mercredi 17 août 2016

Des excursions aux alentours d’Ormana


Après un petit déjeuner copieux de produits locaux, dont les confitures maison, on fait une halte au marché d’Ormana. 


Ce n’est pas la saison des morilles et pour déguster les pousses d’asphodèles (çiriş otu), il faudra attendre le début du prochain printemps. En empruntant le chemin volontairement labyrinthique pour détourner des vignobles les chèvres vagabondes, on accède à un autre projet en cours de réalisation de la famille Özgüven. Une maison à bouton un peu en retrait, cachée dans les vignes et les arbres fruitiers.


On pourrait se contenter de flâner dans les ruelles d’Ormana, mais les panneaux à l’entrée du village ont attisé notre curiosité. 



Jane et Aydın sont d’ailleurs bien déterminés à nous faire découvrir les alentours. Et c’est parti pour une belle virée en 4X4 dans les chemins plus ou moins chaotiques.
Une halte à la chèvrerie nous rappelle que c’est le traditionnel élevage des montagnes du Taurus. Le dernier né du troupeau n’a que 4 jours.



Et puis après avoir roulé une petite heure, ballottés au rythme des ornières dans un paysage époustouflant nous arrivons sur le plateau Eynif ou paissent des bovins… mais pas seulement ! 



Dans cette immensité verdoyante on a de grandes chances de voir galoper des hordes de chevaux sauvages, et même de s’en approcher avec une bonne dose de patience et de discrétion, et s’ils le veulent bien. Ce sont les descendants de chevaux de la cavalerie ottomane abandonnés il y a près de deux siècles.


A la faveur de quelques arbres nous progressons lentement dans la direction de quelques uns semblant moins farouches. Mais ils nous surveillent et s’éloignent de quelques pas nonchalants dès que la distance qui nous sépare ne leur convient plus. Il faudra s’en contenter pour la photo.
Près des vestiges du caravansérail, Tol Han, ancienne étape sur la piste reliant Konya à la Méditerranée, modeste témoignage de l’époque seldjoukide dans cet immense pâturage, deux de ces chevaux sauvages s’abreuvant à la fontaine consentiront à laisser s’approcher l’un d’entre nous.







La dernière étape de notre périple sera consacrée à une curiosité géologique.
La grotte Altınbeşik (berceau d’or) n’est qu’à environ 8km d’Ormana, à proximité du village Ürünlü, où l’on peut voir d’autres maisons à boutons et qui peut faire l’objet d’une randonnée pédestre. Le site est inclus dans un parc national protégeant également faune et flore environnantes.
Les reliefs tourmentés et colorés de la paroi rocheuse qui surplombent la grotte attirent d’emblée le regard. 


Spectaculaire mise en scène de la nature pour mieux nous surprendre en approchant de l’entrée et des eaux limpides, miroir de la végétation, passage secret vers des merveilles.



Le chemin d’accès n’est aménagé que depuis quelques années mais les premières explorations spéléologiques remontent à 1966 et furent entreprises par des Turcs, Français, et Anglais auxquels ont succédé d’autres spécialistes de différentes nationalités dont une équipe japonaise en 1985. Les explications que l’on trouve sur place sont sommaires. 


Une succession de lacs et de siphons sur plusieurs niveaux bien à l’abri sous la montagne sur une cinquantaine de kilomètres seraient alimentés par les eaux du lac de Beyşehir. Pour le moment 5km ont été explorés et nous nous contenterons d’embarquer dans le canot pneumatique pour parcourir les 200m du premier lac. Suffisant pour découvrir ce que la nature a patiemment sculpté ici comme une réplique souterraine des travertins de Pamukkale.






En contre bas, le cours d’eau se fraie un chemin pour alimenter la rivière Manavgat et ses célèbres cascades.


Considérons cette brève escapade comme un simple repérage avant d’avoir l’occasion d’y retourner et de s’y attarder un peu plus…


mardi 2 août 2016

Une exposition d'aquarelles à Bodrum



Si vous êtes de passage à Bodrum, ne manquez pas de consacrer un moment aux aquarelles de Cengiz Çapanoğlu. Il vous propose une autre façon de s’imprégner de l’atmosphère de la charmeuse station balnéaire en toutes saisons.

