mercredi 13 mars 2024

Musée Carnavalet, de la Préhistoire au Moyen Age parisien

 

Après une sorte de flânerie ludique dans les rues de Paris agrémentées par des enseignes d’un autre temps, des parenthèses chronologiques sur des monuments, des symboles, des emblèmes parisiens, et une pause dans les jardins du musée Carnavalet, descendons maintenant au sous-sol pour faire un grand plongeon dans un passé beaucoup plus lointain.



Des traces mésolithiques (–9000 à –5000) proviennent de la fouille réalisée dans la rue Henri-Farman dans le 15e arrondissement. Elle a mis au jour les vestiges d’un camp de chasseurs-cueilleurs.


Néolithique chasséen
 de  –4200 à –3500



Louche, écuelle, bol, pots, marmite, plat à cuire en terre cuite, technique du colombin lissé.
Pioches et haches en bois de cervidés
Aiguilles, outils en os, perles et figurines en terre cuite. Et même une pirogue en chêne !
 
Deux salles sont consacrées aux Parisii, peuple gaulois installé vers le 3e siècle avant notre ère dans l'actuelle région parisienne. Les hypothèses sur la première installation des parisii divergent, il a même été question d’une localisation à Nanterre. Une seule certitude, selon César, leur oppidum, Lutèce, se situe sur une île de la Seine.



Proposition de reconstitution en 3D d’un oppidum gaulois sur une île de la Seine.
 
Après la conquête de la Gaule par les Romains, la romanisation des Parisii s’observe à partir du 1er  siècle de notre ère.


Stèle de Mercure, reconnaissable grâce à son chapeau (pétase) ailé, une bourse dans la main droite et un caducée dans la main gauche symbolisant la paix et le commerce. Mercure divinité du panthéon romain, protecteur des voyageurs, est le plus vénéré car il se rapproche de plusieurs dieux anciennement honorés chez les Gaulois. Artefact en calcaire du 1
er /2e siècle, exhumé en 1867 sur l’ile de la Cité. 

 
Proposition de reconstitution du plan de la cité antique avec les monuments emblématiques de Lutèce : le forum, les thermes, le théâtre et l’amphithéâtre.


Eléments d’architecture gallo-romaine et vestiges divers.


Au début du 4
e siècle, une borne militaire romaine mentionne la civitas Par(isiorum) autrement dit la ville des Parisii : Lutèce est devenue Paris. 

Le Moyen Age fait aussi partie des galeries de ce niveau du nouveau parcours, mais ne dispensera pas les amateurs de ces périodes historiques d’une visite au musée de Cluny.


Maquette du Paris médiéval. On reconnait Notre Dame, la Sainte-Chapelle
et même les tours du Palais de la Cité des rois capétiens cernées de toutes parts d’une incroyable densité de constructions.

Anonyme , Paris Musées / Musée Carnavalet
Sainte Geneviève, patronne de Paris, devant l'Hôtel de Ville, Huile sur toile (1615 / 1625) 


En 1744, Louis XV, malade, pria sainte Geneviève pour sa guérison et fit vœu d’ériger une église en l’honneur de la patronne de Paris. Ayant survécu, le roi ordonna la construction de l’édifice sur la colline du même nom à Paris, en remplacement de l’ancienne abbaye en ruines. La construction ne s’acheva qu’en 1890 et eut le destin que l’on connait, le Panthéon. 


Chapiteau à décor de scènes de chasse, 15
e siècle, découvert vers 1890 dans le 5ème arrondissement, rue Lagrange, lors de la construction d'un immeuble.



Dans la cave de l’hôtel Carnavalet une étrange crypte.


Un tableau nous rappelle l’existence de la Bièvre, rue Croulebarbe, huile sur toile, 1873, Paul Laurent Courtot. Affluent de la Seine, elle coulait à travers les 13ème et 5ème arrondissements avant de rejoindre le fleuve au niveau de la gare d'Austerlitz. Elle est entièrement recouverte à Paris depuis 1912.
 
