mardi 20 juin 2017

Boulettes de lentilles corail, ma recette turque

La cuisine turque est très variée. Chaque région s’enorgueillit de savoureuses spécialités culinaires. Il est bien dommage que cette diversité ne se limite en dehors des frontières au cliché du döner kebab, version très dénaturée du célèbre iskender kebab de Bursa.
Si la viande est souvent à l’honneur, les plats de poissons ou de légumes sont loin d’être absents. D’ailleurs il suffit de voir les étals des marchés pour être convaincu de l’abondance et de la qualité des produits proposés… sans parler des fromages et des fruits ! Les desserts se déclinent aussi dans une riche palette de couleurs et de saveurs.
J’ai déjà partagé quelques recettes turques sur ce blog… artichauts, fèves en gousses, pousses d’asphodèles, feuilles de vignes farcies à la viande hachée, zerde, etc… Et une version de boulettes (Tekirdağ köftesi) à la viande, mais celle que je vous propose aujourd’hui plaira aussi aux végétariens.


Boulettes de lentilles corail (tr=mercimek köftesi) pour 6 personnes

Un verre de lentilles corail
Un verre et demi de boulgour fin
Deux cuillères à soupe d’huile d’olive
Sel, poivre, piment et curcuma (ou cumin selon les goûts)
Deux cuillères à soupe de concentré de tomate
Un petit bouquet de persil ciselé
Un petit bouquet de ciboulette ou 2 petits oignons frais
Une salade (laitue ou autre)
Un citron

Après avoir rincé et égoutté les lentilles, les faire cuire à couvert dans quatre verres d’eau salée, environ ½ heure. L’eau ne doit pas être entièrement absorbée.   
Hors du feu, sans égoutter, ajouter le boulgour, l’huile d’olive et les épices. Mélanger rapidement et couvrir pour laisser gonfler environ ½ heure. Puis découvrir pour laisser refroidir.
Ajouter ensuite le concentré de tomate, le persil et la ciboulette.
Bien mélanger pour obtenir une pâte homogène, puis former les boulettes en pétrissant une même quantité de la préparation.
Servir sur un lit de feuilles de salade verte.
Les petits et les grands apprécieront de déguster avec les doigts chaque boulette enroulée dans sa feuille, en ajoutant ou pas un filet de citron. Laissez-vous tenter!


mardi 13 juin 2017

"Kedi"

Le film documentaire de la réalisatrice Ceyda Torun s’est fait remarquer au Festival international du film de Melbourne en 2016. Il a été présenté l’année dernière dans de nombreux pays dont la France, et le public lui a réservé un accueil chaleureux.
Il vient de sortir dans les salles d’Istanbul, et les chats ayant depuis longtemps toute ma sympathie, j’étais curieuse de le voir.


La camera se promène sans complaisance dans les rues de la ville pour les suivre dans les quartiers chics comme les quartiers populaires, car ils sont partout et s’installent là où ils peuvent trouver un abri de fortune, de la nourriture et quelques caresses. Il n’est pas rare que ceux qui les protègent leur prêtent des pouvoirs magiques… On n’est parfois pas loin de la vénération que leur portaient les anciens Egyptiens !

Depuis que la Minette, qui a partagé notre toit pendant plus de 18 ans, est partie vivre sa xième existence quelque part ailleurs, il m’arrive de la reconnaître au hasard de rencontres… Ce chaton solitaire lui ressemble beaucoup !


A moins qu’elle n’ait pris une tout autre apparence ?


A moins qu’elle accepte désormais la compagnie de ses congénères jusqu'à jouer à "chat" ?




Et si elle s’était multipliée et métamorphosée en chats noirs pour balayer toutes les superstitions imbéciles et … me porter bonheur ?


