vendredi 19 septembre 2014

Une exposition sur Çatalhöyük à Istanbul

A l’occasion du congrès de l’association européenne des archéologues se déroulant cette année à Istanbul, une exposition sur les fouilles de Çatalhöyük y est présentée entre le 10 et 21 septembre 2014 au campus İTÜ.


Dans la même perspective pédagogique constatée en visitant le site (en mai 2011) et qui m’avait inspiré un article publié dans ce blog, cette modeste et brève exposition de panneaux informatifs (en turc et en anglais) a visiblement l’ambition de rendre accessible à tous les résultats des fouilles concernant une période dont les vestiges, moins spectaculaires que ceux de l'Antiquité, n’ont trop souvent de signification que pour un public restreint de spécialistes.
Je doute pourtant de son impact, vu le choix du lieu. Campus universitaire İTÜ, certes facilement accessible puisque tout près de la place Taksim, sur l’avenue Taşkışla, mais dans lequel le public n’est pas habitué à pénétrer. D’ailleurs, après s’être fait confirmer par le vigile à l’entrée que cette exposition se déroulait bien ici, il a fallu s’aventurer dans les dédales des couloirs pour la trouver. Les étudiants n’avaient pas même l’air très au courant !




Cette nouvelle tentative pour améliorer la perception des recherches archéologiques en racontant des anecdotes au sujet des fouilles elles-mêmes sans oublier l’active participation des habitants des villages proches et leurs relations avec les équipes est cependant louable.





Découverte de Çatalhöyük par James Mellaart et première période de fouilles de 1961 à 1965





Reprise des fouilles en 1993 jusqu’en... 2018 par une équipe internationale sous la direction de Ian Hodder, de l'Université de Stanford




D'autres panneaux abordent les thèmes concrets de la vie quotidienne de la population de Çatalhöyük et de son environnement au néolithique. Je vous en livre donc quelques photos dans le but de relayer les connaissances et les hypothèses au sujet de ce site qui retient l’attention des archéologues, anthropologues, architectes, restaurateurs, historiens de l'art, et botanistes du monde entier et qui a rejoint la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2012.
















samedi 6 septembre 2014

C’est le temps des cornouilles!

Chaque année en septembre ce petit fruit en forme d’olive colore les étales de son rouge éclatant. En Turquie, on en récolte annuellement pas moins de 15 mille tonnes. Il est communément consommé en confiture, marmelade et boisson rafraîchissante (şerbet).


Il s’appelle ici kızılcık. Je l’ai toujours vu sur les marchés. Il annonce invariablement la fin de l’été. Et comme c’est un véritable concentré de vitamine C, il tombe à pic pour en faire des réserves avant l’hiver.
Le plus simple c’est d’en faire une sorte de marmelade.
Après avoir laver les fruits (1kg) il faut les faire ramollir dans ½ litre d’eau car le dénoyautage n’est pas facile à cru. Pour cette pré cuisson, porter à ébullition environ 15mn. Ensuite passer au moulin à légumes (manuel) pour extraire la pulpe et le jus. Peser et ajouter du sucre en proportion ¾ de fruits. Faire cuire environ 1h en mélangeant de temps en temps avec une cuiller en bois (de cornouiller de préférence !) et mettre en pot. Fermer à chaud.
Le résultat est acidulé et fruité comme un mélange de framboise, de grenade et de groseille, et en plus excellent pour la santé ! Les vertus astringente et fébrifuge de la cornouille étaient déjà connues dans l’antiquité.

Et pour la petite histoire c’est en bois de cornouiller, réputé très résistant, qu’aurait été construit … le cheval de Troie !
Les anciens, au Moyen-Orient et en Europe, connaissaient sa solidité et l’utilisaient pour leurs échelles, échasses, cannes et manches d’outils.


