jeudi 30 juin 2016

Attentats dans l’aéroport Atatürk d’Istanbul

De retour de Paris hier soir, l’arrivée au terminal des vols internationaux fut un moment éprouvant. Pourtant aux contrôles douaniers, les interminables files canalisées en serpentins étaient les mêmes, bien qu’un peu moins longues qu’habituellement en cette saison, l’attente des bagages sans surprise. Ce n’est qu’à la sortie des voyageurs, s’effectuant pour le moment par les portes béantes aux vitrages pulvérisés, que l’on a mesuré toute la sauvagerie de l’attaque et le cauchemar vécu par une autre foule il y a tout juste 24h. « En sécurité », elle ne l'était pas ici non plus. Des vies ont été fauchées. L’abominable s’est encore produit semant douleurs et souffrances.

Malgré les traces matérielles encore bien visibles, plafonds effondrés, matériaux fondus, tôles tordues et noircies à peine cachés par des panneaux masquant ordinairement d’éventuels travaux de maintenance, l’activité a déjà repris son cours. Espérons que cette hâte n’aura pas fait disparaître des éléments essentiels pour mener l’enquête macabre. Alors que les odeurs de fumées et de mort imprégnaient encore le hall, certains s’attardaient même au café. Acte de résistance ou début d' insensibilité à l'horreur?

La plupart des passagers et accompagnants quittaient cependant les lieux d’un pas lourd, accablés de tristesse, après un furtif regard sur les lieux sinistrés. Pas une fleur, pas une bougie… il est encore trop tôt pour le recueillement ?


Publié par le journal Hürriyet



----------------------------------------- 

mardi 31 mai 2016

Réconfort gourmand

On le sait tous, les sucreries sont à consommer avec modération. Mais il y a des moments où l’on ne résiste pas à quelques douceurs pour éloigner temporairement les tourments, la peine, la détresse, les afflictions que nous impose un jour ou l’autre la vie, ou tout simplement pour se faire plaisir.

Pour tous ceux qui ont besoin de réconfort, voici deux adresses parisiennes découvertes ces derniers mois, du côté des Grands Boulevards.

Le musée gourmand du chocolat, 28 bd Bonne Nouvelle, Paris 10e, nous emmène jusqu’en Amérique centrale et en Amérique du Sud découvrir la boisson des Olmèques, Mayas, Toltèques et Aztèques qui ont voué à travers les siècles un véritable culte au cacaoyer, arbre du paradis, et à ses fèves qu’ils consommaient sous forme de poudre diluée avec d’autres ingrédients et qui leur servaient aussi de monnaie d’échange.






Depuis son introduction en Europe au 16e siècle le fameux Tchocoatl, ou « divin nectar », a conquis le monde et à partir du 19e siècle s’est décliné dans une version solide, en tablettes, figurines creuses et diverses fantaisies de bonbons. Les célèbres chocolatiers Debauve et Gallais confectionnaient déjà depuis quelques décennies des médaillons en chocolat appelés « pistoles » et en vantaient les vertus médicinales.

Certaines chocolatières ressemblent beaucoup au récipient dans lequel on prépare le café turc
On découvre en parcourant les salles, quelques mille objets retraçant l’histoire de la production et la consommation de cet aliment bien particulier qui après s’être largement démocratisé au point d’en être dénaturé, cherche à reconquérir une authenticité à grand renfort de pourcentage et de traçabilité sur la provenance de sa matière première, tout comme les vins et le café.
Laissez-vous guider par votre nez pour assister à la rapide démonstration de fabrication, suivie d’une trop brève dégustation... que l'on peut évidemment prolonger à volonté après un passage à la boutique... 



Pour la deuxième adresse, le hasard m'a un peu aidée. En déambulant dans les jardins de l’école du Breuil, j’ai croisé deux inconnues qui bavardaient en piochant allégrement dans un sachet de friandises dont j’ai immédiatement reconnu le contenu. Je cherchais ces petits cubes de pâte vanillée à la réglisse depuis que la pâtisserie surannée du 92 rue de Charonne, où je m’approvisionnais à l’occasion, a été remplacée par une enseigne spécialisée dans la fabrication artisanale de pains et de viennoiseries ne proposant plus aucun bonbon. La convoitise donnant toutes les audaces, j’ai demandé aux gourmandes d’où venait ce trésor…
« A la mère de famille », 35 rue du Faubourg Montmartre, m’ont-elles répondu d’un air de connivence en me tendant le sachet…
Et c’est ainsi que j’ai découvert la boutique résultant d’une histoire de famille et de successions réussies depuis 1761. L’épicerie fut reconvertie en confiserie en 1856. La devanture témoigne du style « Belle Epoque » (tout comme le restaurant Bouillon-Chartier dans la même rue et quelques passages couverts à proximité). Elle est inscrite aux monuments historiques. 