Le musée Carnavalet ne se visite pas au pas de course, il a fallu prendre son temps pour traverser ces millénaires. Pour les siècles suivant à découvrir en gravissant les deux étages, des peintures, sculptures, mobiliers et objets d’art témoignent de l’évolution de la vie parisienne, des modes, des courants artistiques ou littéraires, des évènements scientifiques, des bouleversements politiques. Les collections sont présentées dans des salles restituant l’atmosphère des demeures privées, exposant ici et là des objets authentiques, « ayant appartenu » à une personnalité… Madame de Sévigné, Zola ou Marcel Proust. La Révolution et la Commune y sont aussi en bonne place. Mais la visite se poursuivra une autre fois.
 
Musée Carnavalet, entrée : 23, rue de Sévigné 75003 Paris. Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Collections permanentes en accès libre.
 

 
 

lundi 11 mars 2024

Musée Carnavalet, la mémoire vive de Paris

 
Le musée Carnavalet – Histoire de Paris est l’un des plus anciens musées de la capitale.


Cette entrée principale de l’hôtel Carnavalet, se situe rue des Franc-bourgeois. A noter que l’entrée au Musée se fait par la rue de Sévigné.

 
Cour d’honneur pavée de l’hôtel Carnavalet avec en son centre la statue de Louis XIV, l’une des rares effigies monumentales du Roi-Soleil à avoir échappé aux destructions révolutionnaires. Œuvre d’Antoine Coysevox, 17e siècle. Inaugurée le 14 juillet 1689, la sculpture en bronze trônait alors dans la cour de l’hôtel de ville de Paris. Retirée de son emplacement d’origine, elle accueille les visiteurs du musée depuis 1890.


Fermé au public depuis octobre 2016 pour travaux de rénovation, le musée a rouvert ses portes en juin 2021. Parmi les 625 000 pièces que comptent les collections conservées, 3 800 sont exposées, avec un taux de renouvellement des œuvres de près de 60 % par rapport à l’ancien parcours. Autant dire un nouveau musée à découvrir, puisque des rotations sont aussi prévues. Ce musée de l’histoire de la ville de Paris déroule un fil continu de la préhistoire à nos jours. Difficile d’appréhender l’ensemble en une seule visite. Commençons par les galeries du rez-de-chaussée.
 

Peintes, sculptées ou émaillées, les enseignes peuvent être en pierre, bois, plomb, fer ou céramique. Les thèmes choisis sont variés mais donnent le plus souvent un indice sur le type de commerce auquel ils se référent, indispensable à la compréhension puisque s’adressant à un public souvent illettré.



Au chat noir, enseigne de marchand de soieries, puis de confiseur, anciennement 32, rue Saint Denis, fin 18e siècle, plâtre peint et verre.


Au petit lion, enseigne de cabaret (?), 18e siècle, fonte de fer et rehauts de peinture.


Mercerie, coutellerie ou atelier de rémouleur ?
 


Au chat qui dort. Enseigne de marchand de vins, anciennement 52, rue Mouffetard, 5
ème arrondissement. Un gros chat dort sur son coussin, à l’ombre d’une vigne chargée de raisins, indifférent à la souris qui s’approche de ses moustaches.


Autres enseignes de marchands de vins reconnaissables aux feuilles de vignes et raisins.




A la Bastille. Enseigne d'un café auvergnat. Rue Saint-Sabin, 11ème
arrondissement, vers 1800.


Enseigne de marchand de meubles anciennement 4, rue du Faubourg Saint Antoine, puis au 26 de la même rue, 11ème arrondissement.
 Bois peint du 18e siècle. Le griffon, animal fantastique fait partie du répertoire de l’art décoratif des ébénistes. Ornement généralement en bronze fréquemment utilisé sur le mobilier.


La sirène du 18
e siècle trouvée dans la rue Saint Denis en 1914 et un peu cabossée n’a rien livré de sa mystérieuse origine aux restaurateurs qui lui ont fait un brin de toilette pour la rendre présentable.


Celle-ci est bien alléchante ! Mais elle ressemble déjà aux affiches qui seront en vogue vers 1925. 



Reconstitution d’après photographie (entre 1903
et 1904) de la façade de la boutique d’apothicaire Lescot, 14 rue de Grammont, 2ème arrondissement.



