Si ce n’est déjà fait, il est encore temps d’aller
visiter l’exposition « Femmes, Oiseaux, Etoiles » au musée Sakıp
Sabancı qui présente, jusqu’au 1er février, 125 œuvres du peintre
espagnol catalan sélectionnées parmi ses nombreuses toiles, sculptures,
lithographies et céramiques ainsi que ses dessins et réalisations textiles,
dans un cadre en harmonie avec ses aspirations artistiques et poétiques que Joan
Miró aurait certainement apprécié.
Parcourons les vastes salles pour entrer dans un univers
symbolique de taches, de lignes, de signes, de couleurs, de formes, plus proche de la
réalité qu’il n’y parait.
A la question « Imaginez qu’on tombe sur vos toiles dans
3000 ans : que souhaiteriez-vous qu’on y lise ? », Miró répondait : « Qu’on
comprenne que j’ai aidé à libérer, pas seulement la peinture, mais l’esprit des
hommes ».
Joan Miró, « Femmes, Oiseaux, Etoiles », du 23
septembre 2014 au 1er février 2015, Sakıp Sabancı Cad. No:42, Emirgan, Istanbul.
Fermé le lundi. Entrée gratuite le mercredi.
En lieu et place des voeux
2015 que je m’apprêtais à publier quand l’inacceptable communiqué est tombé,
voici l’invitation que Wolinski m’avait dédicacée lors de l’exposition de ses
caricatures à Istanbul en 2010.
Avec l’espoir que les violences
les plus odieuses n’arrivent jamais à bâillonner la liberté d’expression ni la
tolérance.
La construction des mosquées
impériales ottomanes à Istanbul s’inscrivaient le plus souvent dans un projet
socio-religieux et étaient entourées de divers édifices d’utilité publique,
école, medrese, hammam, soupe populaire, hospice, bibliothèque, caravansérail
etc.
L’élite gouvernante fut très
tôt associée à cet effort d’urbanisation pour imposer une nouvelle image de la
ville et confirmer la puissance des sultans ottomans. (Ex : complexe de Mahmut pacha, grand vizir de Mehmet II, 15e siècle)
D’autres ont continué d’y
apporter leur contribution.
Celle de Rüstem Pacha, l’un
des grands vizirs de Soliman le magnifique, a la particularité d’être représentée
par trois édifices d’exception réalisés par le talentueux Mimar Sinan. Autre
particularité, ils ne sont pas situés dans un périmètre restreint comme on
aurait pu s’y attendre. Le caravansérail, très délabré, servant actuellement de
dépôt et d’ateliers, ne se trouve pas dans la péninsule historique mais de
l’autre coté de la corne d’or, vers Karaköy dans le quartier de Perşembepazarı,
espace commercial et artisanal vétuste, spécialisé aujourd’hui dans l’outillage
et la quincaillerie. Ce caravansérail (dénommé aussi kurşunlu han) retrouvera-t-il un jour
une allure plus digne de son architecte?
Enfin, la medrese, très
endommagée par un incendie en 1918 puis longtemps oubliée, a fait l’objet d’une
restauration récente. L’inauguration a eu lieu à l’automne 2012. Située dans le
quartier Sultanhamam, entre Eminönü et Cağaloğlu elle se trouve sur la gauche
de la rue Mahmutpaşa qui monte au Grand Bazar, coincée dans les ruelles
occupées par les grossistes en textile.
Rares sont les commerçants qui
pourront vous aider à la localiser.
Pourtant l’édifice est
imposant. L’un des murs extérieurs délimitant une surface presque carrée (42
sur 43m) longe la rue Hoca
Hanı.
Le portail est entrouvert.
Poussons le pour découvrir la
superbe cour intérieure octogonale bordée d’une galerie aux 24 arcades
surmontées d’autant de coupoles.
Au centre, la fontaine au toit conique pyramidal
reprend la forme géométrique à huit pans de celle trônant au milieu de la cour
de la medrese Şehzade Mehmet. Elle fait aussi penser au kümbet, sépulture seldjoukide.
Une coupole plus vaste recouvre la grande salle d’étude flanquée
d’une enfilade de cellules, anciennes salles de lectures et dortoirs des étudiants, dont cinq
abritent le musée désormais consacré à Said Nursi (1878-1960), auteur
des Risâle-i Nûr Külliyatı
("Traités de Lumière") prônant la nécessité de réconcilier la foi, la
raison, et la modernité. Toutes les portes sont fermées. Pour y accéder, il
faut appuyer sur la sonnette à l’entrée.
