dimanche 27 octobre 2013

Escapade en Lycie : Olympos

Le parc national d’Olympos, avec son point culminant Tahtalı, est le rendez-vous des randonneurs du monde entier et ça se voit à Çiralı, petit village situé à l’extrémité nord d’une superbe plage de 3 km, qui se distingue par une quantité impressionnante de pensions de famille et de petits restos. Comment ne pas être conquis par la beauté de la nature environnante entre mer et montagne, et ne pas avoir envie de prendre tout son temps pour l’apprécier.


L’accès au site antique d’Olympos se fait soit par la plage depuis Çiralı, village auquel on arrive en quittant la route Kemer-Finike à la première bifurcation, soit en prenant la deuxième, un peu plus au sud, qui conduit directement au site. Les deux petites routes sont aussi carrossables l’une que l’autre. Agréable surprise, car il y a 20 ans, on avait bien cru ne jamais pouvoir arriver à destination tant la piste était défoncée.
Que vous arriviez d’un côté ou de l’autre, il faudra passer par un guichet et vous acquitter de 5TL pour la visite (sauf les possesseurs de la müzekart).





Les vestiges de la cité antique, fondée au 2e ou 3e siècle av. JC, s’alignent de chaque côté de la vallée traversée par un cours d'eau. 



Vestige d’un pilier du pont romain, reliant les deux rives
Ils proviennent pour la plupart de constructions datées de l’époque romaine, période de prospérité. La ville fut plusieurs fois victime d’attaques de pirates qui causèrent son lent déclin et son abandon vers le 13e siècle.

Porte monumentale d’un temple construit en l’honneur de Marc-Aurèle, 2e siècle

Bâtisse à 2 étages, aux sols recouverts de mosaïques, datée du 5e siècle et probablement occupée par les évêques du lieu pendant la période byzantine. 
Ici, plus qu’à Phaselis, les traces de la civilisation lycienne et de la relative autonomie des villes de la confédération dans cette province romaine, sont visibles comme en témoigne le sarcophage d’Antimachos daté de la fin du 2e siècle...



...ainsi que la tombe monumentale du lykiarque Marcus Aurelius Arkhepolis et de sa famille, datée de la deuxième moitié du 3e siècle.



Les fouilles archéologiques et consolidations continuent…



jeudi 24 octobre 2013

Escapade en Lycie : Phaselis

En automne, une petite semaine de détente à proximité de Kemer est un plaisir qui ne se refuse pas. Soleil et températures estivales sont au rendez-vous mais ce n’est pas une raison pour se limiter à l’inactivité du lézard…


Après l’ascension du Mont Tahtalı en téléphérique, nous reprenons la route en direction de Finike et quelques kilomètres plus loin sur la gauche, une pancarte indique Phaselis.
Tombée sous le charme du lieu, il y a une vingtaine d’années, j’aurais regretté de ne pas arpenter encore une fois sa voie pavée à l’ombre des pins.


La cité antique est telle que gravée dans mes souvenirs. Rien d’étonnant puisque l’essentiel des fouilles a été effectué de 1981 à 1984 par une équipe dirigée par le Prof. Dr. C. Bayburtluoğlu, environ 10 ans avant ma première visite.
Quelques panneaux explicatifs, quelques aménagements pour faciliter l’accès au théâtre notamment, ont été rajoutés, justifiant l’accès désormais payant (8TL, mais gratuit pour les possesseurs de la müzekart)


Phaselis est à la limite de la région côtière occupée autrefois par le peuple lycien dont l’existence est attestée par une langue et des inscriptions, mais dont l’origine reste encore mystérieuse. Descendants lointains du peuple Lukka, mentionné par les Hittites au 2e millénaire ou débarqués de Crète avec à leur tête Sarpédon, frère du roi Minos, les dernières études linguistiques pencheraient plutôt pour une origine anatolienne sans exclure une incursion crétoise…
Mais ici, les vestiges, aqueduc, thermes, agora, théâtre et nécropole, ne portent pas d’empreinte particulière de la culture lycienne comme on peut en trouver ailleurs sur la péninsule de Teke (textes gravés ou tombeaux rupestres et sarcophages à pilier de Xanthos, Telmessos, Aperlai…). Ils datent pour la plupart de la période romaine. 