Ne reste plus qu’à entrer dans le temple de la gourmandise !
Des bonbons de toutes les régions de France y sont réunis. Des calissons aux pâtes de fruits, des caramels aux berlingots, des roudoudous aux guimauves, des sucres d’orge aux violettes de Toulouse, il y a l’embarras du choix, sans oublier les sucettes, les chocolats pralinés, ganachés ou feuilletés, les palets, les tablettes, et puis les nougats, les confitures maison, les macarons et j’en passe…


Pour les nostalgiques qui cherchent une douceur au goût d’enfance, absente des rayons des supermarchés, c’est assurément ici qu’ils pourront la dénicher, comme j’ai moi-même retrouvé les cubes de pâte vanillée à la réglisse ! 



lundi 30 mai 2016

Voyage en Amazonie

Depuis le 8 mars, journée internationale de la femme et hasard d’un banal rendez-vous parisien, je voyage en Amazonie sans avoir eu besoin de m’envoler pour l’Amérique du Sud.
J’aurais bien voulu mais je ne suis pas partie non plus sur les rives du Thermodon, Terme Çayı en turc, dans la région de Samsun, au bord de la mer Noire, à la recherche d’éventuelles traces laissées par les Amazones, ces femmes guerrières et cavalières des peuples Scythes et Sarmates ayant probablement vécu entre 600 et 200 av. JC, qui ont suffisamment  impressionné les Grecs pour qu’ils en relatent les exploits dans leurs récits mythologiques en les faisant affronter Hercule, Thésée, Achille, Bellérophon, et bien d’autres.
J’ai pourtant entamé, sans l’avoir choisi, un épique voyage dans les contrées sans frontières du temps suspendu, de la parole étouffée, des interminables attentes, des insupportables incertitudes, et des guère moins supportables certitudes. 

Jardin de l’hôpital St Louis à Paris et ses bâtisses historiques, en avril

Le centre hospitalier actuel
Propulsée dans un monde inconnu, bien qu’essentiellement féminin, il va falloir avancer à un rythme qu’on ne maîtrise pas, suivre des stratégies défensives et offensives élaborées par d’autres mais franchir les étapes coûte que coûte sans flancher.

L’annonce déstabilisante de sa présence perfide m’a fait entrer en résistance contre un ennemi pernicieux et tenace, qui se dissimule sous le nom d’un signe astrologique, synonyme de crustacé.  Le combat a déjà commencé et il sera long. Il faudra bien le courage des guerrières pour en sortir victorieuse,  l’obstination d’un enfant pour pagayer dans des eaux tumultueuses, la force des arbres pour rester debout.

Au parc d’acclimatation en mai
Un marronnier et son lierre grimpant dans le jardin de l’école du Breuil au Bois de Vincennes en mai
  

dimanche 20 mars 2016

La Turquie en souffrance

Etre confronté à toute cette violence aveugle, à ces carnages à répétition, finit par paralyser les doigts qui courraient sur le clavier. A quoi bon énumérer ici, semaine après semaine, l’horreur des attentats.