L’austérité des lieux n’invite cependant pas à prolonger
la visite. Un peu trop désert, un peu trop vide pour s’y sentir à l’aise. D’ailleurs
dès le portail refranchi, une main l’a poussé pour le fermer. J’y reviendrai
aux beaux jours, pour ne pas rester sur la regrettable impression que le
visiteur curieux d’architecture n’est pas le bienvenu dans cet endroit
apparemment réservé aux initiés.
Peut-être pourra-t-on s’y asseoir pour boire un thé tout
en admirant à loisir ce chef d’œuvre géométrique de pierre dont Mimar Sinan
termina la construction en 1551.
Elle n’est pas impériale et ne possède qu’un minaret. Elle
fut construite au milieu du 16e siècle par le plus grand architecte
ottoman Mimar Sinan, commanditée par un des personnages le plus riche de
l’empire, grand vizir et époux de Mihrimah, la fille du sultan Soliman le
Magnifique. La mosquée Rüstem Pacha se situe symboliquement au pied de la
colline dominée par la silhouette majestueuse de la Süleymaniye qu’édifia
Sinan à la même époque pour le Sultan. A droite du marché aux épices, son dôme
et ses coupoles se distinguent facilement sur la place d’Eminönü.
Par contre
ses accès se fondent discrètement dans l’imbroglio des ruelles commerçantes qui
la cernent. Il faut gravir l’un des deux escaliers pour atteindre la cour en
terrasse et la galerie surplombant des échoppes nichées sous des arcades à
peine visibles.
La façade de l’édifice religieux est ornée de magnifiques
panneaux de carreaux d’Iznik.
L’un d’eux porte les traces de dégradations
subies lors des séismes et d’une reconstitution de fortune, façon patchwork,
réalisée à une époque indéterminée.
Dans le panneau juste à droite du portail principal est
inséré un carreau particulier illustrant une page d’histoire de la mosquée
sacrée de La Mecque,
à l’époque où elle n’avait pas encore sept minarets.
Il est temps d’aller voir la décoration intérieure en empruntant la petite porte sur la gauche réservée aux visiteurs.
L'espace lumineux est ponctué de boiseries sombres délicatement ouvragées.
Un
camaïeu de bleu évoque la mosquée du Sultan Ahmet (plus connue
sous le nom de mosquée bleue) qui sera construite quelques cinquante ans plus
tard par un élève de Sinan.
Il est à noter qu’on trouve rarement dans les mosquées
construites par le grand architecte Sinan (Şehzade Mehmet, Süleymaniye, Selimiye…)
une telle profusion de faïences d’Iznik. Généralement réservées à la décoration
des palais, des pavillons et des türbe, Mimar Sinan ne les a utilisé qu’en touches discrètes dans les édifices religieux, en
complément des peintures rehaussant les lignes architecturales ou en bandeaux
de calligraphies, exception faite de la mosquée de Sokullu Mehmet Pacha.
On peut imaginer que les commanditaires firent ce choix
pour compenser une architecture à leur goût trop modeste. Ne nous privons donc
pas de l’élégance de ces panneaux, de ces bordures où un motif floral s’inscrit
dans une répétition géométrique propice à la méditation, ou bien à la contemplation
avec ces compositions végétales somptueuses de style saz aux tiges fleuries
ondulantes garnies d’œillets, jacinthes,
églantines et tulipes se mêlant à des motifs de nuages et de feuillages
réalistes ou imaginaires, dans une palette incluant le fameux rouge en léger
relief.
Cette succincte présentation est juste un alibi pour
partager une sélection de mes photos prises au gré des nombreuses visites de
ces lieux… dès que l’occasion se présente.
Entre la Seine et le Bosphore, Parisienne à Istanbul et Stambouliote à Paris... Pas vraiment d'ici, plus tout à fait de là-bas… Plutôt d'ailleurs. Quelque part entre deux rives et ça me convient.
Faire partager à ma famille, à mes amis et à tous les lecteurs curieux, mes tendresses pour la Turquie où je vis depuis longtemps est la seule ambition de ce blog. Des photos, prises au hasard de mes découvertes et coups de cœur, servent de support à quelques commentaires ou précisions d’ordre culturel, historique ou social.
Bienvenue à tous ceux qui ont déjà visité ce pays et ne se lassent pas de le découvrir chaque jour un peu plus, et à tous ceux qui envisagent d’y venir bientôt.
Il n'est pas impossible que quelques escapades parisiennes ou autres, m'inspirent de temps en temps quelques lignes...