« Fluctuat nec Mergitur » slogan de la résilience de Paris après les attentats de 2015, signifie « battu par les flots mais ne sombre pas ». C’est la devise qui accompagne fièrement le célèbre voilier ornant les armoiries de la Ville de Paris. Ce bateau a pour origine l'histoire fluviale de la ville, liée notamment aux Nautes, puissante confrérie de marchands mariniers de la tribu gauloise des Parisis, naviguant sur la Seine et vers les fleuves et rivières du reste de la Gaule. Ils furent à la base du commerce et des échanges entre la cité de Lutèce et le reste du monde antique. Un vestige découvert au 18e siècle dans le sous-sol de la cathédrale Notre-Dame de Paris, exposé dans la salle du frigidarium des thermes de Cluny, témoigne de leur notoriété : « Le pilier des Nautes » qu’ils ont fait ériger en l'honneur de Jupiter et dédier à l’empereur romain Tibère (règne entre 14 et 37).
Ce bateau sera représenté sur le sceau des «marchands de l’eau» parisiens du 13e siècle jusqu’ à la Révolution.
Le blason de Paris comporte également un bandeau de fleurs de lys, imposé par le pouvoir royal pour marquer son autorité sur la ville, des tours en couronnes rappelant les remparts de la ville ancienne , une branche de laurier à gauche, symbole de la victoire et une branche de chêne à droite honorant les actes de bravoure des citoyens, éléments iconographiques ajoutés à diverses époques.


Pourquoi l’hôtel Carnavalet se nommait-t-il ainsi ? Des bals costumés se déroulaient-ils en ces lieux ? Les affichettes pédagogiques destinées aux enfants peuvent répondre aussi à la curiosité des plus grands !


Grand vase commémoratif de 1924, comme un clin d’œil à l’événement de 2024 que les Parisiens se préparent à fêter pour certains et à subir pour d’autres !
  Il y a tout juste cent ans que les Jeux Olympiques se sont précédemment déroulés à Paris.
 
Tous les Parisiens et même les touristes connaissent le Champ-de-Mars, entre Ecole Militaire et Tour Eiffel.
Anciennement jardin potager, puis champ de manœuvres militaires et de revue annuelle des troupes, cet espace vert a accueilli de nombreux rassemblements depuis la Révolution, Fête de la Fédération en 1790, Fête de la Concorde en 1848, expositions universelles en 1867, 1878, 1889, 1900 et 1937, et aujourd’hui des concerts, expositions, feux d'artifice, sans compter les pique-niques et les apéros pelouse.
Mais qui connait le monument des Droits de l'homme et du citoyen qui s’y trouve depuis 1989 entre Ecole militaire et Bassin du Champ-de-Mars, avenue Charles-Risler ?
Le musée Carnavalet en possède une maquette, qui m’a permis de prendre connaissance de l’existence de ce monument.



Edifice en pierre de taille sur plan carré, faisant penser à un tombeau, flanqué de statues, homme, femme et enfant, ainsi que de deux obélisques, l'un à base triangulaire, l'autre à base carrée, en bronze couverts d'une profusion de symboles et de textes dont la déclaration des droits de l'homme de 1789.
Il ne reste plus qu’à aller voir sur place cette œuvre au thème habituellement fédérateur, et peut être comprendre pourquoi on en a curieusement si peu parlé, qu’à peine mise en place sitôt oubliée.

Avant de commencer à dérouler le fil historique par les galeries de la préhistoire, sujet d'un prochain article, portons le regard sur l'architecture du monument coté jardin.
Pourquoi cet élément est-il dénommé la façade du bureau des marchands drapiers? Tout simplement parce qu'il provient du Pavillon des Drapiers construit au 17e siècle, l'un des nombreux bâtiments parisiens démolis au cours du grand remaniement haussmannien (1853-1870) .
 


Cette façade est ornée d'un médaillon représentant la nef des « marchands de l’eau » sans élément iconographique ajouté, mais flanqué de cariatides et surmonté d'une représentation de Mercure.
 
Dans le coin d’une cour une fontaine emblématique des rues de Paris fait de l’œil aux passants. C’est l’occasion d’en apprendre un peu plus à son sujet.
Suite au siège de Paris par les Prussiens en 1871, la population a gravement souffert de privations et en particulier du manque d’eau potable. Un philanthrope anglais, Sir Richard Wallace finance la fabrication de cinquante « fontaines à boire », œuvre du sculpteur Charles Lebourg en 1872. 