vendredi 8 août 2014

Escapade en Troade : Temple d'Apollon Smintheion

A 25 km à l’ouest d’Assos Behramkale, à proximité du village de Gülpınar (l’antique Chryse), il y a plus de 2 siècles que le temple d'Apollon Smintheion a été identifié par un voyageur français, Jean Baptiste Le Chevalier, dont la curiosité fut probablement aiguisée par la lecture des descriptions trouvées dans les textes de Strabon (géographe né à Amasée – actuelle Amasya en Turquie, au 1er siècle av.JC).
Mais aucune fouille approfondie n’avait été entreprise jusqu’en 1980, et d’ailleurs le site était occupé par des oliveraies et des bâtiments abritant des pressoirs depuis plusieurs années.
Le Pr. Coşkun Özgünel et son équipe se sont attelés à la tâche, il y a presque 35 ans, et le périmètre étudié est bien plus vaste que celui où a été élevé le temple au milieu du 2e siècle av.JC. Il est probable que la consultation des oracles ait précédé d'au moins 2 siècles sa construction. Un grand nombre de vestiges ont été exhumés et la reconstitution bien entamée. On en est même à recouvrir les marches de plaques de marbre flambant neuves… Ce qui n’était vraiment pas nécessaire… Et pour tout dire scandaleux!




Le parcours est jalonné de panneaux explicatifs en turc et en anglais pour les plus curieux.



Le sanctuaire est de style ionique de la période hellénistique. Les décors sculptés de son architecture (frises et tambours supérieurs des colonnes) ont la particularité de constituer une sorte de bande dessinée éducative inspirée des poèmes homériques concernant la légendaire guerre de Troie et ses héros. Quelques uns sont exposés depuis 1993 dans le petit musée adjacent (un bâtiment de l’ancienne fabrique d’huile d’olives), et d’autres sont au musée archéologique de Çanakkale. On y trouve aussi un fragment de jambe attribué à une statue d’Apollon… mais pas de trace de la moindre petite souris pour l’instant sauf sur le logo du site.






Le temple n’est pas l’unique vestige. Les constructions et infrastructures alentours (thermes décorés de pavements de mosaïques, citernes, canalisations, routes empierrées) mettent en évidence l’importance du lieu de culte dédié à Apollon Smintheion (maître des rats) durant toute la période hellénistique et pendant une grande partie de la période romaine.










Sur les stèles en marbre gravé d'inscriptions de la galerie, reposaient les statues de bronze des vainqueurs de compétitions de lutte organisées en l'honneur du dieu. (Ces statues ont aujourd'hui disparues)




Quand on sait que les Romains revendiquaient pour ancêtre le Troyen Enée on comprend leur vénération pour Apollon Smintheion, ce dieu qui avait pris partie pour les Troyens en envoyant des hordes de rats portant la peste sur les guerriers achéens qui avaient enlevé la fille du prêtre d’Apollon, Chryse, et offerte à Agamemnon. La jeune femme libérée, la population locale et le prêtre offrirent des sacrifices au dieu. Ce sanctuaire a été élevé bien des siècles plus tard pour commémorer cet épisode de la mythologie grecque. Une source est associée à l'emplacement du lieu.



De grandes quantités d’eau étaient nécessaires pour les purifications et les sacrifices d’animaux. Les visiteurs venaient de loin pour assister aux cérémonies, écouter les oracles et prophéties.

Le site archéologique a révélé aussi des traces de constructions et des objets datant de 5000 ans av. JC, représentatifs d’une occupation du chalcolithique, culture caractérisée par des savoir-faire intermédiaires entre ceux du néolithique et ceux de l’âge de bronze. Ces vestiges sont plus anciens que ceux retrouvés à Troie.
Les fouilles sont dirigées depuis 1996 par T. Takaoğlu mais les résultats ne sont pas encore accessibles.
Pour un aperçu, il faut consulter le site Internet officiel dont sont extraites les photos suivantes.










Les tessons de poteries retrouvés présentent pour la plupart un décor qui retient l’attention. Leur surface porte l’empreinte de vanneries et de tissage en laine réalisée par pression sur l’objet avant sa cuisson. Une similitude avec la céramique cordée que l’on a trouvé en Europe et datée d’environ 3000 à 2200 av. JC.

Et voilà notre périple bouclé. Nous avons suivi la petite route côtière comme prévu et fait provision de légumes frais vendus par les producteurs avant de rejoindre la E 87 à Ezine, en direction des Dardanelles pour emprunter le ferry.