mercredi 2 janvier 2019

Des lanternes chinoises au Jardin des plantes


A la tombée du jour, le Jardin des plantes ferme habituellement ses grilles aux visiteurs jusqu’au lendemain. Mais en cette fin d’année et début de la nouvelle, le parc et la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle jouent les prolongations de 18 à 23 heures avec un spectacle de monumentales et multicolores lanternes chinoises.


Tandis que les animaux de chair et d’os se sont endormis, d’autres faits de tiges métalliques et de tissus peints, s’illuminent pour éveiller les consciences, sensibiliser le public sur la fragilité de la biodiversité. Le parcours commence avec les dinosaures disparus depuis des millions d’années, et d’autres animaux qui ont cohabité un temps avec l’espèce humaine comme les mammouths.





    
On déambule ensuite dans les allées bordées d’un bestiaire coloré et animé, mais déjà en grand danger d’extinction.









On se fait avaler par un requin blanc de 30 mètres de long, passage obligé vers une autre faune dont il faut préserver l’environnement pour qu’elle ne subisse le même sort…      



Même si l’on peut trouver puérile cette approche pour un sujet aussi alarmant, les enfants ne sont pas les seuls à se laisser impressionner par cette mise en scène poétique et féerique.









Je ne résiste pas à la tentation de vous souhaiter avec ces photos une lumineuse année remplie de l’espoir que chacun contribue chaque jour un peu plus à faire retrouver la santé à notre planète, à agir au quotidien en pensant à l’avenir de nos enfants et petits enfants pour qu’ils puissent eux aussi s’émerveiller longtemps des beautés de la nature.


«Espèces en voie d'illumination» est à voir jusqu'au 15 janvier 2019!
Petit conseil : mieux vaut éviter d’arriver pour l’ouverture à 18h. Les files d’attente sont moins longues après 20h.

samedi 8 décembre 2018

Jean-Michel Basquiat à Paris


Les grandes fortunes vous indisposent ! Moi aussi.
Leur étalage philanthropique vous met mal à l’aise ! Moi aussi.
Vous ne croyez pas à la sincérité de leur déclaration d’œuvrer pour l’intérêt général afin de rendre l’art et la culture accessible à tous ! Moi non plus.


Jouer le rôle de mécène par le biais d’une fondation présente le double avantage de créer une fastueuse vitrine et quelques optimisations fiscales. Personne n’est dupe. Cette générosité a de fort relent de stratégie marketing…
Collectionneurs actifs, les hommes d’affaires savent depuis longtemps que la possession d’œuvres d’art est un moyen privilégié d’affirmer la puissance. Organiser des expositions temporaires dans des lieux d’exception aussi.
Alors pour découvrir des facettes de l’art contemporain, il faut parfois chercher ailleurs qu’au Centre Pompidou, faire une entorse à ses principes, surmonter des réticences.
L’entrée coûte tout de même 16 euros, et payante aussi pour les enfants à partir de trois ans, 5 euros jusqu'à 18 ans et 10 euros jusqu'à 26 ans…
La culture est un luxe pas si accessible qu’on voudrait nous le faire croire.

Tandis que la fondation Pinault fignole son installation dans le magnifique écrin de la Bourse du Commerce dans le quartier des Halles, orchestrée sous la baguette magique de l’architecte japonais Tadao Ando, la Fondation Louis Vuitton avec le président du groupe LVMH, Bernard Arnault, a fait construire un ambitieux bâtiment d’acier, de béton, de bois et de verre par Frank Gehry (architecte du musée Guggenheim de Bilbao), à l’orée du Bois de Boulogne, dans le Jardin d’Acclimatation, inauguré en octobre 2014. Il a des allures de navire voguant toutes voiles dehors sur son bassin où l’eau s’écoule en cascade.







Depuis octobre 2018 et jusqu’au 21 janvier 2019, 120 œuvres de Jean-Michel Basquiat (1960/1988) y sont exposées. Paradoxe? Pas vraiment, car le parcours de JMB est la démonstration d'une formidable réussite d'un enfant nourrit très tôt d'une culture artistique. La révolte et son expression populaire avec des graffitis urbains viendront après. La reconnaissance par les institutions, la critique et le marché de l'art suivront.







30 ans ont passé depuis la brutale disparition de l’artiste et les ventes aux enchères de ses toiles atteignent les sommets (le record : un collectionneur japonais a déboursé 110,5  millions de dollars pour acquérir en 2017 l’une d’elles qui s’était vendue à 19000 dollars 35 ans plus tôt).




Peintre américain new-yorkais, d'origine haïtienne par son père, portoricaine par sa mère, Basquiat a laissé une œuvre de plus de huit cents tableaux et mille cinq cents dessins réalisée en huit ans dans un style caractérisé par les symboles et l’imagerie anatomique. 




L’enfant radieux comme on le surnommait, a relevé le défi qu’il s’était fixé, son ascension fulgurante le propulsa au rang des artistes mondialement reconnus, tout en causant aussi sa perte.


