lundi 23 septembre 2013

Embarquement pour le Bosphore

Pour reprendre contact en douceur avec la vie stambouliote, la proposition de l'association la Passerelle ne pouvait mieux tomber. La matinée brunch sur les flots, entre deux rives, s’est dégustée avec délectation, de Kabataş à Beykoz et retour.





Le ciel, par moment menaçant, a rappelé l’inéluctable passage de l’été à l’automne, mais a eu la clémence d’épargner l’embarcation. Nous n’en espérions ni plus ni moins…


Une parenthèse d’insouciance, cheveux au vent, avant d’être rattrapé par le quotidien et l’actualité du monde…















mardi 23 juillet 2013

La nigelle et ses petites graines noires

De notre périple printanier entre Limousin et Périgord, voici une image plus ensoleillée qui m’inspire une parenthèse botanique, culinaire et médicinale…


Dans le jardin de nos hôtes à Montagnac-d'Auberoche la nigelle au feuillage aérien occupait une généreuse bordure. Elle profitait d’une éclaircie pour gonfler ses boutons et préparer sa floraison, qui se concrétisa deux semaines après notre départ, comme le prouve la photo ci-dessous que m’envoya Michèle.


Si, tout comme moi, vous ne saviez pas à quoi ressemblent les fines feuilles et la fleur délicate de cette herbacée, voila une lacune comblée.
Par contre, on ne devrait pas ignorer tous les bienfaits des précieuses graines noires que la nigelle produit en quantité. Ils sont connus depuis la plus haute antiquité en Asie, au Moyen Orient, et en Afrique. Ses vertus sont innombrables à commencer par la stimulation du système immunitaire. La recherche médicale occidentale s’y intéresse depuis une cinquantaine d’années et ne dément pas l’action bénéfique de la plante dans de nombreuses pathologies, de la migraine aux allergies, en passant par les problèmes respiratoires ou digestifs, les affections cutanées, etc.


La médecine douce préconise l’usage de la graine en phytothérapie ou de son huile en aromathérapie. 
Les petites graines noires sont aussi très aromatiques. Avec les graines de sésame, elles décorent et parfument en Turquie bien des pâtisseries et on les retrouve bien évidemment sur le pide du ramadan !
La graine de nigelle que l’on appelle aussi cumin noir est utilisée aussi pour épicer en douceur d’autres préparations culinaires comme le concombre ou le pourpier au yaourt, les légumes à l’huile d’olive ou farcis, les soupes, les salades… (en turc: çörek otu)

Ne nous privons pas de ses bienfaits au quotidien, pour rester en bonne santé.

Ma confiture de pêche, cuvée 2013

mercredi 17 juillet 2013

Bourganeuf : une étape de captivité du prince Djem

C’est sous le ciel maussade d’un printemps qui ne parvenait pas à imposer ses couleurs que l’occasion d’une escapade à Bourganeuf s’est présentée en mai dernier.


De la fraîcheur des températures ou du triste destin du prince ottoman, otage des Chevaliers Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, on ne saurait dire ce qui nous faisait le plus frissonner.
Dans le décor austère des édifices de la commanderie, siège du Grand Prieuré d'Auvergne depuis 1367, on imagine sans peine le désespoir du captif qui pour échapper aux desseins criminels de son frère Beyazıt (Bajazet) succédant à son père, Mehmet II (le Conquérant), avait demandé asile aux Chevaliers, alors établis sur l’île de Rhodes. Sous le prétexte d’assurer sa protection, Pierre d’Aubusson, Grand-Maître de l’Ordre le fit conduire en France en 1484 par son neveu, Guy de Blanchefort, commandeur du Grand Prieuré d’Auvergne. Le prince Cem (Djem) fut d’abord hébergé dans des demeures familiales du Dauphiné et du Limousin avant d’être transféré de 1486 à 1488 dans la fameuse tour de Bourganeuf (Tour Zizim), aménagée, si non construite à son intention.


L'édifice massif en pierre taillée surmonté de mâchicoulis et de créneaux ne laisse aucun doute sur sa capacité à empêcher toute tentative d'évasion ou d'enlèvement.
Tout autant qu’il fut impossible au prince d’en sortir, la tour resta inaccessible à la visite qui avait motivé notre déplacement. Malgré toutes nos suppliques auprès de l’office du tourisme de la commune, la porte resta close.


