vendredi 14 décembre 2012

Cités antiques d’Eolide: Kyme et Larissa


En revenant de Bergama vers Izmir en octobre dernier, nous avions traversé l’Eolide, cette bande côtière égéenne, investie par les Eoliens (l’un des peuples de la Grèce archaïque, les trois autres étant les Achéens, les Ioniens et les Doriens), plusieurs siècles avant que Pergame ne sorte de l’anonymat. Les pancartes signalant des sites moins spectaculaires n’accrochent pas vraiment le regard.

Kyme
Au niveau de la bourgade Aliağa, suivons celle qui indique la direction de Kyme, ou Cyme. 


Les trouvailles des premières fouilles de la nécropole, dirigées en février, mars et avril 1881 par Salomon Reinach et Edmond Pottier, sont consignées dans le 10e volume du Bulletin de correspondance hellénique (1886) p. 492 et le 13e volume du  Bulletin de correspondance hellénique (1889), pp. 543-562.
Il est fait mention de difficultés avec le gouvernement turc et de la confiscation des trouvailles à l’exception d’un masque en terre cuite et d’une tête d’Héraklès qui auraient été déposés au musée du Louvre.
Une statue archaïque de Cybèle et cinq bas-reliefs la représentant avec un lionceau dans les bras auraient été envoyés à Constantinople et trois de ces vestiges sont recensés dans le catalogue du musée impérial, 1882, pp.13 et 88. Salomon Reinach remercie Hamdi Bey d’avoir eu la complaisance de transmettre deux photos.
Une mission archéologique française a poursuivi les fouilles en 1924. Elle a évidemment trouvé moins d’obstacles pour s’approprier de nombreux objets qui sont actuellement au Louvre, au Britsh Museum de Londres ou au Metropolitan Museum de New-York. La toute récente République Turque avait d’autres priorités que la protection de son patrimoine. Il n’en est plus de même aujourd’hui, les multiples demandes de restitution en témoignent, et la visite du vaste chantier de fouilles se fait sous l’œil bienveillant mais vigilant du gardien des lieux qui suit consciencieusement chacun de nos pas.



Après une mission tchécoslovaque en 1926, de plus importants sondages ont été effectués à partir de 1953 par des archéologues turcs, allemands, et italiens. Depuis 2008 une équipe de l’Université de Calabre s’active tous les étés sur le site et tente de donner une vision chronologique des vestiges dont les restes éparpillés s’entremêlent. Pour rassembler et présenter les innombrables artefacts trouvés lors des fouilles et couvrant toutes les époques, un musée devrait bientôt ouvrir ses portes dans la commune d’Aliağa à proximité du site.



Cette cité portuaire aurait été fondée par les Eoliens au 11e siècle av JC. Sa prospérité économique découlant d’un commerce maritime de première importance est attestée dès la période archaïque (1000 - 500 av JC).
A l'époque classique elle eut une position dominante dans le cadre politique de la région égéenne. A la tête de la confédération éolienne, elle fut intégrée par la suite à la confédération d’Athènes.


Kyme fut restaurée à l’époque hellénistique et embellie par la construction de monuments importants: théâtre, temples, remparts, quartiers résidentiels et extension de la jetée.


Pendant la période romaine, la cité a été en partie détruite par des tremblements de terre mais des reconstructions d’envergure lui ont redonné pour quelques siècles, son prestige. Les thermes en particulier en étaient le fleuron avec un système d'alimentation et d'évacuation d'eau très sophistiqué. Les canalisations de terre cuite en témoignent.    



Vers le 7e siècle, elle perd peu à peu toute influence sur la région.
Au 12e siècle, une forteresse byzantine fut construite avec les pierres de monuments antiques pour protéger le port mais l’activité n’était alors plus limitée qu’à cette zone portuaire.