Non ce n’est pas sérieux, rassurez-vous, je ne crois ni à la réincarnation, ni aux pouvoirs surnaturels. Mon attirance pour les chats est simplement due à l’admiration que je porte à leurs multiples facultés naturelles, à leur gout pour l’indépendance, leur résistance au dressage, et aussi un peu à leur regard fascinant. Les observer m’apporte une sorte de sérénité. Ils m’accordent un privilège en se laissant caresser.

La cohabitation avec les stambouliotes n’est pas toujours facile, car les chats inspirent parfois une crainte irraisonnée. Mais on peut voir un peu partout, et de plus en plus souvent, un petit tas de croquettes déposé à même le trottoir par une main amicale, un récipient de plastique rempli d’eau.
Depuis quelques années, des distributeurs pour chats et chiens des rues ont été installés par la mairie de Beşiktaş, comme celui-ci dans un parc. (traduction de karnım tok, keyfim yerinde: je suis rassasié, je suis bien)


Mais finalement ce sont les chats qui choisissent et si la plupart se cherche une cachette tranquille pour d’interminables siestes, certains semblent préférer le va et vient incessant de la foule. J’en ai vu dans les couloirs du métro d’Istanbul et même un qui a opté pour un lieu d’intensifs passages, entre deux escalators !





lundi 12 juin 2017

Kadyanda, cité antique en Lycie

Depuis Fethiye, nous partons en direction de Yeşilüzümlu distant d’environ 20 km. Le village est connu pour ses activités viticoles et vinicoles (comme son nom peut le laisser supposer, « aux raisins verts »), mais aussi pour ses tissages de légères cotonnades et son festival annuel de la morille mi-avril.
Dans les ruelles, des maisons plus que centenaires portent les enseignes de bar à vin et des ateliers offrent une variété des tissages locaux.





Par contre plus la moindre trace de morille, ni fraîche ni séchée. La récolte du printemps n’a pas été abondante, ou bien les amateurs trop nombreux…

Nous poursuivons notre chemin sur 8 km de piste stabilisée en admirant le paysage.

    
Accroché au sommet d’un mont à 1000 m d’altitude, à l’ombre d’une pinède odorante, un dédale de pierres chamboulées nous attend.


Louis Vivien de Saint-Martin rapporte dans son Histoire des découvertes géographiques, Arthus-Bertrand, Paris, 1846, les propos de Charles Fellows quand il découvrit en 1840 cette cité jusque là oubliée, sur les indications d’un villageois : «  La vue, dit-il, était d’une beauté que la plume ou la parole essaieraient en vain de décrire… ». C’est aussi notre impression, bien que le panorama sur la baie de Fetihye et sa plaine fertile, soit un peu brumeux.


L’archéologue britannique identifia la ville antique grâce à des inscriptions découvertes sur le site. Kadawanti en lycien, Kadyanda en grec.
 Il y a une vingtaine d’année, une fouille de sauvetage a été réalisée sous la direction du musée de Fethiye. Les vestiges ont été dégagés, répertoriés et les plus significatifs sont accompagnés de pancartes indicatives et parfois d’un complément explicatif.  Pas de brochure à l’entrée, mais le gardien nous invite à lire le panneau (en turc ou en anglais) avant de suivre le sentier, approximativement balisé de gros cailloux, qui serpente parmi les ruines sur environ 2,5 km. 


Petit conseil aux visiteurs distraits ou accompagnés d’enfants : la balade, certes pittoresque,  n’est pas sécurisée, et il faut donc avancer avec prudence pour ne pas malencontreusement tomber dans un trou…


Utilisant au mieux la topographie des lieux, les constructions s’étageaient sur les pentes escarpées. Voici ce qu’il en reste. Des traces hellénistiques sont attestées à partir du 5e siècle av. JC, en particulier pour le théâtre, le temple et le mur d’enceinte mais la plupart des vestiges sont datés de l’époque impériale romaine.

La nécropole




Le hérôon, petit temple vénérant on ne sait quel dieu ou héros


La stoa


L’agora


Les thermes dont la construction aurait été financée par Vespasien (empereur romain de 69 à 79).


