vendredi 20 janvier 2012

Flânerie à Tophane - Ancienne fonderie impériale


Il y a seulement 10 ans, on ne s’arrêtait pas à Tophane, on ne faisait qu’y passer en remarquant à peine les constructions historiques religieuses ou civiles qui encadraient l'avenue. On regrettait que leurs façades, déjà noircies par des siècles d’activités industrielles aux alentours, soient en plus flanquées de constructions disgracieuses de bric et de broc, défigurant leurs architectures majestueuses.  
Des initiatives privées ont depuis transformé l’apparence du quartier. La reconversion des anciens dépôts portuaires en espaces culturels à partir de 2003 avec l’organisation de la 8e biennale d’art contemporain dans l’entrepôt No4 qui  deviendra l’année suivante le musée Istanbul Modern, puis l’inauguration du centre culturel Depo en 2009, a contribué largement à multiplier sa fréquentation.
Enfin les vestiges de l’imposante fonderie impériale Tophane-i Amire, qui a donné son nom au quartier, léguée à l’Université des Beaux-Arts Mimar Sinan en 1993, accueille depuis 2004 des collections prestigieuses.





J’ai visité récemment le bâtiment à l’occasion de l’exposition temporaire de 121 œuvres de Salvador Dali sur trois thématiques : « La Comédie Divine», « Les Traces du Surréalisme » et « Le Dîner de Gala ». (Jusqu’au au 26 février 2012)




Mon propos n’est pas de vous commenter l’événement, mais je vous conseille évidemment d’y aller. 




Profitez-en comme moi pour découvrir les structures architecturales de l’édifice datant du règne de Selim III reconstruit sur l’emplacement des anciennes fonderies de canon successivement érigées sur l’ordre de Mehmet-le-Conquérant puis de Soliman-le-Magnifique. Les casernes attenantes ont été démolies dans les années 50 pour élargir l’avenue, essentiellement pour améliorer la circulation des voitures… Depuis d’autres initiatives ont été prises, comme l’aménagement de la voie de tramway qui facilite bien les déplacements. 
(A suivre)

mardi 17 janvier 2012

Istanbul en manteau blanc

Les flocons n'ont pas continué à voltiger cette nuit. Le soleil matinal s'activait déjà à faire fondre le manteau blanc qui a causé la paralysie du trafic hier soir. La couverture de coton n'a pas amorti les bruits de la ville très longtemps.
Depuis ma fenêtre...



Dans le petit parc d'à côté, les branches ploient encore sous le poids de la neige accumulée...








Les bancs ne sont pour le moment que des éléments décoratifs du paysage...



lundi 16 janvier 2012

Le No 62 de La Passerelle franco-turque


Le No 62 de La Passerelle franco-turque vient de paraître. Il a neigé sur Istanbul aujourd’hui et ce n’est peut être pas fini ! Les marrons grillés seront de circonstance pour réchauffer ce trimestre hivernal.



L’association va réunir ses adhérents en février pour l’élection d’un nouveau conseil d’administration. Ma décision de ne pas renouveler ma candidature, de quitter le bureau (mais pas l’association!),  a été prise dans la sérénité d’une mission accomplie au sein d’un groupe amical.

J’ai fait de mon mieux pour remplir cette fonction bénévole de rédactrice et coordinatrice de la publication depuis janvier 2006 (No38). Ce fut une expérience enrichissante qui m’a sans doute permis de révéler mon intérêt pour l’écriture. Elle n’est pas étrangère à la création de ce blog. En effet, pourquoi ne pas faire partager plus largement mes textes écrits pour La Passerelle avec ma famille, mes amis hors de Turquie ? "Entre deux rives" s’est ensuite étoffé avec d’autres textes plus personnels mais sa création fut certainement aussi motivée par la recherche d’un moyen de communication en ligne pour l’association, dans la perspective de compléter la diffusion des informations entre deux impressions trimestrielles. Le blog de La Passerelle fut créé le 21 janvier 2009 et Marine le tient à jour depuis cette date. Le mien commença dans la foulée, le 4 février 2009.