Des visites commentées se font apparemment exclusivement en période estivale et sur demande de groupes constitués. C’est donc le moment pour ceux qui se trouvent dans les parages de ne pas manquer l’occasion d’aller sur les traces du passé tourmenté d’un prince né en 1459 dans le palais impérial d’Edirne, fils du Sultan qui a conquis Constantinople et d’une princesse serbe, Cicek Hatun, et qui devint l’enjeu de sombres intrigues politiques en Occident.
Vous n’y verrez pas l’une des magnifiques tapisseries de la Dame à la Licorne qui, selon une légende complaisamment reprise par George Sand, aurait décoré la geôle du prince. Mais d’autres lectures d’ouvrages récents vous en diront plus sur le personnage car son histoire n’en finit pas d’inspirer les romanciers et d’intriguer les historiens.
Jean-Marie Chevrier, Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman, Albin Michel, 1993
Edouard Sablier, Le prisonnier de Bourganeuf. Djem Sultan 1459-1495, Perrin, 2000
Didier Delhoume, Le Turc et le Chevalier - Djem Sultan, un prince ottoman entre Rhodes et Bourganeuf au XVe siècle, Patrimoine en poche, 2004
Maurice Caron, Djem, Un prince dans la tourmente, Zeugma, 2010.(Le site de l'ouvrage)

L’exil du prince se poursuivit en Italie et il mourut à Naples le 24 février 1495, probablement empoisonné. Sa dépouille fut ramenée en Turquie en 1499 pour être inhumée à Bursa dans l’un des douze "türbe" du complexe Muradiye datant des 15e et 16e siècles, réunissant une quarantaine de cercueils des membres de la famille impériale.


Elisabeth Strub Madzar s’est inspirée du remarquable décor intérieur du mausolée pour réaliser un somptueux patchwork intitulé Cem Sultan. (Photo prise dans son atelier stambouliote avec l’autorisation de l’artiste)


mardi 18 juin 2013

L’homme arrêté

L’exaspération, l'indignation rend inventif! 
C’est une trouvaille de génie pour contourner l’interdiction de rassemblement, un moyen ingénieux de stopper l’escalade de la violence.
Mais les émules sont déjà nombreux et mettent en péril cette initiative pacifique. Le principe étant l’absence d’action d’un individu affirmant exclusivement sa présence immobile et muette, en guise de contestation.
Sa solitude a très vite intrigué la police soupçonnant le piège, le danger… Mais de quoi accuser un homme seul bien campé sur ses jambes au milieu d’une place qui n’a dans son sac à dos qu’une bouteille d’eau et quelques biscuits?

Les passants n’ont pas mis longtemps à comprendre le message et l’événement a fait le tour du monde via les réseaux sociaux. 
Sur la place Taksim, près du parc Gezi, dans un contexte de répression, l’homme debout et silencieux a pris le relai d’une foule contestataire devenue trop vulnérable. 


dimanche 16 juin 2013

Place Taksim

Il a menacé de le faire et il l’a fait…
La place Taksim a été évacuée par la force samedi soir et « nettoyée ». 

Il s’en vante à grand renfort de discours, mais la contestation n’est pas éteinte et rien ne pourra effacer des mémoires l’extraordinaire mobilisation contre les abus de pouvoir et les projets d’atteinte aux essentielles libertés, ni les réponses menaçantes et les violentes interventions policières.
On n’oubliera pas les moments de solidarité exemplaire qui ont été nombreux durant plus de 15 jours…(entre autres, jeudi 13 juin, les mères ont formé un bouclier humain pour protéger les contestataires du parc Gezi, et ont répondu ainsi avec humour et courage à l’appel du préfet leur demandant de convaincre leurs enfants de vider les lieux), ni les démonstrations pacifiques de masse prouvant publiquement un puissant attachement à la laïcité. La fumée de la prospérité économique derrière laquelle le premier ministre s’est longtemps caché a été dissipée par celle des gaz lacrymogènes.

mercredi 5 juin 2013

Resistanbul à Paris

On l’attendait, on l’espérait, on n’osait plus y croire mais la société civile turque est sortie de son sommeil d’anesthésié. A Istanbul s’est déclenché un modèle de rébellion pacifique qui se propage dans les autres villes du pays.
L’indignation a balayé en sourdine la résignation.
La contestation s’installe au grand jour.
J’aurais bien voulu être sur place pour sentir vibrer cette formidable détermination, bravant la répression ou s’exprimant moins dangereusement mais bruyamment chaque soir en tapant sur des casseroles… 


A Paris, vers la fontaine des Innocents on a pû mardi soir manifester un soutien à "Occupy Gezi" et devenir pour quelques heures des "çapulcu" (=voyou, terme employé par Erdoğan pour désigner les manifestants). Devenu le nouveau slogan de la place Taksim par anglicisme : Everyday I'm Çapuling


