mardi 18 octobre 2011

En juin dans la province d’Hatay – d’Antakya à Payas




A 50km d’Antakya, le col de Belen que l’on appelait les Pyles (ou portes syriennes) permet de franchir le massif Nur dağı (Amanos).
 Au temps des Croisés ce passage était protégé par le château de Gastin dont on aperçoit les vestiges sur un piton rocheux bien avant d’arriver à Belen et connu aujourd’hui sous le nom de Bakras kalesi. Les premières constructions remonteraient à l’époque romaine mais le site fut délaissé par les Ottomans qui ont préféré contrôler le col sur les lieux même du passage. Soliman le Magnifique fit construire un important complexe en 1549. De cette époque on peut encore voir la mosquée, le hammam et le caravansérail récemment restaurés.




15 km plus loin, Iskenderun (Alexandrette) fondée par Alexandre le Grand n’a pas conservé de vestiges significatifs mais connaît actuellement un développement économique important de son industrie sidérurgique et des activités portuaires. Ville résolument moderne, sa façade méditerranéenne est bordée d’une très large avenue ombragée de palmiers et d’une promenade qui rappelle le fameux Kordon d’Izmir.




Pour continuer à remonter le fil de l’histoire il faut parcourir encore 22 km pour arriver à Payas, carrefour d’échanges commerciaux qui caractérisent la région depuis des millénaires. L’impressionnant complexe que fit construire le grand vizir de Soliman le Magnifique, Sokullu Mehmet Pacha, illustre parfaitement la volonté des Ottomans de sécuriser et de faciliter la circulation des marchandises sur la Route de la Soie dans cette région récemment conquise. Caravansérail avec hammam, mosquée, medrese et bazar couvert, l’endroit présentait toutes les commodités pour les voyageurs et les commerçants.








L’architecte en chef de ces imposantes bâtisses terminées en 1574 ne fut autre que Mimar Sinan. Le célèbre voyageur Evliya Çelebi est passé par là au 17e siècle et le précise dans ses carnets de voyage (seyahatname). Une restauration du complexe est actuellement en cours.



La petite histoire dit qu’à cet endroit prospérait une oliveraie. Le plus vieil olivier fut épargné par les bâtisseurs de l’époque. Il trône dans la cour de la mosquée et on l’estime vieux de 1350 ans. Il produit encore annuellement 300 kilos d’olives.



L’autorisation inattendue de grimper l’escalier en colimaçon du minaret a permis d’avoir une vision d’ensemble du site.






La forteresse toute proche entourée d'un fossé faisait office de village fortifié. Construite probablement par les Templiers au 12e siècle, elle a été utilisée comme prison dans les dernières années de l'empire ottoman, après avoir été un refuge pour les pèlerins chrétiens se rendant à Jérusalem, puis des pèlerins musulmans partant à la Mecque. L’entrée d’un souterrain est bien gardée par des massifs de lantanas qui poussent un peu partout à l’intérieur et aux alentours de la forteresse.



A proximité, un pont construit entre 1565-1577 a vu défilé bon nombre de caravanes chargées des marchandises les plus luxueuses…



Une autre construction fortifiée moins imposante se trouve à environ 500m de là sur un tertre près du petit port. A l’origine un poste de guet génois datant du 8e siècle, elle a été reconstruite et utilisée par les Ottomans. Personne ne sait plus pour quelle raison on la nomme encore aujourd’hui Cin Kulesi (la tour des djinns).



Autres temps, autres genres de constructions…




On a pu constater sur le trajet que l’énergie renouvelable n’est pas absente dans la région et que les éoliennes commencent à envahir un paysage qui aurait pu se passer de ces implantations technologiques. Un choix discutable qui fait souvent polémique dans la campagne française mais qui est plutôt bien accepté par les habitants d’ici, fiers du modernisme de leur région. Difficile de critiquer ce point de vue quand on sait que le développement économique de l’est de la Turquie est indispensable et qu’il serait bien égoïste de ne penser qu’à l’esthétique d’un paysage. Le Hatay, que nous allons devoir quitter, nous a d'ailleurs souvent donné pendant ce séjour l'occasion d'admirer ses beautés naturelles.  



jeudi 6 octobre 2011

En juin dans la province d’Hatay – de Samandağ à Antakya

Nous laissons derrière nous l’interminable plage de Samandağ (Çevlik) sans fouler son sable gris que les tortues marines ont élu depuis des millénaires pour pondre leurs œufs. Cette année une éclosion importante a été constatée en août. D’environ 300 nids, 15 milles bébés tortues auraient réussi à rejoindre la mer. Moins fréquentée par les touristes que la plage de Patara vers Antalya, ce site de ponte n’en a pas moins besoin d’être activement protégé et les moyens mis en œuvre sont encore insuffisants d’après les spécialistes.



De retour vers Antakya, un petit crochet vers Şenköy, "le joyeux village", permet de découvrir la mosquée que se fit construire le cheikh Ahmet Kuseyri, à qui le sultan Soliman le Magnifique avait accordé parait-il ce fief, et sa tombe qui se dressent toujours dans le coquet village bien entretenu.



Au 16e siècle le village se nommait Şeyhköy, "le village du cheikh". Il fait aujourd’hui la fierté de son maire qui réquisitionne sans tarder un de ses administrés pour nous guider dans les ruelles, avant de nous offrir un thé sur la place.