Aqueduc



Thermes




Agora




Théâtre


Nécropole et sanctuaire ou tombe monumentale




Porte d'Hadrien et à proximité un vestige gravé en grec ancien



La presqu’ile de Tekirova où est située l’antique ville portuaire aurait déjà été aménagée en comptoir commercial par les Phéniciens mais sa fondation au 7e siècle av. JC est attribuée aux Rhodiens qui auraient acheté l’emplacement à son propriétaire pour quelques poissons séchés.
De dominations (Perses, Cariens, Lagides souverains grecs d’Egypte, Séleucides, pirates ciliciens, Grecs et Romains, Byzantins, Seldjoukides et Ottomans) en libérations (Alexandre le Grand en 333 av. JC, renouvellement de la Confédération Lycienne en 160 av. JC), la cité portuaire resta prospère jusqu'à l’époque impériale romaine. En déclin déjà au moment où elle reçu la visite d’Hadrien, commémorée par une porte monumentale, elle fut ruinée par les incursions arabes au 7e siècle et tomba progressivement dans l’oubli au profit d’autres villes portuaires (Antalya et Alanya)
Reste la balade pittoresque dans les ruines romaines de la cité endormie, les criques consacrées à la baignade et à la pêche à l’emplacement de ses trois ports.





 A l'horizon, le sommet du mont Tahtalı où est perchée la station du téléphérique.

lundi 21 octobre 2013

Au sommet du mont Olympos (Tahtalı)

En ce mois d’octobre une attirance pour les hauteurs…
Après la tour Sapphire et la citadelle Yoros à Istanbul, me voilà sur un sommet des chaînes du Taurus dans le Sud-Ouest de la Turquie… Histoire de voir les choses avec du recul sans doute…
En tout cas pour avoir une vue d’ensemble sur la région d’Antalya avant de profiter de la plage et de revisiter quelques sites gréco-romains c’est le bon plan.
Depuis la route Antalya-Finike, il faut bifurquer à droite après Çamyuva. Une pancarte signale sans équivoque la direction à prendre pour accéder au téléphérique. La petite route qui serpente dans la pinède vous mène sur 8 km à la station de départ. Déjà d’ici, à 726 m d’altitude, beau panorama sur la côte méditerranéenne… Mais ce n’est qu’une étape.


Toutes les demi-heures une cabine part vers le sommet (2365 m), tandis que l’autre redescend. Légère sensation de toboggan à chacun des passages des quatre pylônes.

 Crédit photographique: Pierre B





Inauguré en 2007, le téléphérique de Tahtalı vous fait parcourir 4 350 m en 10 mn, survolant la forêt de cèdres et la paroi rocheuse.



Une petite merveille d’ingénierie et de technologie réalisée par une société Suisse et qui bien sûr doit être rentabilisée ! Prix du billet aller-retour : 30€ (55 TL pour les Turcs) 
Vue imprenable et petit vent frisquet vous attendent sur la terrasse de la station en amont.



Des parapentistes se préparent à prendre leur envol… tandis que des touristes prennent la pose!



Crédit photographique: Martine N


dimanche 20 octobre 2013

La citadelle Yoros, observatoire sur le troisième pont du Bosphore

Pour appréhender les « projets fous » du gouvernement turc, il n’est pas inutile de prendre de la hauteur ! C’est la raison de cette énième promenade à l’extrémité nord du Bosphore sur la colline surplombant Anadolu Kavak, village de pêcheurs reconverti dans la restauration touristique. 


La grimpette conduit aux ruines d’un château fortifié byzantin renforcé par les Génois au 14e siècle et restauré par Mehmet le Conquérant. Il abrita une garnison puis une prison sous l’empire ottoman. On pouvait visiter la cour intérieure il n’y a pas si longtemps et y voir des armoiries byzantines et génoises, mais elle n’est plus accessible. Les deux tours témoignent de la robustesse de la citadelle Yoros et pour le reste il faudra convoquer ses souvenirs ou son imagination…
Du promontoire le regard, émerveillé autrefois, incrédule et attristé aujourd’hui, se porte sur l’embouchure de la mer Noire, théâtre de mythologiques aventures. 