Aujourd’hui, une grande partie des vestiges des quais est immergée, tandis que tout près de là, Eole fait tourner sans faiblir les pales des éoliennes de l’un des 90 parcs que compte la Turquie…



Larissa
Encouragés par cette visite, nous avons cherché aux alentours de Buruncuk, une autre cité d’Eolide dont la fondation aurait précédé celle de Kyme: Larissa (homonyme d’une ville de Thessalie en Grèce continentale). Une pancarte indiquant la direction à suivre nous conduit par une voie tout juste carrossable vers un lieu désert et venté.




Au beau milieu de rien, alors qu’une autre pancarte n’a pas résisté au souffle puissant du dieu, un panneau récent explique que dans les années 1902 – 1904, des Allemands et des Suisses ont trouvé les vestiges des remparts archaïques et d’un palais construit vers 330 av JC. Les Galates, ces Gaulois qui ont peuplé une partie de l’Anatolie, auraient définitivement ruiné la cité en 279 avant J.C. Sur la colline, au loin, les fondations de l’acropole sont parait-il visibles mais les bourrasques n’incitent pas à la promenade. Nous renonçons pour cette fois.


lundi 10 décembre 2012

Retrouvailles « Passerelle » à Santral Istanbul


L’espace vaste et coloré du café Otto, installé dans une bâtisse annexe du Musée de l’Energie, a estompé la grisaille de cette journée dominicale.



Merci aux organisateurs d’avoir su réunir une trentaine de membres autour d’un brunch toujours aussi convivial. Des photos transmises par les participants sont à découvrir dans l’album du blog de La Passerelle.


Le bâtiment industriel reconverti a gardé son architecture typique des années 1900. Sa décoration intérieure réserve cependant quelques surprises…
Les tables ont des dimensions suffisamment imposantes pour accueillir les groupes ou les familles nombreuses.


Un mur garde les traces de la prose plus ou moins inspirée des visiteurs. "Le temps passe, les souvenirs restent" a écrit l'un d'eux. 


Des portes de réfrigérateurs, qui ont été pendant des décennies le symbole de l’énergie maitrisée et du progrès au quotidien, ont été relookées pour une reconversion insolite dans un endroit généralement plus discret.


Aussi surprenant que ça puisse paraître, certains découvraient pour la première fois l’ensemble de ces lieux historiques d'un patrimoine industriel.


Saluons donc l’intérêt culturel de l’initiative !
Lire l’article qui avait aussi été publié dans le No 47 (avril-mai-juin 2008) du journal de La Passerelle.

mardi 4 décembre 2012

Exposition de photos au jardin des plantes

Depuis le pont d’Austerlitz, près du Jardin des Plantes

Toujours une bonne raison d’aller faire un tour au Jardin des Plantes lors de mes séjours parisiens, ne serait-ce que pour assouvir des curiosités dans les allées de l’Ecole de Botanique ou du Jardin Alpin suivant les saisons. Car ne l’oublions pas il a eu pour ancêtre le Jardin Royal des plantes médicinales créé par Louis XIII dans la première moitié de 17e siècle. 


Au cours des siècles suivants il s’est enrichi de nombreuses constructions et installations abritant les découvertes scientifiques concernant la vie animale et végétale sous toutes ses formes ainsi que le règne minéral, (ce dernier n’étant accessible aujourd’hui que par une visite virtuelle).
A part une visite récente des Grandes Serres, ré-ouvertes au public depuis juin 2010, il y a bien longtemps que je n’ai pas mis les pieds dans la Grande Galerie de l’Evolution, pas plus qu’à la Ménagerie. Et la dernière fois que j’ai vu les Galeries de Paléontologie et d'Anatomie comparée c’était au cinéma. Rappelez-vous la spectaculaire éclosion d’un œuf de ptérodactyle dans le film Adèle Blanc-Sec…


Mi novembre, en déambulant dans les allées, je cherchais cependant autre chose : une exposition de photos sur le thème des métiers de la paléontologie. 