La préparation du journal m’a donc incitée à me familiariser avec des techniques informatiques… Mais il me reste encore beaucoup à apprendre !
Progressivement j’ai pu améliorer les mises en pages de la publication papier, ajouter des photos, du contenu plus diversifié en m’investissant davantage dans les activités. Car, ce n’est pas un scoop,  pour que le journal reflète au mieux les préoccupations des membres de l’association des familles franco-turques, son rédacteur doit être attentif aux sujets d’actualité locale, doit se tenir informé des diverses activités de l’association et y participer autant que possible. Inutile de préciser que c’est un vrai travail collectif et que la contribution de chacun est importante pour l’obtention d’un résultat satisfaisant. Mais la coordination de l’ensemble nécessite d’être présent pour prendre quelques photos, solliciter l’écriture d’un petit reportage, motiver l’un des participants à vous l’envoyer avant la date limite, relancer les auteurs potentiels… Au passage, je tiens à remercier tous ceux qui ont participé à l’élaboration de la brochure, en particulier Gisèle qui a communiqué régulièrement des textes de qualité et qui j’espère continuera à le faire.  

Je ne doute pas qu’une nouvelle équipe y arrive tout aussi bien et même mieux… Il faut souvent se sentir au pied du mur pour se lancer et révéler une aptitude. Merci à La Passerelle de m’en avoir fourni l’occasion. Je compte bien continuer à partager mes récits sur ce blog et peut être aussi dans les pages des prochains journaux…

vendredi 13 janvier 2012

Mystère au musée des mosaïques du grand palais

Les mois d’hiver réveillent chez certains des instincts de marmotte, moi ce serait plutôt ceux de la taupe (ma myopie n’y est pour rien). Les jours sont courts, le ciel souvent triste et à quoi bon même tenter d’attraper un rayon de soleil qui ne réchaufferait pas. Un état fébrile, qui ne doit rien non plus aux divers virus et microbes, s’empare de moi. Il me vient des envies d’explorations souterraines, et Istanbul ne manque pas de trésors enfouis.
Le déclic cette année s’est fait en lisant sur le site officiel du ministère de la culture et du tourisme que le musée des mosaïques du grand palais (Büyük Saray Mozaikleri Müzesi) est fermé au public jusqu’au 14 juin 2012, pour cause de réparation de toiture.

La structure qui recouvre de magnifiques compositions, in situ, qui décoraient le palais de Daphné, l’un des plus anciens édifices constituant le grand palais byzantin reconstruit sous Justinien, a en effet pour mission de protéger ces vestiges datés du 6e siècle. Ils ont fait l’objet de longues et délicates restaurations de 1982 à 1997. Les panneaux représentant pour la plupart des scènes bucoliques sont des exemples uniques de cet art de la mosaïque appliqué à la décoration d’architecture civile de la fin de l’antiquité.








On connaît la lenteur d’exécution de certains projets qui, pour des raisons mystérieuses, semblent ne devoir jamais aboutir malgré des déclarations médiatiques pleines de bonnes intentions. La citerne Theotokos Pantokrator (Zeyrek sarnıcı), la citerne de Théodose (Şerefiye Sarnıcı) sont toujours en souffrance tout autant que l’hypothétique « arkeologik parkı » concernant justement des vestiges byzantins. Ils n’ont d’ailleurs pas l’exclusivité d’incompréhensibles escamotages. Le superbe pavillon impérial de la Yeni Cami, dont la restauration à grands frais a été récompensée et l’inauguration officialisée, est toujours fermé au public pour d’insondables causes…




Aussitôt l’inaccessibilité, même momentanée, du musée des mosaïques, situé sous le marché arasta faisant partie du complexe de la mosquée bleue, s’entoure de mystère.


Arasta du quartier de Sultanahmet


Contrairement à ce que l’on pourrait penser, au moment de la construction du complexe religieux ottoman, du palais byzantin il ne restait que des ruines informes. Il était encore utilisé pour des réceptions officielles sous le règne d’Alexis Ier Comnène (1081-1118) mais la cour impériale s’était déjà installée au palais des Blachernes (lui aussi restauré mais non accessible).


Palais des Blachernes

Les croisés, en 1204 ne se privèrent pas de piller et de saccager l’ancien palais byzantin délaissé. Pourtant des vestiges subsistent et l’on attendait avec impatience de les découvrir avec l’aboutissement du projet « arkeolojik parkı » à côté de l’esplanade entre Sainte Sophie et la mosquée bleue. Il devait être terminé en 2008 comme la pancarte le précise.