Gorge sèche et regard vide, il n’y a plus de mots puisqu’il manque l’insouciance. 
La Turquie, l'humanité sont en souffrance et j’en suis malade…


....................................................................................................................


jeudi 10 mars 2016

Köfte airlines, un insolite resto

Sur la E 84 en approchant de Tekirdağ, petite ville côtière de Thrace dans la région la plus occidentale de la Turquie, à environ 130 km d’Istanbul, les restaurants qui proposent une dégustation de köfte ne manquent pas, et pour cause ! Bien que les boulettes de viande hachée se retrouvent un peu partout dans le pays avec des variantes quant à la façon de les assaisonner ou de les faire cuire, celles de Tekirdağ sont une spécialité régionale incontournable dont voici les ingrédients :
1/2 kg de viande de bœuf hachée
La mie d’une tranche de pain rassis trempée dans l’eau puis essorée.
1 oignon haché
2 cuillers à soupe de lait et 2 cuillers d’eau
2 cuillers à soupe de semoule fine
1/2 cuiller à café de bicarbonate de soude
Sel, poivre
Il ne reste plus qu’à bien malaxer le tout et confectionner les boulettes en forme de petites saucisses. La cuisson doit se faire sur le grill… au feu de bois de préférence.
Elles sont impérativement accompagnées d’un peu de sauce piquante au piment rouge,  d’un piment vert, plus ou moins doux, cuit sur le grill aussi, d’un quartier de tomate et quelques rondelles d’oignon.
Bien que savoureuse, cette spécialité culinaire n’a rien de particulièrement originale !


C’est oublier le grain de folie d’un homme d’affaire turc pour qui la passion des avions lui a inspiré un concept attractif. Köfte airlines… il fallait oser !


Il y a deux ans, il a récupéré une carlingue d'Airbus A 310 mise au rebut et l’a fait transporter en quatre pièces détachées jusque dans un champ. 




Le temps de construire un semblant de piste, de remonter l’avion et d’y faire quelques aménagements, l’espace a commencé d’accueillir les premiers clients il y a un an. Les soirs en fin de semaine, l’assortiment de boulettes ou les filets de poisson de la Marmara se dégustent dans une ambiance musicale, mais malheureusement sans alcool, donc sans le célèbre raki de la région, ni son vin.




Après avoir jeter un coup d’œil au cockpit, visite qui réjouit les petits et grands enfants, on a finalement opté pour une assiette de traditionnelles köfte et une de sucuk de production locale dans la salle de restaurant plus conventionnelle. Elle n’a même pas l’allure d’une salle d’embarquement !


Il n’empêche qu’on y sert paraît-il de copieux petits déjeuners valant aussi le détour !
Si vous ne remarquez pas l’imposant panneau publicitaire au bord de l’autoroute, vous ne pourrez pas ignorer la présence incongrue de la carlingue, quelques kilomètres avant d’arriver à Tekirdağ. Pour faire bonne mesure, les lieux sont assortis de plusieurs dénominations, Uçak (avion) restaurant et même Boeing café… Allez savoir pourquoi?



  

vendredi 19 février 2016

Le caravansérail de Rüstem Pacha (Kurşunlu han)

A Istanbul les œuvres de l’architecte Sinan sont généralement mises en valeur et bénéficient des égards dus au maître dont on a récemment loué le génie créateur en lui consacrant une exposition.  Il y a pourtant une exception. Depuis la station de métro Haliç et en se dirigeant vers Karaköy, trouver le caravansérail de Rüstem Pacha, édifié par Mimar Sinan, n’est pas chose facile. D’ailleurs personne ne le connaît sous ce nom dans le quartier. Il faut préciser Kurşunlu han, faisant référence à sa toiture de plomb initiale bien qu’aujourd’hui il n’en reste aucune trace. Par pudeur sans doute, la pancarte de l’entrée a été taguée pour effacer la mention de monument historique.



Tandis que les deux autres édifices (mosquée et medrese) commandés par le grand vizir et époux de Mihrimah, fille du sultan Soliman le Magnifique, se trouvent de l’autre coté de la Corne d’Or et sont soigneusement entretenus, le délabrement de celui-ci saute aux yeux. Comme tout le quartier de Perşembepazarı, espace commercial et artisanal vétuste, spécialisé dans l’outillage et la quincaillerie, il sombre dans la décrépitude sans que personne ne semble disposé à tenter d’y remédier. 



Pourtant il est l’unique construction de ce type de ce côté de la Corne d’Or. Elevé en 1550 sur les ruines de la cathédrale latine Saint-Michel endommagée lors d’un grand incendie, les arcades du rez-de-chaussée en seraient en grande partie les vestiges ainsi que le chapiteau (surmonté d’une pompe à eau) que l’on peut voir près de l’entrée quand il n’est pas enfoui sous les détritus.


