2012 et 2025, entre banalité du quotidien et grandeur de
l’universel dans une palette assombrie.
Au niveau 2, la galerie 4 invite à voyager dans l'inconscience, les images mentales d'une rêverie.
Le traumatisme de la Seconde Guerre Mondiale a bouleversé la vision du monde de plusieurs artistes dont Jean Dubuffet (1901-1985), Alberto Giacometti (1901-1966), Maria Martins (1894-1973) et Germaine Richier (1902-1959) et leurs productions en témoignent dans la galerie 7 par des corps humains en mutation encore reconnaissables.
Ils deviennent dans le dernier tiers du 20e siècle des ombres disloquées par l’expérience des camps de concentration et du cancer pour la polonaise Alina Szapocznikow (1926-1973), Filozof, 1965, fonte du bronze en 2022.
La colonisation et l'exil pour Danh Vo né au Vietnam en 1975,
Hécatombe liée au sida pour Robert Gober né aux États-Unis en 1954.
La galerie 5 réunit sur le thème de l'incandescence, des oeuvres explorant les potentialités spirituelles et existentielles de l’âme humaine dans un monde de plus en plus terre à terre.
Jean-Luc Moulène, Burning Hand (Cyrille), 2021, Bronze et verre.
Bill Viola (1951-2024) hanté par la question du seuil
séparant la vie et la mort a cherché à retranscrire physiquement et symboliquement ces espaces limites.
Autre clin d’œil au passé du quartier des Halles sans doute, un drôle de lampadaire s'est encastré dans l'architecture de la Bourse de Commerce.
Compagnon d’errance nocturne un peu éméché. Il
s'agit de l'œuvre Ohne Titel réalisée en 1989 par l'artiste allemand Martin
Kippenberger. Sa petite lumière rouge nous guide peut être vers un meilleur
possible.
Depuis le niveau 3 on peut admirer les alentours, église Saint Eustache, Forum des Halles et sa Canopée, jardins et au fond Beaubourg actuellement en restauration. On y découvre des informations sur l’histoire de l’édifice et de quoi se désaltérer.
Fermé le mardi. Ouvert les autres jours de 11h00 à 19h00
avec nocturne jusqu’à 21H00 le vendredi. Du mercredi 4 mars au lundi 24 août 2026.
Sources
Le Livret de visite de l’exposition
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