L’art contemporain me laisse souvent dubitative mais il provoque aussi parfois des émotions.


mercredi 21 novembre 2018

Göbekli Tepe au musée de Şanlıurfa


Le tout récent musée archéologique de Şanlıurfa (2014) est un complément indispensable à la visite du site de Göbekli Tepe. Les nombreuses salles ne lui sont pas exclusivement réservées mais la section qui le concerne est particulièrement riche.
La copie grandeur nature de l’enceinte D, celle qui est composée in situ des plus grands piliers en T est évidemment très impressionnante. 


D’autant plus qu’ici on ne la voit pas derrière un grillage et en position accroupie ! D’autant plus qu’ici ils sont représentés en intégralité alors que sur le site une partie est encore enfouie. En gagnant sur le plan spectaculaire et suggestif, ils perdent cependant quelque peu de leur pouvoir spirituel.



Plus intéressante, l’exposition de nombreux artefacts retrouvés au cours des chantiers de fouilles qui pour des raisons évidentes n’auraient pu être conservés et préservés dans leur milieu d’origine. 
Le classement et l’étude de ces productions est indispensable à la compréhension préhistorique. 
Des sculptures isolées représentant des lions, des sangliers, des tortues, des ours, viennent enrichir le bestiaire en relief observé sur les piliers en T. Elles ont pour la plupart des postures menaçantes.





Des statues ou des fragments, représentant des personnages et une gravure reproduisant une scène d'accouchement. Et même une série de figurines évoquant une famille?







L’outillage lithique témoigne d’une grande maîtrise de façonnage dans la réalisation des grattoirs, burins, perçoirs, lissoirs, pointes de flèches, haches et massues. Il sous entend une recherche d’efficacité et d’esthétisme.





Dans certaines vitrines notamment celles qui présentent l’outillage lithique, les ustensiles et les figurines de pierre calcaire, les artefacts de Göbekli Tepe côtoient ceux des sites environnant en particulier de Nevalı Çori ; Sans doute pour souligner la similarité des techniques et des méthodes ainsi que d’éventuelles particularités que seuls des spécialistes seront capables de percevoir.




Et puis il y a aussi quelques réalisations qui provoquent la perplexité telles un totem, un anneau, des piliers en réduction. Des symboles?




Les archéologues ont mis en évidence d’après les strates étudiées que les rassemblements épisodiques et les constructions de Göbekli Tepe se sont étalés sur près de 2000 ans, les plus anciennes enceintes étant les plus vastes. Aucune nouvelle construction n’était entreprise sans avoir enseveli la précédente. Il semblerait que les dernières étapes de construction de taille plus réduite ont été abandonnées après avoir elles aussi été ensevelies, pour être reconstruites avec des variantes dans les lieux de sédentarisation comme à Nevalı Çori.

Les découvertes faites à Göbekli Tepe ont bouleversé bien des théories élaborées précédemment. Elles ont confirmé que la domesticité des végétaux et des animaux est postérieure à la sédentarisation. Elles ont surtout démontré que l’évolution des comportements humains vers une forme d’organisation structurée s’était concrétisée dans la réalisation de lieux communautaires précédant la sédentarisation. C’est ce cheminement de la pensée qui conduira vers la sédentarisation jusqu’en Europe au cours des millénaires suivants, au développement de l’agriculture, de l’élevage, de la poterie et qui mènera à l’élaboration de ce qu’on appelle aujourd’hui civilisations. Mais n’en était-ce pas déjà une ?

Toutes les connaissances acquises grâce aux missions archéologiques sont susceptibles d’être remises en cause par les suivantes et Göbekli Tepe est loin d’avoir livré tous ses secrets. Certains estiment qu’il faudrait encore fouiller une centaine d’années… Est-il sage de continuer quand on sait que les fouilles portent en elles un potentiel non négligeable d’agression des sites. Mais sans elles comment pourrions-nous connaitre ce passé et les étapes franchies qui ont conduit à notre présent.

Déjà on commence à parler d’un autre site qui pourrait induire une approche différente. Göbekli Tepe ne serait pas unique en son genre dans le paysage néolithique de la région et cela supposerait l’existence d’une forme d’organisation bien plus importante qu’on ne l’a envisagée.
Bahattin Çelik, un archéologue turc a découvert en 1997 dans le cadre d’un projet d’inventaire régional, des vestiges de constructions datant d’environ 9100 à 8400 avant notre ère, sur une butte, Karahan Tepe* à une cinquante de km au sud-est de Göbekli Tepe.
D’après les prospections, le site se compose d’un assemblage ordonné de piliers en forme de T dont certains ornés de sculptures en relief. Il semble aussi avoir été délibérément enseveli sous un grand tertre artificiel, aux alentours de 8000 avant notre ère.
Aucune fouille n’a été entreprise mais il est répertorié et protégé avec quelques autres de la période néolithique précéramique (Ayanlar Höyük, Taşlı Tepe, Harbetsuvan Tepesi, Sefer Tepe, Hamzan Tepe, Yeni Mahalle/Balıklıgöl Höyüğü et Kurt Tepesi).
Comme l’a souligné Bahattin Çelik, le patrimoine restant à découvrir et à comprendre est vaste mais avant tout il est nécessaire de le préserver.