Jacques Vekemans y présente jusqu’en mai 2013, sur une vingtaine de panneaux, le quotidien des spécialistes et de leurs assistants en pleine action sur des chantiers de fouille, mais aussi des intervenants plus discrets qui prennent le relais pour classer, préserver, présenter ces traces d’êtres vivants qui ont peuplé la Terre au cours des temps géologiques… et aussi faire des copies de ces précieux fossiles pour l’étude et les manipulations.
Un clin d’œil affectueux à une stagiaire en gants bleus que je connais bien, très appliquée dans la réalisation d’une étape délicate du moulage d’une mandibule de cétacé fossile de 37 millions d’années…



Si le temps le permet, prenez le temps de vous asseoir sur un banc pour admirer la perspective ou méditer sur la théorie de l’évolution de Charles Darwin… Ne vous étonnez pas d’y trouver une plaque discrète avec un nom et parfois un message d'un illustre inconnu. La plupart des 255 bancs ont été parrainés par des particuliers ou des entreprises soucieuses de participer à la valorisation du Jardin et au confort des visiteurs.

vendredi 30 novembre 2012

Hattusa : un siècle de fouilles archéologiques en photos


Le centre culturel de la banque Yapı Kredi, voisin du lycée de Galatasaray, a inauguré en octobre 2012 une rétrospective de 106 années d’archives photographiques réunies par l'institut allemand d'archéologie, concernant les fouilles de la capitale hittite Hattusa et du sanctuaire de Yazılıkaya. (Toutes les photos qui suivent ont été prises depuis les panneaux explicatifs ou vitrines du centre culturel  YKB)



Il devait fermer ses portes aujourd’hui mais certaines sources mentionnent la date du 31 décembre… Prudente, à peine rentrée d’un séjour parisien, j’y suis allée hier, mais les retardataires, amateurs d’archéologie, pourront tenter leur chance encore quelques semaines… A vérifier.


L’intérêt pour cette civilisation longtemps oubliée n’a pas faibli depuis que Charles Texier, à la recherche de l’hypothétique capitale des Galates et cité romaine Tavium, foule en 1834 des ruines qu’il ne peut identifier, à proximité du village actuel de Boğazkale, mais dont il fait les premiers relevés topographiques et croquis. Un autre français, Ernest Chantre, y découvrit en 1894 les premières tablettes d’argile. Ce n’est qu’à partir de 1906 que la photo immortalise l’équipe d'archéologues allemands dirigée par Hugo Winckler, qui entreprend des fouilles planifiées avec l’approbation du fondateur du musée impérial Osman Hamdi Bey et de son conservateur, Theodor Makridi. Il trouve d’autres tablettes d’écriture cunéiforme qui seront déchiffrées quelques années plus tard par le Tchèque Bedřich Hrozný. D’autres expéditions suivront de 1931 à 1940 avec Kurt Bittel et après la guerre jusqu’en 1977, livrant toujours plus d’informations sur cette civilisation disparue.  Peter Neve prendra la relève jusqu’en 1993, puis Jürgen Seeher jusqu’en 2005 et les recherches se poursuivent encore sous la direction d’Andreas Schachner.







L’exposition devrait donner envie de visiter le site d’Hattusa et pour ceux qui le connaissent déjà, c’est un précieux témoignage sur la quête passionnée de nombreux scientifiques et le patient travail d’innombrables mains anonymes qui ont mis à jour ou restauré ces spectaculaires vestiges.

    

samedi 24 novembre 2012

Au pays merveilleux de la fête foraine


Derrière le Village de Bercy, dans d’autres chais du 19e siècle conçus par Viollet-le-Duc, où étaient entreposés les tonneaux de vin et d’eau de vie arrivant par péniches sur la Seine ou par wagons citernes depuis la gare de la Rapée, un bien étrange musée a pris possession des lieux.


A proximité du plus vaste marché vinicole d'Europe qui regroupait toutes les activités liées au commerce du vin, se trouvaient aussi des guinguettes où les artistes et la jeunesse parisienne se réunissaient pour faire la fête.
L’installation dans ces entrepôts réhabilités, de la superbe collection de Jean-Paul Favand, passionné d’art forain, semble donc avoir coulé de source… ou plutôt du tonneau !