De nouvelles fontaines de ce type sont encore produites depuis 1931 par la fonderie d’art GHM. On peut aujourd’hui compter 95 fontaines Wallace dans la capitale. Il n’est donc pas rare d’en rencontrer une. La plus près de chez moi est au 197 boulevard Voltaire, à l’angle avec la rue Léon-Frot. Il y en parait-il dans d’autres villes de France (Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lille, Marseille, Nancy, Nantes, Toulouse , banlieues parisiennes. etc.) et même ailleurs au Brésil, au Canada, en Espagne à Barcelone, au Portugal à Lisbonne, aux États-Unis à Los Angeles, en Grande-Bretagne, en Jordanie à Amman, au Mozambique, en Suisse à Zurich et à Genève, en Chine sur l'île de Macao… Quelle popularité !
Toutes sont peintes en vert sauf quelques exceptions. Des petits modèles sans cariatide existent aussi principalement dans les jardins publics de Paris.
 
 
Sources
 

jeudi 7 mars 2024

« Voyage dans les pierres et la lumière » à la Conciergerie

 
Sous un ciel parisien menaçant une nouvelle occasion se présente d’aller faire un tour à la Conciergerie.


Entre les murs de cette historique bâtisse au sobre décor, une exposition de photos s’offre au regard des visiteurs jouant à cache-cache avec les piliers monumentaux soutenant les majestueuses voûtes gothiques de la salle des Gens d’Armes.


L’exposition monumentale de vingt photographies d’Ahmet Ertuğ invite à découvrir les chefs d’œuvres de l’architecture française et italienne dans un cadre exceptionnel.


Ahmet Ertuğ, photographe turc, diplômé en 1974 d’une école d’architecture londonienne réputée, a parcouru le Japon puis le monde à la recherche des plus beaux exemples d’architecture ancienne. Et aussi dans son pays au patrimoine diversifié (gréco-romain, byzantin, seldjoukide, ottoman) auquel il a consacré l’exposition de quelques clichés sous ces mêmes voûtes, il y a parait-il une vingtaine d’années.
Il récidive donc avec ces magnifiques photographies de monuments historiques que nous découvrons avec étonnement tant la maitrise de la perspective est parfaite, le point de vue optimisé, et ce n'est que dans une deuxième observation que nous tentons de reconnaitre le sujet photographié avant d’en lire le descriptif. 
 

Panthéon Rome, Italie, 1
er siècle av. notre ère // A. Ertuğ 2023.


Panthéon, Paris, France, 1757-1790, architecte Jacques Germain Soufflot //  A. Ertuğ 2011.


Salle de théâtre, théâtre Farnèse, Parme, Italie, 1618, architecte Giovani Battista Aleotti // A. Ertuğ 2015


Salle Labrousse, INHA, Paris, France, 1861-1868, architecte Henri Labrousse // A. Ertuğ 2022


Salle du Paon, château de Sammezzano de style mauresque, Regello, Italie, 1853-1889, architecte inconnu // A. Ertuğ 2014


Théâtre Olympique, Vicence, Italie, 1580-1585, architecte Andrea Palladio // A. Ertuğ 2011


Escalier hors œuvre de la chapelle, château de Chambord, 1540-1686, architecte inconnu // A. Ertuğ 2023


Escalier, palais Farnèse, Caparola, Italie, 1555-1575, architecte Jacopo Birozzi Vignola // A. Ertuğ 2017


Fontaine de Trevi, Rome, Italie, 1732-1762, architectes Nicola Salvi et Gionanni Paolo Panini // A. Ertuğ 2023


Bibliothèque Laurentienne, Florence, Italie, 1525-1571, architecte Michel-Ange // A. Ertuğ 2023


Auditorium Sorbonne, Paris, France, 1882-1901, architecte Henri-Paul Nénot //A. Ertuğ 2010


Chapelle haute, Sainte-Chapelle, Paris, France, 1241-1248, architecte inconnu // A. Ertuğ 2021


Bibliothèque, Assemblée Nationale, Paris, France,1833-1835, architecte Jules de Joly // A. Ertuğ 2023
 

Son regard expert traque les architectures les plus spectaculaires dans leur ensemble et dans les détails pour offrir le meilleur de ces témoignages de l’excellence des constructions, de leur pérennité et leur beauté.

« Voyage dans les pierres et la lumière » du 9 février au 20 mai 2024
L'accès à l'exposition est compris dans le droit d'entrée du monument.
Samedi 18 mai nocturne gratuite pour la Nuit des musées jusqu'à 23h30