La légende des Symplégades, ces roches flottantes qui s’entrechoquaient pour broyer les navires ayant l’audace de vouloir emprunter le passage n’impressionne plus personne depuis longtemps. Les rives, à Garipçe et Poyrazköy, sont déjà marquées des stigmates de la construction du troisième pont sur le Bosphore qui a commencé en mai 2013 et dont l’inauguration est programmée pour 2015. Les piliers qui s’élèveront à 325m et le tablier de 58m de largeur (8 voies routières et 2 ferroviaires) vont avoir du mal à se fondre dans le paysage. Exit le panorama verdoyant protégé jusqu’alors de l’urbanisation galopante car aux alentours du pont et du réseau autoroutier il serait utopique d’espérer que la forêt environnante puisse résister longtemps aux assauts de la spéculation immobilière…

Garipçe, sur la rive européenne
Poyrazköy, sur la rive asiatique
A l’heure où les Stambouliotes affrontent ce weekend d’inextricables embouteillages à l’occasion du retour de congés prolongés de la fête du sacrifice (kurban bayramı), on peut douter que ce troisième pont leur rende la vie plus facile à l’avenir.
La construction des deux précédents, pont du Bosphore (1973), entre Ortaköy (rive européenne) et Beylerbeyi (rive asiatique), et pont Fatih Sultan Mehmet (1988), entre Hisarüstü (rive européenne) et Kavacık (rive asiatique), était accompagnée de cet espoir. Croissance urbaine et  développement du parc automobile l’ont rapidement anéanti.
Les objections avisées de planificateurs urbains et d’architectes d’Istanbul, sur la construction et surtout sur le choix d’implantation du 3e pont, n’ont pas été entendues. Le dépit de n’avoir rien pu faire pour empêcher la réalisation de ce projet n’est surement pas étranger à la détermination de la contestation concernant la destruction du parc Gezi, place Taksim.

Je me souviens d’un dépliant qui vantait les beautés des colliers de perles du Bosphore. Il ne s’agissait pas de l’unique pont d’alors mais des Yalı, demeures élégantes bordant le détroit… Aujourd’hui Istanbul se prépare à suspendre à son cou un nouveau collier, scintillant comme les deux autres des illuminations multicolores qu’on lui réserve, sans doute, la nuit tombée… Parure supplémentaire qui pourrait bien être celle de trop et l’étrangler. 


Pour ceux que le sujet intéresse, un article à connotation moins sentimentale que le mien : 
Benoît Montabone et Yoann Morvan, "Istanbul : la carte du troisième pont sur le Bosphore.", EspacesTemps.net, Objets, 18.04.2011

jeudi 10 octobre 2013

De la terrasse de la tour Sapphire


Depuis la construction des deux tours jumelles du Sabanci Center en 1993, les buildings ont poussé comme des champignons sur les collines en friches qui bordaient le quartier résidentiel de Levent, construit dans les années cinquante et relié à Beşiktaş par le boulevard Barbaros. Ils font désormais de l’ombre aux petites maisons entourées de jardinets et même aux immeubles d'habitations s’agglutinant à la périphérie depuis les années soixante dix.
Royaume des banques et holdings ce centre des affaires est aussi celui des centres commerciaux, Metro City et Canyon, dont les niveaux supérieurs sont occupés par de luxueux  appartements. 

La tour Sapphire vue depuis le 11e étage de mon immeuble

Même concept pour la tour Sapphire, inaugurée en 2011, qui est pour l’instant la plus haute avec ses 236m de verre et de béton.
Du 55e étage, la vue panoramique sur Istanbul restait à découvrir.
C’est chose faite en venant de partager cette expérience vertigineuse avec des amis de passage un jour de météo favorable… 


A vos pieds, derrière les vitres, le regard plonge sur deux continents, deux mers, deux ponts, des monuments de l’historique Istanbul, le sérail, les mosquées impériales, la tour de Léandre et celle de Galata, au loin... 


Entrée du détroit, côté mer de Marmara




A l'horizon, un peu à droite des buildings de Maslak, l'autre embouchure du détroit, côté mer Noire 

Les yeux s’écarquillent en appréhendant la métropole et ses nouvelles constructions, stade de Galatasaray, quartier de Maslak, piliers du troisième pont émergeant à l’embouchure du Bosphore côté mer noire… Une ville en ébullition que bien des Stambouliotes ont du mal à reconnaître.
Pour faire des photos sans reflet de vitrage, mieux vaut grimper les quelques marches qui mènent à la terrasse en plein air et son estrade d’observation.