Le résultat est saisissant et la visite guidée offre une heure et demie de rêve dans un décor d’une autre époque.  Ambiance feutrée et lumières tamisées contrastent avec l’exubérance des couleurs, des matières et des sons qui claquent, multipliant ainsi le mystère.
Les commentaires de la guide, digne héritière des bonimenteurs, sont d’autant plus captivants qu’ils sont débités dans un mode saccadé rappelant le théâtre de Guignol.
Dans le Musée des Arts Forains, tournez sur les manèges de chevaux de bois ou de vélocipèdes métalliques, aux échos des orgues de foire, limonaires, pianos mécaniques et autres boites à musique aux cartons perforés, en accordéon.




L’univers de la fête est mis en scène pour que le visiteur s’imprègne de la magie de l’illusion en s’essayant aux jeux de chance, de force, d’adresse ou de hasard dans « Le Théâtre du Merveilleux », pour qu’il soit transporté au cœur du carnaval dans le « Salon Vénitien » en embarquant dans les gondoles balançoires sous le regard vigilant des automates.






Le Théâtre de verdure n’est pas moins surprenant avec ses décors insolites et guirlandes végétales. Plus loin, un autre manège, des roulottes, une confiserie ambulante éveillent des souvenirs d’enfance. On sentirait presque encore les effluves de la barbe à papa, des sucres d’orge et de la guimauve enroulée sur des bâtonnets !







Un bel hommage aux forains qui furent à l’aube du 20e siècle des marchands de rêves tout autant que des vulgarisateurs de la science, de la technique et de la modernité.

Les espaces des pavillons de Bercy peuvent être loués pour des réceptions, défilés ou conférences, et ne sont habituellement accessibles aux visites que sur réservation.
Mais ils ouvriront bientôt leurs portes sur ce parc d’attraction pas ordinaire, animé par des musiciens et comédiens à l’occasion des fêtes de fin d’année. Du 26 décembre 2012 au 6 janvier 2013: spectacle éphémère, comme l’était la fête foraine d’autrefois.  

jeudi 15 novembre 2012

Lorsque l'enfant paraît…


L’évènement mérite bien un titre déjà retenu par le poète ou la psychologue !
Elvan est né le 6 novembre et ses parents se sont bien appliqués pour lui trouver ce prénom, qui a pour signification « personnalité haute en couleur ».


Il le porte à merveille et exerce avec beaucoup de charisme son pouvoir de séduction sur un public – encore restreint au cercle familial et amical – qui ne peut que succomber à une irrépressible fascination.
Nous sommes inconditionnellement et sans aucune objectivité en béate admiration devant les petites mains, les petits pieds, le petit nez et tout ce qui constitue normalement un bébé…


Son arrivée nous a fait entrer dans le club des grands-parents et nous inaugurons avec lui des relations avec une autre génération… Tout un programme!


Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux... Victor Hugo

dimanche 4 novembre 2012

Kandilli, sur la rive asiatique du Bosphore


Il était encore temps de profiter de ce dimanche ensoleillé pour aller déguster un palamut grillé (bonite), poisson de saison très apprécié des Stambouliotes.


Chez Suna (Suna’nın yeri) près du petit embarcadère de Kandilli, les tables sont toujours installées sous la tonnelle. Endroit tranquille loin de la foule, on a même pu choisir une table avec vue imprenable sur les flots bleus et sur la forteresse de Rumeli Hisar juste en face.



A cause de la proximité de la mosquée on n’y sert en principe pas d’alcool… mais les longs verres colorés peuvent contenir autre chose que de l’eau ou des jus de fruits. Légère entorse au règlement pour la satisfaction des clients…

On a pris notre temps pour admirer le paysage… et quelques passages de paquebots plus tard, l’endroit s’était considérablement rempli et notre place fut très convoitée…