Quand le séjour parisien se prolonge, les occasions de redécouvrir ma ville
natale se multiplient au fil des jours. Le 12e arrondissement je le connais
assez bien puisque l’avenue Daumesnil faisait partie des balades dominicales de
mon enfance pour rejoindre le bois de Vincennes en passant par la place
Daumesnil du nom du général Pierre Daumesnil, (héros des guerres napoléoniennes
et de la défense du château de Vincennes en 1815). Mais déjà à l’époque elle
avait été rebaptisée, depuis 1946, place Félix Éboué, afin d’honorer un
administrateur colonial et compagnon de la Libération inhumé au Panthéon. Les
habitudes ayant la vie dure, elle reste encore de nos jours pour la plupart des
Parisiens la place Daumesnil, d’autant plus que la station de métro continue à
porter ce nom.
Pas loin d’imaginer que les fauves avaient trompé la vigilance des gardiens
pour s’échapper du zoo, sa fontaine aux huit lions de bronze m’impressionnait
beaucoup. Je les retrouve trônant toujours au milieu de la place bien dégagée
et en cours de végétalisation, facilement accessible depuis les récents
aménagements piétonniers. Conçue en 1869, la fontaine ornait à l’origine la place
du Château-d’Eau, devenue ensuite place de la République et décorée pour
l’événement d’un monument plus symbolique.
La fontaine aux lions fut alors
transférée jusqu’ici en 1883, mais ce n’est pas le sujet du jour.
L'église du Saint Esprit se situe à quelques pas de là.
Son entrée
monumentale, certes imposante, mais coincée au cœur d'un îlot d'immeuble sur
l’avenue, ne laisse en rien présager de la surprise que réserve son
architecture intérieure démesurée pour une église de quartier. Après la guerre
de 14/18, le 12e arrondissement de Paris voit sa population croître fortement.
En 1928, on y décide la construction d'un nouveau lieu de culte. L'architecte
Paul Tournon (1881-1964) est chargé des plans à la demande du Cardinal Dubois.
A son décès, le Cardinal Verdier reprend en main le projet en 1931. (Pour
petite anecdote, ce cardinal est le grand oncle d’une copine d’Istanbul que je
connais depuis mon arrivée dans cette ville, une cocasse coïncidence pour
ce qui va suivre!). L'église du Saint-Esprit s'inscrit en effet dans l'œuvre des
Chantiers du Cardinal, une association religieuse créée en 1931 par le Cardinal
Verdier, visant à l'édification d'églises et de bâtiments paroissiaux dans
Paris et sa banlieue avec le double objectif de créer des emplois après la
crise de 29 et « d’évangéliser la classe ouvrière ».
La construction s’achève en 1935. L’édification du
clocher culminant à 75 mètres date de 1962.
Il est temps de franchir le portail pour découvrir la Sainte Sophie
parisienne.
L’église est entièrement réalisée en béton armé laissé en grande partie à
l’état brut mais son concepteur s’est fortement inspiré des églises byzantines
et en particulier de l'antique basilique Sainte-Sophie de Constantinople
(Istanbul) tant pour la structure que pour l’impressionnante coupole principale
de 22 m de diamètre et 33 m de hauteur. (Pour comparaison, la coupole de Sainte
Sophie culmine à 55,6 m au-dessus du sol et son diamètre est de 31 m).
L'église du Saint-Esprit est un chef d'œuvre de l'art sacré. Soixante-dix artistes ont contribué à cet impressionnant foisonnement Art
déco, reflétant le mouvement du début du 20e siècle.
Les décors peints sont des fresques traditionnelles sur enduit de ciment frais, à l’exception de la Pentecôte de Maurice Denis (peinte sur enduit sec) ou le Chemin de croix de Desvallières (sur toile marouflée).
Marcel Imbs et Jean Gaudin ont réalisé les compositions en mosaïques ornant les coupoles et pendentifs.
Celle de la grande coupole est encore bâchée pour le moment.
Les
vitraux ont été principalement réalisés par les maîtres-verriers Louis
Barillet, Paul Louzier et Jean Hébert-Stevens.
Hauts-reliefs et bas-reliefs complètent la décoration.
Puis il faut longer la rue Cannebière jusqu'à l'angle de la rue Claude Decaen pour découvrir l’extravagante façade latérale
longue de 55 m recouverte de briques de Bourgogne. Elle est rythmée d’arcades
en plein cintre séparées par des contreforts. Au-dessus des contreforts, les
pinacles sont ornés de sculptures en béton de Carlo Sarrabezolles représentant
les Arts et Métiers.
En 2022, une vaste opération de restauration a permis de
coiffer de cuivre les 15 coupoles de l’église, afin de garantir l’étanchéité conformément
aux souhaits de l’architecte qui n’avait pu mener ce projet faute de moyens.
Pour les voir étinceler au soleil il faut parait-il se rendre à la bibliothèque Mitterrand.
Les fenêtres, nombreuses, mais de petite taille, n’apportent pas beaucoup
de lumière naturelle. Cependant les restaurations entreprises en 2025 mettent
en place des éclairages pour la mise en valeur des œuvres. Cette église
remarquable apparaît comme un musée de l’Art sacré des années 30. Elle est
classée au titre des Monuments historiques depuis 2016. Tout comme l'Institut d'Art et d'Archéololgie, l'église du Saint Esprit est un exemple marquant du style historisiste à Paris.
Bientôt un orgue, déjà prévu à l’époque mais non commandé faute de
financement, viendra compléter l’ensemble. En 2021, l’orgue
Rochesson (1940) de l’église désaffectée Saint-Nicaise de Rouen est retenu pour y être transféré après restauration.
En levant les yeux vers son
emplacement futur on remarque le buste du Cardinal Jean Verdier, hommage du peuple de Paris au créateur des Chantiers
du Cardinal.
Sources :
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