Mais auparavant l’hôtel « Four Seasons », installé depuis 1996 dans la bâtisse de l’historique prison ottomane, a pu s’enorgueillir de sa situation en plein cœur du quartier historique. A l’époque déjà les polémiques sur la transformation en hôtel luxueux d’un lieu historique ayant accueilli d’illustres prisonniers (Nazım Hikmet, Aziz Nesin, Yalçın Küçük…), avaient été virulentes. Mais après tout, la restauration de la bâtisse et sa réhabilitation en enseigne hôtelière d’une toute autre nature certes, avait permis de la sortir de l’oubli et de la préserver d’un délabrement irrémédiable. Elle avait failli être rasée purement et simplement. On peut juste souhaiter aux nouveaux occupants qu’ils n’aient pas le sommeil troublé par les fantômes des anciens ! Mais apparemment ces derniers ne sont pas rancuniers car « Four Seasons » a entrepris la construction d’une annexe sur une partie des ruines du palais byzantin. L’initiative a soulevé en 2008 plus que des polémiques. Les procédures judiciaires n’en finissent plus. Le site a été exclu par l’UNESCO du patrimoine mondial. Le projet « arkeolojik parkı » a sombré du même coup et semble s’enliser aujourd’hui plus profondément que ne l’étaient les vestiges byzantins qu’il était censé sortir de l’oubli. La préservation des biens culturels et le développement touristique ne font pas toujours bon ménage.

On reste frustré en voyant derrière la clôture, des passerelles enjambant des pans de mur, des voûtes béantes sur de mystérieux couloirs…



Il parait que les fouilles n’ont jamais cessé et j’imagine des trouvailles fabuleuses.

Source: Wikipédia

Etrange coïncidence que de lire justement dans les pages du dernier ouvrage d’Enis Batur traduit en français, Encycplopédie privée, (ma fille me l’a offert à Noël), comme un écho à mes impatiences, en particulier à la lettre I. Sauf que l’homme de lettre a eu la permission de fouler les lieux secrets et qu’il me reste le rêve !
« Depuis que des fouilles archéologiques récentes ont révélé l’une des entrées aux souterrains du dernier palais byzantin, je nourrissais le rêve de m’enfoncer dans ses couloirs. Ce terrain vague qui s’étend de l’ombre de Haghia Sophia à la mer, où il est "strictement interdit d’entrer", j’y ai finalement été admis, avec un laissez-passer "pour le poète"… »
L’année où ont été écrites ces lignes n’est pas mentionnée mais la situation est identique. Passants curieux circulez, il n’y a rien à voir.

dimanche 8 janvier 2012

Le temps des tisanes

L’hiver ne s’était pas montré très agressif jusqu'à maintenant mais il parait que ça ne va pas durer. Alors c’est le moment de faire provision de tisanes.
Au marché égyptien, on peut trouver quantité de mélanges de plantes aromatiques et médicinales pour préparer des infusions.

Ils ressemblent à des pots-pourris décoratifs et colorés mais n’en sont pas moins délicieux et parfumés. Ils portent souvent le nom générique d’egzotik çay dont la traduction est évidente et sont composés principalement de sommités florales telles que boutons de roses, fleurs de grenadiers, d’hibiscus, mais aussi d’écorce d’orange, de cannelle, etc.


J’ai quand même une préférence pour un mélange plus traditionnel qui était proposé depuis des décennies sous le nom de bronşit çayı (infusion contre la bronchite) et qui, sur l’injonction du ministère de la santé a été rebaptisé bitki çayı, que je traduirais librement par infusion hivernale. Il est composé de camomille (papatya), tilleul (ılhamur), sauge (adaçayı), sorbier (üvez yaprağı), clou de girofle (karanfil), immortelle des sables (altın otu), carcadet ou guimauve (hatmi çiçeği), cynorrhodon ou gratte-cul (kuşburnu), galanga (havlıcan), gingembre (zencefil) et cannelle (tarçın).


Tonifiant, diurétique et dépuratif, anti-inflammatoire, antioxydant, digestif, sédatif, antispasmodique, antalgique, antiseptique, émollient, stimulant immunitaire et facilitant la concentration, voila un cocktail pour attendre les beaux jours en toute quiétude.
Une autre façon pour moi de vous souhaiter encore une fois une excellente année en pleine santé!

dimanche 1 janvier 2012

Nouvelle année

Illuminations des Champs Elysées

La nuit du nouvel an, pas tout à fait comme les autres, s’accompagne de rites de passage qui, malgré leur diversité d’un pays à l’autre, véhiculent l’espérance de jours heureux, d’un avenir meilleur.

A minuit, en faisant couler le champagne à flot pour qu’il déborde du verre, ou en ouvrant à fond les robinets de la maison de vos hôtes, en écrasant une grenade aux mille grains, en lançant confettis et serpentins, vous avez sollicité l’abondance sur la maisonnée.

En ouvrant toutes les serrures, votre porte, vos fenêtres, en répandant du sel, en vous embrassant sous une branche de gui, en envoyant des texto, vous avez souhaité longue vie et prospérité à ceux qui vous entourent.

