lundi 30 janvier 2012

Istanbul encore sous la neige


Le ciel est lourd des flocons qui vont voltiger sur la ville et l’ensevelir patiemment. Le phénomène n’a rien d’exceptionnel et il est toujours cause de tracas pour les déplacements, malgré cette fois une meilleure anticipation de l’événement par la municipalité avec salage intensif et mise en circulation de bus supplémentaires.

Mais il est toujours aussi photogénique ! 




samedi 28 janvier 2012

Des édifices religieux byzantins – Saint Sauveur in Chora (Kariye müzesi)


Bien que la première construction d’un complexe monastique ait probablement été réalisée au 4e siècle, avant la construction des murailles de Théodose (408-413), l’église a connu de nombreux remaniements au cours des siècles, les tremblements de terres et actes de vandalisme ne l’ayant pas épargnée. Très endommagée après la période iconoclaste (726-843), elle fut reconstruite, puis de nouveau laissée à l’abandon après le passage des croisés et pendant l’occupation latine (1204-1261). 





C’est au début du 14e siècle que Théodore Métochite, grand logothète (trésorier impérial) d'Andronic II (1282-1328), lui donna son apparence actuelle par une restauration et l’ajout d’un exonarthex et du parecclésion. Les mosaïques et les fresques datent pour la plupart de cette époque. Le bienfaiteur y est représenté agenouillé, dans une composition située dans le narthex. Il finira sa vie dans le monastère dont il ne reste plus trace aujourd'hui.



Lors de la conquête de Constantinople, les janissaires pilleront le mobilier du sanctuaire mais sa transformation en mosquée entre 1495 et 1511 par Atik Ali Pacha, grand vizir de Beyazit II, lui doit en partie sa conservation.
La nef devint salle de prière et de sa décoration ne subsiste que les plaques de marbre veiné de bleu, de vert ou de rose. Au-dessus de la porte centrale, un panneau de mosaïques encadré représentant la Dormition de la Vierge, est le seul rescapé des douze panneaux figurant les fêtes liturgiques qui devaient en tapisser les murs. Il n’est apparemment pas daté de la même époque que les mosaïques décorant le narthex et l’exonarthex et on ne sait pas à quel moment ont disparu les autres.



Si l’art de la mosaïque, particulièrement florissant à l’époque byzantine, n’est pas exclusivement consacré à la décoration intérieure des lieux de culte – voir le musée des mosaïques sur l’emplacement du grand palais -  la visite de Saint Sauveur in Chora, après celle de l’église Panaghia Pammakaristos (Fethiye camii) ne manque pas de surprendre par la richesse des coloris, l’abondance de détails d'une véritable mise en scène de l’histoire sainte. 
Après Sainte Sophie, c’est le plus important témoignage de cet art qui se décline en différents styles du 6e au 14e siècle.






Les compositions de mosaïques de Saint Sauveur appartiennent à la dernière période, celle où l’on s’éloigne le plus d’une représentation austère du divin. Les artistes, contemporains de Giotto, semblent avoir conjugué leurs talents pour toucher la sensibilité des fidèles et exalter leur foi.  La vie de Marie, la généalogie de Jésus et l’accomplissement des miracles sont traités avec un réalisme émouvant. Il en est de même pour les fresques du parécclésion qui constituent des chefs d’œuvres. La Descente aux Enfers et le Jugement Dernier avaient à l’évidence bien des atouts pour impressionner et convaincre les fidèles.



     

De 1948 à 1958 une restauration d’envergure fut dirigée par le « Byzantine Institute of America » et depuis Saint Sauveur in Chora est un musée.


jeudi 26 janvier 2012

Des édifices religieux byzantins - L’église Panaghia Pammakaristos

Précieux héritage de la période byzantine, ils sont encore nombreux à Istanbul.
Le plus majestueux, la basilique Sainte-Sophie construite au 6e siècle fut le modèle à surpasser pour les architectes ottomans. Des minarets témoignent de son affectation au culte musulman dès la conquête en 1453.