Le stade et ses gradins



Un temple


Des citernes


L’exèdre, bâtisse de lieux publics généralement semi-circulaire, garnie de banquettes en pierre et destinée à la conversation de plusieurs personnes


Le théâtre



Le mur d’enceinte


La fondation de la cité est attribuée aux Lyciens mais on ne sait pas exactement quand (8e siècle av. JC ?). Kadyanda a été définitivement désertée au 7e siècle. Malgré les précautions prises par les habitants avec le creusement de citernes, de sérieuses pénuries en eau potable sont l’hypothèse avancée pour expliquer son déclin et son abandon. Les incursions dévastatrices des Arabes, en est une autre comme pour la cité de Phaselis, à l’autre extrémité de la province antique de Lycie.


Nous quittons Kadyanda, après deux heures d'agréable promenade en ayant croisé que trois autres visiteurs.   


samedi 10 juin 2017

Fetihye, antique Telmessos

Je n’y étais plus retournée depuis 1992. Nous nous étions alors approché au plus près de la falaise et avions visité le monumental tombeau d’Amyntas creusé dans le rocher imitant la façade d’un temple grec avec fronton triangulaire et colonnes à chapiteaux ioniques. (Ceux des rois Perse du Pont, à Amasya, contemporains de celui-ci, ne peuvent rivaliser en élégance)


Derrière les colonnes, une porte sculptée dans la pierre reproduit tous les détails des portes en bois des constructions de l’époque, 4e siècle av. JC. A proximité de l’édifice, on peut voir d’autres tombeaux de même type et ceux évoquant des maisons en bois. L’imitation quasi systématique d’éléments d’architecture en bois laisse à penser que les Lyciens étaient de très habiles charpentiers avant de passer maître dans l’art de tailler la pierre sous l’influence hellénistique.

Cette fois je les regarderai de loin, car quelques courses en ville sont l’objectif du jour. 



Haut en couleur comme la plupart des marchés de Turquie, celui de Fetihye est moins pittoresque que celui de Milas. Mais on peut toujours y apprendre quelque chose… Pouvez-vous identifier ceci ?


Dans les fruits de cette plante se cachent… les pois-chiches !
Une longue promenade aménagée en bord de mer qui n’existait pas alors, souligne désormais la magnifique baie abritée derrière son archipel. Sur la place de la mairie trône encore le sarcophage aux inscriptions lyciennes, trouvé immergé et déplacé. 


Il est l’un des plus élégants spécimens de ce type de tombeaux. Sur la partie supérieure en ogive on remarque des bas-reliefs représentant des guerriers.
Un détour vers le théâtre antique confirmera qu’il a été dégagé depuis notre précédant passage, il y a 25 ans ! Mais il a aussi été défiguré par une irrespectueuse restauration… Ça ne vaut même pas une photo. Pourtant, mis à part les tombeaux funéraires, les vestiges ne sont pas légion. Cette tranquille petite ville balnéaire, aux portes de la Lycie a subi deux seimes très dévastateurs en 1856 et 1957 qui ont enseveli les traces de son patrimoine archéologique. L'urbanisation, bien que modeste, a fait le reste. 
A l'inverse, à quelques kilomètres de Fetihye, une autre cité antique étale ses ruines depuis longtemps, sans qu'aucune intervention n'ait troublé son sommeil. Kadyanda a été identifiée par Charles Fellows au milieu du 19e siècle. Nous irons lui rendre visite dans les prochains jours.


mercredi 7 juin 2017

Au village de Kargı près de Fetihye

D’anciens (1992) ou de plus récents (2013) séjours en Lycie, antique province de l’Asie Mineure, bande côtière au sud-ouest de la Turquie qui s’étend de Fetihye à Antalya entre mer et montagne, je garde les souvenirs de lieux enchanteurs, d’époustouflants paysages (Saklıkent, Kekova, Simena, plage de Kaputaş, mont Tahtalı, Chimaira…).




