samedi 12 mai 2018

La vallée de Çat et les constructions troglodytes d’Açık Saray


En Cappadoce les prouesses architecturales de la nature conjuguées avec celles des hommes n’en finissent plus de fasciner les visiteurs. Les cheminées de fées et les refuges souterrains ou troglodytes des premiers chrétiens persécutés sont plus attractifs que les traces d’occupations paléolithique et néolithique (ateliers de taille d’obsidienne de Kaletepe et premières sédentarisations d’Aşıklı Höyük ou de Tepecik Çiftlik).
   
Pour compléter notre courte escapade, nous choisissons cependant de nous éloigner du triangle trop fréquenté délimité par Avanos, Ürgüp, et Uçhisar pour aller explorer les alentours de Gülşehir qui semblent eux aussi un peu oubliés. On y rencontre plus de tortues que de touristes!
Depuis le village de Çat, une belle vallée verdoyante est à découvrir.




Si les formations rocheuses sont moins spectaculaires, les habitations troglodytes moins nombreuses que dans d’autres vallées de la région, elle est cependant réputée pour ses milliers de pigeonniers creusés dans le tuf des cônes ou à flanc de falaise, dont l’entrée de certains est encore décorée de motifs peints ou de badigeon blanc.


Ce traditionnel élevage remonterait à la période romaine. La fiente des volatiles servait à fertiliser les vignobles. Elle procurait respectabilité et richesse aux possesseurs de pigeonniers il y a encore quelques décennies, avant l’arrivée des engrais chimiques.
Les vignes sont toujours là mais il n’y a plus aucun pigeon. Une réhabilitation est en voie d’être initiée parait-il, motivée par le projet de cultures biologiques. 


La vallée de Çat rejoint une autre vallée, Fırınasma Vadisi, qui débouche sur une autre curiosité : Açık Saray que l’on peut traduire par Palais à ciel ouvert.
Il faut compter au moins 3h de marche dans les sentiers, certes bucoliques, mais il faudrait envisager aussi le retour vers la voiture garée à Çat. Rien ne nous garantit que le chemin soit balisé. Nous renonçons à l’aventureuse balade et nous y rendons par la route en 15mn.


Malgré l’entrée gratuite, le pittoresque site est désert. Là aussi les éléments naturels ont façonné d’étranges paysages dans le tuf volcanique que des architectes habiles ont creusé et sculpté.






Aucun document n’atteste de l’aménagement, ni de l’affectation des lieux. Ce n’est qu’à partir de la fin du 19e siècle que quelques recherches ont été entreprises. On pensait alors qu’Açık Saray, complexe datant probablement des 10e et 11e siècles, était une sorte de réplique tardive des ensembles monastiques que l’on peut voir dans le Parc National de Göreme.



Une étude plus détaillée des vestiges a permis d’avancer d’autres hypothèses.
L’absence de grands réfectoires et la taille modeste des églises fait davantage penser à une occupation civile de notables qu'à celle de moines et villageois. 
La présence de cuisines, de pressoirs, de grandes salles de réception, de salons, de chambres spacieuses et d’impressionnantes écuries, semble attester du passage d’invités prestigieux que l’on devait accueillir dignement.
Il n’est pas impossible qu’on y ait logé des hauts gradés de l’armée byzantine luttant contre les envahisseurs arabes.
L’existence d’un haras n’est pas exclue. Après tout la Cappadoce se nommait au 6e siècle avant notre ère "Katpatuka", qui signifierait en assyrien ou en ancien persan, le pays des beaux chevaux (étymologie parfois contestée). Açık Saray n’en conserve pas moins les traces d’importantes installations destinées sinon à l’élevage, au moins à les abriter.



Quelques labyrinthes attendent notre visite. Neuf espaces ont été répertoriés et sont documentés par des panneaux explicatifs reproduisant le plan et les caractéristiques de chacun… de quoi étayer un peu l’imagination.