Comme d’autres plus modestes, l’aménagement en mosquée de cet édifice religieux orthodoxe lui a permis de traverser les siècles. Plusieurs d’entre eux sont actuellement des musées et leurs somptueuses décorations de mosaïques et de fresques, débarrassées des badigeons sous lesquelles elles ont parfois été longtemps cachées, émerveillent les visiteurs depuis des décennies.
A l’exception de Sainte Sophie dont la silhouette est bien connue, la plupart de ces édifices, situés en retrait des quartiers touristiques, sont reconnaissables par leurs structures de briques rouges apparentes et une allure assez massive. 
On découvre l’élégance des coupoles, la finesse des chapiteaux de marbre sculpté et l’esthétique des proportions en entrant dans les lieux. Les façades généralement percées de grandes fenêtres laissent pénétrer la lumière du jour.

Église des Saints Serge et Bacchus (Küçük Aya Sofya camii)



Église Sainte Irène (Aya Irina müzesi)



Église Theodokos Kyriotissa (Kalenderhane camii)



Eglise Saint Théodore (Molla Gürani camii / Vefa camii)






Sans oublier la très célèbre église Saint Sauveur in Chora ( Kariye müzesi) que j’ai revisitée dernièrement, voici d’abord quelques images de l’église Panaghia Pammakaristos (Fethiye camii) dont la chapelle latérale restaurée est un musée depuis 2005.
Elle est située dans le quartier très conservateur de Çarşamba. (Une occasion de voir où les médias européens prennent parfois leurs images pour présenter comme une généralité un aspect particulier d’Istanbul.)



La première construction de l’église daterait du 11e siècle. Sa première restauration au 13e siècle est attribuée à Michel Doukas Glabas, un général d’Andronikos II Paléologue. Sa veuve aurait fait ajouter la chapelle funéraire (ou parecclésion). Elle est abondamment décorée de mosaïques aux couleurs chatoyantes d'une grande finesse et malgré l’exiguïté des lieux, l’ensemble est lumineux. Les personnages divins aux gestes symboliques, sont impassibles et rigides mais les compositions aux tons joliment dégradés et une habile pose des tesselles réussissent à donner du relief à ces représentations iconographiques. On remarque l’abondance de l’utilisation de tesselles à fond d’or symbolisant l'éternité. Leur position légèrement inclinée dans le mortier permet d’accrocher la lumière et donne cet aspect étincelant.








En 1591, l’église fut convertie partiellement en mosquée par le sultan Murat III qui la nomma Fethiye Camii, mosquée de la Victoire, commémorant ainsi sa conquête de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan. Il est intéressant de noter que pendant longtemps, musulmans et chrétiens ont prié dans cet édifice, chacun dans la partie qui lui était réservée.

 

dimanche 22 janvier 2012

Flânerie à Tophane (2)


Jusqu’à ces dernières années la grande avenue (Meclis-i Mebusan Caddesi) n’était pas destinée à la promenade malgré la proximité des quais. Comme je l’ai dit, on y passait sans s’attarder sauf pour dénicher des fripes dans les échoppes de l’Amerikan Pazarı où étaient vendus des vêtements dégriffés, mais il faut quand même ajouter que les lieux étaient bien connus des couche-tard et des amateurs de narguilé. Les bars où l’on s’attarde pour d’interminables parties de tavla (backgammon) ont évincé peu à peu les autres commerces.
Le tourisme culturel est venu se greffer sur cette traditionnelle activité, surtout nocturne, dont ont témoigné des écrivains turcs (de Yaşar Kemal à Fatih Özgüven…).
Les bâtisses historiques sortent de l’indifférence depuis que des travaux d’envergure ont été entrepris. La restauration de la superbe fontaine de Tophane construite en 1732 sur l’ordre de Mahmut I, fut réalisée en 2006 avec le soutien financier de Saka su (groupe Sabancı).




Puis vint récemment le tour du complexe de la mosquée Kılıç Ali Paşa, construit vers 1580 pour un amiral de la flotte ottomane d’origine calabraise. Demandant au sultan Murat III un lieu pour réaliser son projet, on lui répondit « sur la mer ». Le défit fut relevé par le célèbre architecte Sinan après des travaux de remblaiement. De chaque coté de l’entrée principale de la mosquée, obstruée par le lourd rideau de cuir, deux petites colonnes mobiles de marbre rose attestent que la construction n’a pas glissé d’un iota.