Du 1er au 15 août 2016

 Crédit photographique: Cengiz Çapanoğlu

jeudi 21 juillet 2016

Les maisons à boutons d’Ormana

En pleine nature, loin des foules, voici une escapade qui peut aider à évacuer en partie le stress que nous impose l’actualité.
Il y a un peu plus d’un mois, nous étions à Ormana. Un impérieux besoin de changer d’air nous avait lancé sur la route en direction de la province d’Antalya au Sud de la Turquie. Mais cette fois ni les plages, ni les sites archéologiques (Aspendos, Perge, Termessos, Olympos, Phaselis…) n’étaient au programme.
Nous avons fait halte dans un village blotti quelque part sur les pentes occidentales de la chaîne du Taurus, au sud de Beyşehir, et près de la ville d’Akseki, dont on nous avait vanté l’exceptionnelle beauté tant de son cadre naturel que de la curieuse architecture de ses maisons.
La route est longue depuis Istanbul, environ 750km, mais en partant tôt le matin, on peut y arriver dans l’après midi, en s’offrant même le luxe de faire plusieurs pauses, dont celle-ci en passant dans la région de Afyonkarahisar et combler ainsi une lacune photographique.



Que l'on arrive par le nord depuis Beyşehir, ou par le sud depuis Antalya, la petite route qui serpente dans la montagne offre son lot de spectaculaires paysages.


Et puis on arrive dans le village d’Ormana dont les habitants se sont employés depuis des années à faire reconnaître son originalité, en entretenant autant que possible dans le respect de l’architecture traditionnelle, les nombreuses maisons à boutons s’alignant le long des ruelles. 





Aujourd’hui les villageois sont fiers quand on compare avec celui de Safranbolu ce précieux héritage culturel. Près de 150 sont encore debout et une cinquantaine restaurées. Le village a bien sûr connu un important exode rural mais ses natifs ne l’ont pas complètement déserté. Certains reviennent occasionnellement, d’autres plus durablement pour participer à sa résurrection en employant la main d’œuvre locale tant pour la restauration des maisons que pour y développer des activités touristiques respectueuses de l’environnement. Ormana Active, initiative de la famille Özgüven, en est l’illustration avec ses bâtisses restaurées (Berberoğlu Evi, Doğan Konağı, Aktepe Evi), offrant le gîte, le couvert et, sans supplément, un accueil chaleureux, sans compter l’énergie déployée à communiquer une passion. 



Cela passe de l’assiette bien garnie de produits frais locaux, à la chambre fleurant bon les boiseries de cèdre, à l’accompagnement pour les promenades dans le village ou excursions aux alentours.

Jane, que je connais depuis longtemps, nous fait découvrir les particularités des maisons à boutons. L’aspect caractéristique des façades a imposé cette appellation car dans l’empilage de pierres affleure, ou parfois dépasse largement, l’extrémité des poutres composant le squelette des constructions. 
Certaines pierres , visiblement récupérées aux alentours, attestent d'un passé antique quand Ormana s'appelait Erymna...



Des vestiges effondrés témoignent de la technique d’assemblage des matériaux sans aucune utilisation de mortier et de l’épaisseur d'environ 80 cm des murs ainsi réalisés par remplissage.



On remarque les pans coupés en bas des angles des façades pour faciliter le passage des chariots et animaux.

    
Le rez-de-chaussée faisait autrefois office d’étable et contribuait au chauffage naturel des pièces à l’étage où vivaient plusieurs générations d’une même famille. Apparemment pas de séparation entre hommes et femmes (haremlik-selamlık) comme on peut voir dans les maisons musées de Safranbolu ou de Bursa.




L’une d’elle fait office de Maison de la Culture et accessoirement d’hébergement touristique en cas de relative affluence. Si ses murs ont perdu en grande partie leurs boutons, l’intérieur recèle cependant d’authentiques boiseries et d’astucieux aménagements d’époque. 





On peut même y voir des éléments utilisés par les pompiers datant de la période ottomane. Inutile de préciser que dans cet environnement forestier et de par les éléments architecturaux des habitations, il était essentiel que les incendies éventuels fussent très rapidement maîtrisés !


Un peu plus loin, il ne manque aucun outil dans l'atelier du forgeron. Même le gros soufflet est en état de fonctionnement.



Il est temps d’aller goûter aux spécialités cuites dans le grand four à bois de la Berberoğlu Evi, qui a gardé le nom de son ancien propriétaire.



Ensuite nous serons les hôtes de la chambre 318 dans la maison Doğan reconvertie en boutik otel, pour une bonne nuit au calme… interrompue quand même par le tambour du ramadan, puis l’appel du muezzin et le chant du coq au lever du soleil… Mais de toute façon, la grasse matinée n’était pas au programme. Attention aussi en passant la porte. Les dimensions sont d'origine et les hauts gabarits devront un peu courber l'échine sous peine de se décorer le front d'une belle bosse.




Il nous restait encore à découvrir les alentours. A lire dans un prochain article...