En offrant des sucreries, chocolats ou loukoums vous avez partagé l’espoir que les mois à venir s’écoulent en douceur dans la sérénité, loin des tourments de la maladie, des accidents, des conflits, de la solitude, de la pauvreté.

Peu importe la façon dont vous êtes entrés dans cette nouvelle année, amis lecteurs, je vous la souhaite heureuse, au singulier renouvelable ou au pluriel, mutlu yıllar, dans la générosité et la tolérance sans lesquelles la vie s’enlise dans l’amertume et la rancœur.

lundi 19 décembre 2011

La soupe de tarhana

Cette soupe traditionnellement préparée en Turquie depuis des siècles est sans doute l’ancêtre des soupes déshydratées en sachets, dans une version sans conservateur ni colorant artificiel, sans rehausseur de goût.
On la consomme surtout l’hiver, mais sa fabrication se fait à la fin de l’été pour profiter des légumes gorgés de soleil.

La préparation est à base de farine, sel, yaourt, tomates, oignons, poivrons, ingrédients auquels peuvent s’ajouter d’autres légumes comme des céleris-raves. La pâte doit être bien pétrie. La fermentation la fait gonfler pendant quelques jours et puis on en fait des petites boules aplaties qu’on laisse sécher à l'ombre, dans un endroit sec, chaud et bien ventilé. On les émiette au fur et à mesure du séchage. C’est un travail long et délicat qui requière beaucoup de patience car la quantité est souvent impressionnante. La préparation n’est jamais destinée à une consommation individuelle. Elle fera l’objet d’une large distribution familiale. Il y a presque toujours une grand-mère, une tante, une cousine qui vous fait cadeau d’un bocal, d’un sac de tissu contenant le précieux mélange granuleux, de couleur orangée.


Nous regretterons longtemps celui que nous donnait Tata Ülya. Elle nous a quittés en emportant son secret, une bonne dose de savoir-faire et beaucoup d’amour…

On prépare la soupe en diluant quelques cuillères dans de l’eau froide. Porté à ébullition, le mélange épaissit et devient onctueux. On y rajoute ce que l’on veut, menthe séchée ou croûtons frits avec un peu de piment.
On en trouve aussi de fabrication artisanale sur les marchés et en sachets produits par différentes marques... Mais, faut-il le préciser, la comparaison n'est pas de mise!   

dimanche 18 décembre 2011

Parole perdue, lecture d’un roman

Kayip söz, titre original du roman, est paru en 2007. Une traduction de Valérie Gay-Aksoy a été publiée en avril 2010 aux éditions Phébus.
Oya Baydar est née en 1940. Ancienne élève du Lycée Notre Dame de Sion à Istanbul, elle a connu la prison et l’exil avant de devenir à partir de 1991, un auteur récompensé en Turquie par deux prix littéraires.
Parole perdue, inspiré d’un vécu et d’une profonde réflexion, invite les lecteurs à s’interroger sur l’omniprésence de la violence. Celle des armes mais aussi celle des oppressions qui s’exercent sur un peuple qui revendique la reconnaissance de ses différences, tout autant que celle qu’on exerce sur nos enfants quand ils ne semblent pas vouloir suivre le chemin que l’on avait imaginé pour eux.

« Nous sommes tous l'étranger de quelqu'un » cite l’auteur de Parole perdue.

Il y a toujours ailleurs ou à côté de nous un autre qui n’est pas écouté, dont les différences sont observées avec mépris.
Le néo orientalisme, amalgame d’ignorance et d’idées fausses, n’est pas l’apanage de l’Occident et Oya Baydar met ici en garde ses concitoyens contre le danger d’un regard superficiel et réducteur sur l’Est de leur propre pays.
L’uniformisation des informations ne fait qu’amplifier les malentendus, la confusion, la peur. Percevoir et rendre compte de la diversité, de la complexité des situations, est indispensable pour approcher la réalité, pour tenter de renouer des liens et retrouver une parole perdue.

Par le prisme d’une écriture originale dans laquelle les personnages dialoguent, monologuent ou se font tour à tour narrateurs du récit, Oya Baydar fait apparaitre les différentes facettes composant leur personnalité, tandis qu’au fil des pages les histoires entremêlées se recomposent, les protagonistes reviennent à leur point de départ, mais ils ne sont plus tout à fait les mêmes. Le lecteur non plus.