Avec un peu de chance vous aurez droit à une visite guidée par le gardien, qui se fera un plaisir de les faire tourner sur leur axe, illuminera l’intérieur d’un coup de pouce sur sa télécommande, soulèvera un bord de l’épais tapis pour vous montrer le système de chauffage au sol installé dans la partie réservée aux femmes âgées ou handicapées, vous fera grimper à l’étage pour avoir une vue d’ensemble, attirera votre attention sur la coupole soutenue par « quatre pieds d’éléphant », sur les vitraux, les calligraphies, le fauteuil marqueté de nacre utilisé par l’imam les jours de fête religieuse. Il vous invitera à approcher du mihrab encadré de deux immenses cierges et décoré de carreaux d’Iznik, pointant du doigt au passage les faïences blanches, témoignage d’un acte de vandalisme qui nous offusque tout autant que lui. 








Il vous montrera aussi par une fenêtre, l’élégant türbe où repose Kılıç Ali Paşa, entouré des tombes de ses proches, mais il passera sous silence la petite histoire qui raconte que le vieillard s’est éteint à 90 ans dans les bras d’une concubine.



Il vous dira par contre que la mosquée restaurée n’a pas encore été officiellement inaugurée mais qu’elle le sera prochainement et que le hammam, encore en rénovation, reprendra ses fonctions avant l’été.




Au bout de la ruelle, la medrese tapissée de mousses et autres verdures, attend sans impatience son lifting programmé. Le gardien s’attendrit sur des souvenirs d’enfance, il a été vacciné tout petit dans ces lieux. Quand on voit la maquette du complexe, bien léchée, exposée dans la cour de la mosquée, avec lui on peut craindre que l’ancienne école perde beaucoup de son charme mais à l’évidence elle a bien besoin qu’on la sauve des outrages du temps et des bricoleurs peu scrupuleux.





A Tophane la cohabitation des arts modernes et classiques semble être une réussite. Les habitants de ce quartier traditionnellement populaire, ne voient cependant pas sans inquiétude la transformation très rapide qui s’effectue sous leurs yeux, l’arrivée de nouveaux occupants attirés par cette valorisation culturelle et la frénésie de transactions immobilières qui en découle.
Il reste à espérer que dans l’euphorie du moment on ne sacrifie pas la possibilité d’une cohabitation harmonieuse des populations.

vendredi 20 janvier 2012

Flânerie à Tophane (1)


Il y a seulement 10 ans, on ne s’arrêtait pas à Tophane, on ne faisait qu’y passer en remarquant à peine les constructions historiques religieuses ou civiles qui encadraient l'avenue. On regrettait que leurs façades, déjà noircies par des siècles d’activités industrielles aux alentours, soient en plus flanquées de constructions disgracieuses de bric et de broc, défigurant leurs architectures majestueuses.  
Des initiatives privées ont depuis transformé l’apparence du quartier. La reconversion des anciens dépôts portuaires en espaces culturels à partir de 2003 avec l’organisation de la 8e biennale d’art contemporain dans l’entrepôt No4 qui  deviendra l’année suivante le musée Istanbul Modern, puis l’inauguration du centre culturel Depo en 2009, a contribué largement à multiplier sa fréquentation.
Enfin les vestiges de l’imposante fonderie impériale Tophane-i Amire, qui a donné son nom au quartier, léguée à l’Université des Beaux-Arts Mimar Sinan en 1993, accueille depuis 2004 des collections prestigieuses.





J’ai visité récemment le bâtiment à l’occasion de l’exposition temporaire de 121 œuvres de Salvador Dali sur trois thématiques : « La Comédie Divine», « Les Traces du Surréalisme » et « Le Dîner de Gala ». (Jusqu’au au 26 février 2012)




Mon propos n’est pas de vous commenter l’événement, mais je vous conseille évidemment d’y aller. 




Profitez-en comme moi pour découvrir les structures architecturales de l’édifice datant du règne de Selim III reconstruit sur l’emplacement des anciennes fonderies de canon successivement érigées sur l’ordre de Mehmet-le-Conquérant puis de Soliman-le-Magnifique. Les casernes attenantes ont été démolies dans les années 50 pour élargir l’avenue, essentiellement pour améliorer la circulation des voitures… Depuis d’autres initiatives ont été prises, comme l’aménagement de la voie de tramway qui facilite bien les déplacements. 
(A suivre)