Une constante, une formation rocheuse en demi-cercle, creusée sur un ou plusieurs niveaux, délimite une sorte de cour d’accès.
Les façades encore debout portent les traces de décors sculptés.







A l’intérieur, les vestiges de colonnes, de voûtes, de niches, de signes religieux, ont permis d’identifier partiellement la fonction des différents aménagements.






L’endroit recèle encore cependant une grande part de mystères qui contribue à son charme.


Avant de quitter les lieux ne manquons pas de mentionner la formation rocheuse, unique en son genre dans toute la Cappadoce, et qui, d’après le gardien, vaut bien à elle seule la visite du site : Mantar Kaya, le fameux rocher champignon !


vendredi 4 mai 2018

Le vieux quartier d’Avanos


Après la visite du site néolithique Aşıklı Höyük, nous avons rejoint notre destination : l’hôtel « The loop », ancienne bâtisse restaurée sur les hauteurs d’Avanos. Le portail franchi, on découvre un modeste carré de verdure. 



Mais depuis le jardin et la terrasse, la vue sur le vieux quartier et sur les reliefs des alentours est bien dégagée.




Les chambres sont spacieuses et la taille des lits impressionnante !


Juste une petite critique après avoir pris une douche : comme il n’y a pas de bac et que l’inclinaison du sol n’est pas suffisante, l’eau a du mal à s’écouler. Résultat on patauge un certain temps avant de pouvoir accéder aux autres commodités les pieds au sec !
Ça ne nous a pas empêché de passer une bonne nuit et d’être fin prêt et dispo aux aurores pour voir le spectaculaire envol des montgolfières. Mais la météo en avait décidé autrement. Bien trop de brume pour des photos.
Une flânerie matinale dans les ruelles bordées de maisons traditionnelles en pierres locales offre au regard un bel échantillon de façades élégamment décorées.









Les grilles des ateliers de poterie sont encore closes. L’utilisation de l’argile de la rivière rouge (Kızılırmak) pour la fabrication de toutes sortes de récipients remonte au moins à l’époque des Hittites



Pour tout savoir sur la longue histoire de cette activité millénaire, il faudra faire un tour de l’autre coté de la rivière, au musée Güray, créé il y a peu par un passionné, issu de plusieurs générations de potier. Il parait que la visite vaut le détour…
Un peu plus haut on découvre un vieux lavoir. La pancarte ne précise pas sa date de construction, mais juste que les murs qui l’entourent ont été restauré en 1984 et qu’il y avait autrefois deux fontaines. Ne reste plus que celle alimentant le lavoir qui ne doit plus voir passer beaucoup de lavandières.




Passons sans transition de l’eau au vin…
La Cappadoce est un terroir de choix, offrant aux vignobles des sols volcaniques, une bonne altitude et un climat continental favorable. L’activité viticole est, dit-on, une tradition cinq fois millénaire !
Les cépages autochtones Emir, Narince et Sultaniye donnent de très bons vins blancs. Les cuvées « Côtes d’Avanos », produites en mono cépages locaux ou en associations avec des Sauvignon et des Chardonnay commencent à être exportées.
Öküzgozü, Kalecik karası et Boğazkere sont les cépages utilisés pour la production de vins rouges. Mais il n’est pas impossible que le Pinot Noir soit introduit sur les coteaux d’Avanos… car la petite ville est jumelée avec la bourguignonne Nuits Saint-Georges depuis 1993 ! Ce jumelage se concrétise avec la place Nuits Saint-Georges à Avanos et une rue Avanos à Nuits Saint-Georges. (Pour la petite histoire rappelons que Saint Georges serait natif de Cappadoce et qu’au début du 4e siècle, sa persécution par l’empereur Dioclétien, la vaillance et la foi inébranlable dont il fit preuve, seraient à l’origine de la christianisation de la région).

Il est encore un peu tôt pour une dégustation et un petit déjeuner traditionnel nous attend.


Les deux sympathiques cockers du patron ne quémandent pas auprès des clients… mais une proposition alléchante ne se refuse pas !