Les aménagements successifs pour utiliser les lieux comme dépôts ou ateliers ont défiguré la bâtisse depuis des décennies. Retrouvera-t-elle un jour une allure plus digne de son architecte? 


jeudi 18 février 2016

La mosquée d’Azapkapı et la fontaine de la sultane Saliha

En descendant à la station de métro Haliç, située au milieu du nouveau pont enjambant la Corne d’Or, et en se dirigeant côté Azapkapı - Galata, se trouve la mosquée Sokullu Mehmet Pacha (à ne pas confondre avec l’autre du même nom que l’architecte Sinan édifia en 1571 sur des ruines d’une église byzantine pour le même commanditaire (grand vizir de Soliman le Magnifique) dans la péninsule historique près de la petite Sainte Sophie


On notera qu’elle fut construite à l’extérieur des remparts génois dont on peut voir un vestige, désormais surmonté du tablier du pont.


Coincée dans l’imbroglio urbain d’un ancien chantier naval, du pont Atatürk menant à Unkapanı, et des récents aménagements métropolitains, la visibilité de cette oeuvre de Mimar Sinan est bien compromise. Il n’empêche qu’une restauration est en cours. 


Les pierres de la majestueuse bâtisse ayant retrouvé leur éclat tel qu’il devait être au moment de la construction achevée en 1578, parviendront peut-être à capter le regard des passants et qu’ils en profiteront pour admirer la jolie fontaine sebil de style baroque ottoman construite en 1732 pour la sultane Saliha, mère du sultan Mahmut I, restaurée en 2005.



La petite histoire raconte que le destin d’une petite fille a basculé en ces lieux. Elle venait y remplir sa cruche à une modeste fontaine mais celle-ci est tombée et s’est brisée. La sultane Rabia Gülnuş, épouse de Mehmet IV, qui passait par là, touchée par les larmes de l’enfant lui tendit une pièce aussitôt refusée. « Je ne pleure pas pour la cruche brisée mais pour l’eau répandue que je ne pourrais pas rapporter à la maison ». La sultane étonnée de la réponse, proposa aux parents d’emmener la fillette si raisonnable au sérail pour qu’elle y reçoive une bonne éducation. Quelques années plus tard elle deviendra l’épouse du fils de Rabia Gülnus, le sultan Mustafa II. Son fils Mahmut I, devenu sultan à son tour, fera construire pour elle cette merveilleuse fontaine, joliment décorée de fruits, de fleurs, de rinceaux gravés dans la pierre en témoignage d’une insolite destinée.




mercredi 17 février 2016

La maison musée d’Habib Gerez

Même quand on décide d’un parcours précis de promenade dans Istanbul, l’imprévisible n’est jamais exclu. Parties de la station de métro Haliç, en plein milieu du pont suspendu entre les deux rives de la Corne d’Or, l’objectif du jour visait plutôt quelques vestiges architecturaux du quartier de Karaköy. Nous en avons trouvé certains dont j’aurai plus tard l’occasion de vous parler tandis que d’autres sont encore à découvrir.
Empruntant l’escalier Camondo pour faire une pause au pied de la tour de Galata, nous avons ensuite continué de remonter la pente en direction de Beyoğlu et l’avenue Istiklal. 


L’avenue Galip Dede, bordée de boutiques rutilantes semble avoir entrepris de concurrencer le grand bazar pour attirer les touristes, au détriment des magasins traditionnels d’instruments de musique qui étaient sa spécialité il y a encore quelques années. De rares rescapés ont modifié leurs prix en même temps que leur vitrine. Sur ces constatations, une grille ouverte sur un petit passage pavé d’une autre époque a capté notre regard. A l’entrée, une plaque annonçait une fondation artistique et un nom, Habib Gerez, pas vraiment inconnu.




Nous engageant par curiosité, un couple nous a emboîté le pas, puis sans hésitation a sonné à la porte au fond à gauche dans l’impasse aménagée en jardinet urbain avec tables et chaises adéquates. Nous allions par discrétion rebrousser chemin quand un vieux monsieur a ouvert la porte et invité toutes les personnes présentes à entrer.