 Crédit photos: Perin / 4 juin 2013


vendredi 3 mai 2013

Le soir tombe sur le pont de Galata


Après l’invraisemblable cohue du marché égyptien, s’accorder un moment de répit en empruntant un vapur, même pour une courte traversée est un luxe à la portée de tous.
En fin de journée, un instant de quiétude à savourer ! 
Tandis qu’un goéland cendré accompagne le bateau, les enseignes des restaurants de poissons, sous le tablier du pont de Galata, s’illuminent, et Istanbul se teinte de pastels.  




lundi 29 avril 2013

Iris à Tekirdağ


Les températures estivales réveillent les envies de verdure des citadins… Il est temps de préparer la maison de vacances pour les prochains mois. 
Pour l’instant les iris sont les merveilles du jardin. Bientôt ils seront fanés, alors profitons vite de leur éphémère beauté.





jeudi 18 avril 2013

Entre exposition parisienne « Éclats d’antiques… » et musée archéologique d’Istanbul

Après le musée de la céramique (Çinili Köşk) en février dernier, voici venu le moment de mettre un projecteur sur son impressionnant voisin le musée archéologique, ancien musée impérial fondé par Osman Hamdi Bey. Derrière la façade imposante de cette bâtisse édifiée par l’architecte Alexandre Vallaury entre 1887 et 1892, l’un de ses conservateurs, Gustave Mendel, réalisa il y a tout juste 100 ans un inventaire détaillé des trésors qu’il contient, réunissant plus de 1400 fiches descriptives, dessins et gravures dans les 3 volumes de son Catalogue des sculptures grecques, romaines et byzantines, édité de 1912 à 1914 par le musée.
Membre de l’Ecole française d’Athènes, il y travailla pendant dix ans à partir de 1904 et fut nommé officiellement conservateur de 1910 à 1914.


Un commentaire récent, laissé sur mon blog par François Queyrel, m’incite à partager l’information qu’il contient, en relation directe avec la production remarquable de cet archéologue français dont l’ouvrage servit longtemps de référence auprès des spécialistes.

L’exposition parisienne « Éclats d’antiques - Sculptures et photographies : Gustave Mendel à Constantinople », organisée par l’École pratique des Hautes Études et l’Institut National d’Histoire de l’Art, lui rend hommage et ouvrira ses portes dans quelques jours.
Elle présente une sélection d’une centaine de photos inédites réalisées par le célèbre studio stambouliote « Sebah & Joaillier », installé dans le quartier de Péra en 1890, puis jusqu’en 1952 sous le nom de « Foto Sabah », l’un des associés, Polycarpe Joaillier, étant reparti en France en 1910. 
Les plaques de verre ayant disparu, les tirages originaux sont conservés aujourd’hui par la bibliothèque de l’INHA et la collection de Gabriel Millet. Ils constituent un témoignage exceptionnel du patrimoine antique à l’époque ottomane, ainsi que de l'activité d'un studio photographique dont d'autres collectionneurs de cartes postales, vues touristiques ou scènes orientalisantes, font aussi vivre la mémoire. (Blog de Gisèle)

L’intérêt de cette exposition se prolonge par un travail de numérisation documentaire qui retiendra l’attention de nombreux spécialistes et curieux : le projet "Nouveau Mendel" met en ligne le catalogue de Gustave Mendel, et ses milliers d'images.

A noter aussi un programme de conférences :
- le pré-vernissage aura lieu le 23 avril à 17h, salle Vasari avec la participation des auteurs du catalogue de l’exposition et des étudiants de l’EPHE.
- le 28 mai à 17h, salle Vasari : “Gustave Mendel et Osman Hamdi Bey”, par Edhem Eldem (Université du Bosphore – Boğaziçi Üniversitesi)
- le 12 juin à 17h, salle Benjamin : “Tombes royales – tombes dynastiques d’Asie Mineure, un état des dernières recherches”, par Olivier Henry (Institut français d’études anatoliennes)

A lire : le catalogue de l’exposition « Éclats d’antiques. Sculptures et photographies : Gustave Mendel à Constantinople », collection : Armand Colin/Recherches, réunit sous la direction de Martine Poulain, François Queyrel et Gérard Paquot, les textes de dix spécialistes évoquant l’histoire du catalogue centenaire, de sa réalisation au tout début du 20e siècle ainsi que les enjeux actuels de sa numérisation.
Sur le site de l’éditeur, le sommaire vous éclairera sur les thèmes développés par les différents intervenants, Turcs et Français.