Des amis viennent de m’en faire découvrir une autre facette pleine de charme. Blottie dans un écrin de verdure, entourée d’orangers, de citronniers, de pamplemoussiers, de pruniers, d’un néflier du Japon (tr=malta eriği), à l’ombre d’un gigantesque avocatier, leur petite maison dans le village de Kargı m’a accueillie pour quelques paradisiaques journées.





Savourer l’instant présent, installée sur la terrasse est déjà un petit bonheur. Ecouter, observer avec pour récompense la visite impromptue d’un geai des chênes au plumage chatoyant. Caresser l’espoir qu’il reviendra un autre matin pour être prête à capturer son image… Il est revenu se poser sur le gazon !


Une promenade dans les ruelles sous un ciel menaçant se solde par l’invitation d’une voisine à venir s’abriter quelques instants. En cette période de Ramadan, elle jeûne. Mais un verre d’ayran sera le prétexte pour nous retenir un peu plus, et nous l’écouterons nous parler de ses occupations quotidiennes avec ses poules, ses chèvres, son potager, les aubergines qu’il faudra récolter sans tarder sous la serre…


Un autre matin nous prolongerons notre promenade jusqu’au canal d’irrigation récoltant les eaux ruisselant de la montagne et qui s’éparpillent en ruisseau pour arroser les cultures du village. Partout où l’on va, un rafraîchissant gargouillis nous accompagne. Une auberge-musée (Enver Yalçın Yörük müzesi) est notre destination du jour. 


Nous nous installons pour un copieux petit-déjeuner, composé comme il se doit des produits de la ferme, des œufs aux olives en passant par la confiture d’agrumes et celle de betteraves rouge, le miel, les crudités diverses, le beurre, le fromage et même quelques meze au yaourt, sans oublier l’assortiment de pains et galettes, le tout arrosé à volonté de thé et d’un savoureux cocktail de jus de fruits locaux, oranges, pamplemousses, grenades et mûres. Il y a même sur la table quelque chose qui ressemble à de la confiture de lait en moins sucré et légèrement aigre. Cette préparation est à base de fromage blanc de lait de brebis. Intéressant ! 


Nous voici rassasiés pour de longues heures !
Nous faisons l’impasse sur le lait d’ânesse, mais nous apprenons qu’ici s’est déroulée en 2010 la cérémonie du mariage de Linda et Duman, des bourricots qui ont tout le respect du maître des lieux. 


Enver Yalçın a tenu à leur témoigner ainsi une affectueuse marque d’estime afin de faire spectaculairement partager sa crainte de les voir disparaître des campagnes.

Le personnage, philosophe et poète à ses heures, comme l’attestent ses écrits affichés un peu partout, n’a pas ménagé sa peine pour accumuler en sillonnant les alentours une quantité d’objets anciens évoquant les diverses activités de ses congénères, des nomades turkmènes sédentarisés en ces lieux depuis quelques générations.



Ses trouvailles sont exposées avec une certaine recherche scénographique et thématique. Vie quotidienne, travaux agricoles, élevage, cardage et tissage de la laine, ferronnerie… un véritable musée ethnographique.





Symbole de la technologie d’autrefois cet instrument agricole (ci-dessus), utilisé pour le battage des céréales, se nomme en turc: harman döveni. Les pierres coupantes enchâssées dans une planche de bois permettaient de séparer le grain de la paille.



Ce témoignage culturel ne s’est pas fait en un jour. Il est le fruit d’une vingtaine d’années de labeur. Depuis peu, des chambres d’hôtes sont disponibles. Comme il ne manque pas d’humour, Enver Yalçin précise sur son site qu’aucune réclamation du type, le coq a chanté, l’âne a brait, la vache a meuglé, l’agneau a bêlé, le chat a miaulé, le chien a aboyé, ne sera acceptée !

De retour chez mes hôtes, Anne et Bülent, il me reste à faire un petit tour dans le verger pour la cueillette du jour...