Habib Gerez nous faisait l’honneur de sa demeure sans autre formalité et nous pressait d’aller s’installer dans les fauteuils de son salon. Satisfait, il entreprit de nous faire le récit résumé d’une vie bien remplie, tandis que nos regards ébahis se portaient sur les vitrines où s’alignent les couvertures de ses publications, les récompenses accumulées tant pour sa production de peintures que pour ses talentueux écrits, et les albums uniformément reliés contenant photos et articles de presse le concernant. 



Sur les murs quelques tableaux, un peu partout des souvenirs de ses nombreux voyages dont les imposantes sculptures en teck extrême-orientales qu’il semble plus particulièrement affectionner.




Toute une vie classée, rangée, exposée entre les murs de cette ancienne maison grecque qu’il occupe depuis 35 ans, située à 200m de la synagogue Neva Shalom. Il ne restait plus qu’à ouvrir la porte de ces lieux étonnants aux visiteurs. C’est chose faite depuis peu d’années et il déclare d’un ton détaché n’être plus qu’un occupant usufruitier. Il a légué ce bien immobilier et ce qu’il contient à sa fondation pour 500 ans.

Né le 14 juin 1926 à Ortaköy, sur la rive européenne du Bosphore, juriste de formation, amoureux de la poésie depuis son enfance, lui-même auteur de 11 recueils et autres écrits, il a commencé dans les années 60 à suivre librement les cours des Beaux Arts. Depuis il a peint dix mille tableaux dont quatre mille sont entreposés au sous sol.
Différents styles ont jalonné sa production. Il a commencé par une variante du papier marbré (ebru) avec de la peinture diluée, puis une période réaliste a suivi, remplacée par une période abstraite aussitôt enrichie d’éléments concrets pour une création de « paysages humains ».  Il conserve la trace écrite de toutes les oeuvres vendues ou offertes et dont quelques unes se trouvent dans les musées turcs, mais aussi en Belgique, en France, en Israël et aux USA. Il a réalisé cent trente expositions personnelles dont une trentaine à l’étranger.

Avant de grimper allégrement les escaliers pour la suite de la visite, il prend la pose devant ses médailles et trophées enrubannés avec un sourire malicieux.


La vaste pièce du premier étage est à la fois bureau, entrepôt, atelier et salle d’exposition.


Tandis que l’on caresse Boncuk, la chatte affectueuse lovée sur les coussins moelleux du fauteuil dans l’espace de la fenêtre en saillie sur la rue, Habib Gerez s’est emparé d’un micro et a branché la sono pour nous réciter un poème de sa composition « Yaşamın ardından » (Au-delà de la vie).




Il nous reste à explorer timidement les lieux. Des toiles tapissent les murs ou sont classées sur des étagères, les pots de couleurs bien alignés, les pinceaux, les carnets prêts à être utilisés. Quelle fée du logis règne sur cet univers ?





Tandis qu’on se consulte d’un regard pour évaluer l’opportunité de proposer à notre respectable guide de nous acquitter d’un modeste droit pour s’être introduit dans sa maison musée, c’est lui qui nous remercie d’une chaleureuse poignée de main et nous offre quelques exemplaires de son calendrier, en nous congédiant gentiment.


Il est 14h, le moment pour lui d’aller déjeuner au restaurant d’en face comme chaque jour et d’y rencontrer peut être des amis jusqu'à 16h, puis de flâner dans les rues alentours puisque le temps le permet.
Minutieux archiviste de sa propre vie, il a choisi l’art comme ligne de conduite et répète à qui veut l’entendre sa devise: « Sanatın kulu kölesiyim, böyle bir kölelik dostlar başına » Je suis l'esclave le plus servile de l'art, esclavage que je souhaite à mes amis de connaître.
De la 18e génération de Juifs arabes ayant fui l’inquisition espagnole pour se mettre sous la protection du sultan ottoman, il se revendique artiste turc et aspire à l’égalité et la fraternité entre tous les peuples.
Nous venons de faire la connaissance d’un personnage sympathique et attachant dont le narcissisme généreux est l’une des multiples facettes. Il s’enorgueillit de parler six langues dont le français et d’avoir commencé l’étude du russe.
Il aura 90 ans en juin prochain et nous invite à venir fêter son anniversaire qui parait-il est un événement incontournable du quartier. Ne pas oublier d’apporter un gâteau à partager…
  

Adresse: Galip Dede cad. No.68 Galata, Beyoğlu, Istanbul