Pour plus d’informations consultez le site de l’exposition qui présente entre autre, un film de Patrick Guillot ayant pour titre « Le sarcophage dit d’Alexandre » et dans lequel François Queyrel, professeur d’archéologie grecque à l’EPHE, propose une lecture détaillée des scènes qui décorent le célèbre sarcophage, pièce maîtresse de l’actuel musée archéologique d’Istanbul.

L’événement culturel est une invitation au voyage pour tout ceux qui découvriront à cette occasion les richesses des musées archéologiques d’Istanbul, mais il devrait raviver l’intérêt de tous ceux qui en ont déjà arpenté les salles en leur apportant de précieux éclaircissements, sans parler de l’impatiente curiosité qu’il suscitera chez certains qui en projettent une visite ! (C et H, en particulier, à qui je dédie ces lignes)

Entrée libre du 24 avril au 20 juillet 2013
Adresse : 2, rue Vivienne, 75002 Paris, (Rotonde de la galerie Colbert, Salle Longhi)
Jours et heures d’ouverture : du mardi au samedi, de 13h30 à 18h30. Fermeture le lundi et les jours fériés

vendredi 12 avril 2013

Le musée d’art moderne et contemporain d’Istanbul


Depuis son ouverture en décembre 2004 dans l'Entrepôt No4 réhabilité des quais de Karaköy, derrière la mosquée Nusretiye (construite au 19e siècle et actuellement en restauration), le musée « Istanbul Modern » expose des sélections de collections principalement composées d’œuvres de peintres turcs appartenant à la famille Eczacıbaşı. 




Regroupées ici sur initiative privée par la Fondation d’Istanbul pour la Culture et les Arts (İKSV), la présentation est évolutive et en moins de 10 ans d’existence a été réalisée sous différents titres évocateurs: “Gözlem, Yorum, Çeşitlilik” (observation, interprétation, diversité), “Kesişen Zamanlar” (temps croisés), “Modern Deneyimler” (expériences modernes) et “Yeni Yapıtlar, Yeni Ufuklar” (nouvelles œuvres, nouveaux horizons).

Photo internet
“Geçmiş ve Gelecek”, la nouvelle présentation que l’on peut visiter depuis le 20 mars 2013, met l’accent sur les liens entre passé et futur, incluant peintures figuratives et abstraites, sculptures, photographies, dessins, installations et vidéos.
Par un arrangement différent de l’espace, les œuvres bénéficient d’une autre vision sur l’histoire de l’art, moins rectiligne, plus cloisonnée mais laissant les zones ouvertes sur le parcours chronologique et les différentes techniques. D’autres artistes, d’autres œuvres ont pris place parmi ceux et celles que l’on a pu déjà voir les années précédentes.
Mon regard est resté accroché par « Yangın » réalisée par Ramazan Bayrakoğlu en 2010, acrylique sur panneau de plexiglas, qui concrétise avec force la disparition des souvenirs, l’anéantissement du passé dont l’avenir renaîtra peut-être de ses cendres.

Photo internet
Une corde sensible a vibré autrement devant « La mort du poète » de Cihat Burak, triptyque mettant en scène la vie et la mort de Nazim Hikmet de façon symbolique et surréaliste dans un puissant raccourci narratif. La composition a été exposée pour la première fois en 1968, commémorant le 5e anniversaire de la mort du poète exilé dans un contexte d’aspiration universelle au respect de la liberté de pensée, revendication toujours d’actualité quelque part…

Photo internet
 Plusieurs visites ne sont donc pas superflues pour appréhender les interactions entre les différents courants artistiques, les convergences, la créativité des artistes turcs et leur contribution à la création universelle sur une centaine d’années. D’autant que des expositions temporaires complètent l’attractivité des lieux. En ce moment et jusqu’au 16 mai « Modernité ? Perspectives de Turquie et de France » est à voir au rez-de-chaussée. Le Comité Colbert est le mécène de cette exposition qui a pour objectif une réflexion sur la relation des artistes contemporains avec la modernité à la fois critiquée et perçue comme un champ de possibilités infinies. L’installation audiovisuelle « Strange fruit » de Hale Tenger, 2009, derrière son épais rideau de plumes de boa et avec ses deux globes renversés dans une quasi-obscurité ne devrait laisser personne indifférent. Une impressionnante remise en question de l’ordre du monde !  

Pour information, les possesseurs de la müzekart rouge bénéficient d’une entrée gratuite dans l’année. Pour tous, l’entrée est libre les jeudis. Le musée est fermé les lundis. 
Il est strictement interdit de photographier à l’intérieur du musée

Mise à jour: 
Depuis mai 2018, nouvelle adresse provisoire:
Asmalımescit Mahallesi
Meşrutiyet Caddesi, No:99
34430 Beyoğlu - İstanbul