L’auteur ne prend pas la parole, elle s’applique à la faire retrouver par ceux qui l’ont perdue.

mercredi 14 décembre 2011

Le palais d'Ibrahim Pacha – musée des arts turcs et islamiques

J’avais regretté d’avoir manqué l’exposition temporaire concernant les céramiques d’Iznik présentée du 28 juillet au 31 août 2011 dans l’ancien palais d’Ibrahim Pacha. Mais nos pas ne cessent de nous conduire à intervalle régulier vers le quartier, trop touristique mais toujours magique, de Sultanahmet. En ce moment, les arbres de la place se défeuillent et dévoilent peu à peu d’autres perspectives.


Sur des vestiges de tribunes de l’hippodrome byzantin, un palais fut construit probablement sous le règne de Beyazıt II vers la fin du 15e siècle ou début du 16e siècle. Il fut restauré sur l’ordre de Soliman le magnifique qui offrit la bâtisse à son favori et grand vizir Ibrahim Pacha, époux de la princesse Hatice, sœur du Sultan. Plus tard, il servit de résidence à d’autres grands vizirs puis fut utilisé entre autres comme prison et ambassade.


Le bâtiment de briques et de pierres a pu traverser les siècles et résister aussi bien que possible aux incendies et aux séismes. Il constitue un exemple rare d’architecture civile ottomane, celle-ci ayant généralement été construite en bois. Sa restauration dans la deuxième moitié du 20e siècle dura près de vingt ans.


Il abrite depuis 1983 le musée des Arts Turcs et Islamiques (fermé le lundi) qui se trouvait auparavant dans les bâtiments du complexe de la mosquée Süleymaniye.

La collection de tapis anciens depuis l’époque seldjoukide jusqu’au 17e siècle est particulièrement remarquable.



On peut aussi admirer de superbes calligraphies sur papier ou gravées dans la pierre et le métal, des marqueteries d'art incrustées de nacre, ivoire, écaille et des exemples significatifs de l’art de la céramique depuis les carreaux seldjoukides d’ornements muraux, jusqu’aux pièces produites à Iznik et Kütahya.



La section ethnographique regroupe des évocations de l’art populaire du tissage, des costumes de différentes régions de l'Anatolie, des objets utilisés dans les hammams et en particulier une jolie collection de takunya, socques en bois incrusté de nacre.


samedi 10 décembre 2011

Osman Hamdi Bey et les Américains : une exposition au musée Pera

Le Musée Pera (Fondation Suna et İnan Kıraç) accueille jusqu’au 8 janvier 2012, l’exposition “Osman Hamdi Bey ve Amerikalılar: Arkeoloji, Diplomasi ve Sanat” (Osman Hamdi Bey et les Américains: Archéologie, Diplomatie et Art).



Elle a été précédemment dévoilée aux visiteurs du musée d’archéologie et d’anthropologie de Pennsylvanie et retrace les parcours croisés du fondateur du Musée Impérial d’Istanbul Osman Hamdi Bey (1842-1910), de l’assyriologue Hermann Vollrath Hilprecht (1859-1925) et de l’archéologue-photographe John Henry Haynes (1849-1910).


L’exposition présente des dessins, lettres et carnets de voyage, des photographies et quelques vestiges archéologiques exposés pour la première fois en Turquie, ainsi que deux peintures d’Osman Hamdi Bey qui eut pour maitres Gustave Boulanger (1824-1888) et Jean-Léon Gérome (1824-1904) durant ses études en France.



Elle évoque aussi les relations diplomatiques entre les deux pays durant cette période.
Dès 1883, Osman Hamdi Bey obtint la modification de la loi relative aux antiquités et devint le responsable des fouilles menées sur le territoire. Il fut le principal interlocuteur des américains venus entreprendre des missions archéologiques à cette époque.

Sur ses ordres, la construction du bâtiment principal de l’actuel musée archéologique d’Istanbul avait commencé en 1881 et s’acheva en 1908.

Ces premiers pas dans la prise de conscience de l’existence d’un patrimoine culturel à sauvegarder et dans l’élaboration de mesures de protection n’étaient pas inutiles mais les précautions encore certainement insuffisantes. Sous divers prétextes d’études ou de restaurations, des panneaux de céramique d’Iznik, des statues et vestiges de nombreux sites antiques continuaient de quitter le pays.

Ce sujet sensible est toujours d’actualité. On ne peut ignorer que, sous couvert des missions archéologiques au 19e et début du 20e siècles, Américains et Européens ont rempli leurs musées, et avec quelle mauvaise foi ils refusent encore aujourd’hui d’en restituer les pièces les plus significatives aux pays concernés malgré leurs demandes réitérées.