La production d’olives est la principale ressource et le savon à l’essence de laurier fabriqué ici est aussi réputé que celui d’Harbiye, notre prochaine étape.


Harbiye c’est l’antique Daphné, ville qui se développa sous la dynastie séleucide autour d’un temple dédié à Apollon et construit au pied des cascades dans une nature luxuriante. D’autres temples honoraient d’autres dieux de l’Olympe et les sources étaient dédiées aux nymphes dont la fameuse Daphné qui, se voyant poursuivie des assiduités d’Apollon, se transforma en laurier (defne en turc) pour lui échapper.

Daphné et Apollon, mosaique exposée au musée d'Antakya

Dans la ville se déroulaient de nombreuses représentations théâtrales et musicales. Un stade accueillait les jeux olympiques. Les riches citoyens d’Antioche, Syriens et Hellènes y résidaient une partie de l’année. Plus tard les Romains agrandir et embellir encore la ville, mais le christianisme se propageant, les temples païens tombèrent en ruines et la ville entama son déclin. Des fouilles menées par les Français dans les années 1930 permirent d’exhumer de magnifiques mosaïques que l’on peut voir au musée d’Antakya… et au musée du Louvre.

C’est aujourd’hui un but de promenade malheureusement envahi de boutiques de souvenirs et de restaurants pas très respectueux du cadre naturel.



Quelques ilots à l’écart de la foule offrent cependant la possibilité d’y apprécier un moment de calme et de fraicheur, parmi les lauriers, les oliviers et les cyprès.


 
On peut aussi dénicher aux alentours une écharpe en soie de fabrication locale, rappelant que le tissage était autrefois une activité importante de la région représentée encore aujourd’hui par quelques entreprises familiales, ou faire l’acquisition d’un panier d’osier, la vannerie gardant une bonne place dans l’artisanat traditionnel.




dimanche 2 octobre 2011

En juin dans la province d’Hatay – d’Antakya à Samandağ

Sur la route en direction de Samandağ, un pont de construction ottomane enjambe le canyon Batayaz.



C’est l’occasion de faire une pause rafraichissante ou un peu d’escalade sur les rochers avant de continuer vers le village de Hıdırbey et de s’y arrêter pour boire un thé à l’ombre d’un platane séculaire comme on en trouve souvent en Turquie.



Celui-ci a entre 1500 et 1600 ans mais la légende qui s’y attache le vieillit de 2000 ans de plus en le faisant naître du bâton de Moise qui aurait bourgeonné pendant que le prophète se désaltérait à la source toute proche devenant du même coup source de jouvence. Dans le tronc creux, beaucoup de visiteurs déposent un papier griffonné ou un petit bout de tissu en espérant que leurs vœux soient exaucés.



L’ancêtre a des mensurations impressionnantes : une circonférence de 20m, un diamètre de 7,50m et une hauteur de 16,50m ! Moins haut et majestueux que celui des faubourgs de Bursa (Inkaya) mais beaucoup plus gros, son grand âge lui vaudra quelque indulgence.

Une autre halte nous fera découvrir le village arménien de Vakıflıköy, blotti au milieu de vergers et joliment fleuri, son église, ses maisons restaurées, d’autres abandonnées… souvenir d’un temps où les propriétaires avaient été expulsés.





Quelques uns sont revenus et une centaine de résidents vit ici du produit des récoltes et d’un artisanat destiné aux touristes (liqueurs de fruits, confitures, conserves de légumes, napperons au crochet…) loin des tensions qui se manifestent ailleurs, le plus souvent hors de la Turquie.



Il est possible de séjourner dans les quelques pensions d’allure bien accueillante. Dans un jardin, l'ancien pressoir attend de recevoir des olives...




Un peu plus loin, sur une colline dominant la très longue plage de Çevlik, un superbe panorama s’offre à l’objectif, tandis que les vestiges d’un temple dorique de Séleucie de Piérie passeraient inaperçus si un panneau détaché de son poteau et plutôt ruiné n’attirait malgré tout l’attention.







En bas, près du village actuel de kapısuyu, nous attendent d’autres vestiges de la ville antique mais auparavant la dégustation d’un balık-ekmek au petit restaurant ombragé bordant la plage devrait nous redonner assez d’énergie pour entreprendre la visite du site. Succulent le sandwich au poisson grillé!

Séleucie de Piérie, fondée par les Séleucides vers 300 av JC fut une capitale éphémère avant qu’on ne lui préfère la sécurité de la situation géographique d’Antioche. La ville ne se développa que deux siècles et demi plus tard quand les Romains l’occupèrent et en firent une base navale importante, mais l’ensablement menaçait déjà et afin de détourner le torrent responsable, la construction d’un gigantesque canal et le creusement d’un tunnel dans la roche furent entrepris sous le règne des empereurs flaviens, Vespasien et Titus. On emprunte les vestiges asséchés aujourd’hui pour visiter le site.




Les invasions perse et arabe mirent fin à la lutte des hommes contre les éléments naturels et il s’ensuivit une lente mais irréversible dégradation complétée probablement par la destruction des installations romaines par les Mamelouks au 14e siècle.


Nécropole rupestre





En suivant le chemin ombragé on découvrira la nécropole rupestre chrétienne datée du 1er au 5e siècle, des tombes creusées dans la roche, un sarcophage isolé, un petit pont sur le canal à sec envahi par la végétation… (A suivre)