126 œuvres sont réunies pour cette première rétrospective
en France consacrée à Leonora Carrington.
Des premiers dessins de jeunesse aux œuvres de la
maturité, on y découvre le parcours de vie d’une artiste et sa volonté de
prendre en main son destin, d’accomplir ses rêves d’enfant, ses aspirations de
femme en explorant les différentes facettes de ses émotions artistiques malgré
les obstacles rencontrés. Les créatures hybrides qui peuplent son imagination
s’animent dans l’art pictural mais aussi par l’écriture (contes, récits
autobiographiques, pièces de théatre). Son cheminement singulier met en scène les
blessures, les bonheurs, les rencontres, les mystères de la vie dans un
tourbillon de représentation d’un bestiaire fantastique, de formes d’existences
imaginaires, qui contestent les hiérarchies entre les espèces, les identités
binaires conventionnelles et tous les conformismes.
Pour le style, il combine profusion de détails évoquant
de mystérieux personnages parfois issus de la mythologie celtique ou précolombienne, des couleurs
vives et des motifs complexes créant des compositions visuellement captivantes.
Des séries de photos rythment le parcours pour nous la
rendre plus présente, la replacer dans ses univers-refuges, ses détresses, ses
rencontres, ses choix de vie, ses amours, ses voyages physiques ou imaginaires, ses amitiés et ses
convictions.
Chronologie et thématique se juxtaposent tout au long des
étapes de cette existence peu banale, à découvrir dans les différentes sections de
l’exposition.
Elle traverse une jeunesse rebelle dans une famille de la haute société
britannique. Solitaire et rêveuse, soumise à une éducation rigide, elle se
refugie dans des mondes imaginaires et a très tôt l’ambition de devenir
artiste. Projet peu apprécié par son père mais soutenu par sa mère irlandaise,
elle est envoyée à Florence pour y suivre des cours dans une académie d’art.
Elle mettra à profit ce séjour pour se familiariser avec l'art classique
italien, et de cette période naitra sa fascination pour la Renaissance.
Elle revient à Londres dans les années 1930 et fréquente
plusieurs écoles d’art.
Une série d’aquarelles, les Sœurs de la Lune, raconte des
histoires de magiciennes, de princesses et de leurs animaux familiers, chiens
et chevaux, léopards, paons, évoluant autour d’héroïnes de contes libérées de
toute entrave.
Dragons supraterrestres, 1932, aquarelle,
graphite, et encre sur papier
Puis elle se rapproche d’artistes et d’écrivains, en
particulier des Surréalistes.
En 1936, à Londres, la jeune femme fait la connaissance de Max
Ernst.
Bravant l’autorité paternelle, elle le suit à Paris et participe activement
au courant Surréaliste à son apogée.
En 1937 Leonora Carrington peint un curieux autoportrait
dans lequel elle se représente les cheveux hirsutes, assise sur un fauteuil
d’apparence inconfortable, dans une pièce qui a tout d’une scène de théâtre.
Une hyène caracole devant elle, un cheval à bascule sans queue ni crinière est
immobile derrière elle (symbole de son enfance ?). Depuis la fenêtre, (peut-être simple tableau), un cheval au galop semble symboliser le désir de liberté dont la jeune
femme a été privée, prisonnière d’une réalité paralysante, entre rêve et
cauchemar.
Le couple s’installe en Provence à Saint-Martin-d’Ardèche
dans une maison qu’ils décorent ensemble.
La Seconde Guerre mondiale provoque la séparation. Ernst, citoyen allemand est arrêté et emprisonné par les autorités françaises.
Leonora Carrington en souffre gravement et s’exile en Espagne.
Elle est victime d’un viol collectif à Madrid. Elle est internée pour soigner
une profonde dépression, mais les traitements subits se révéleront
dévastateurs.
Un ambassadeur mexicain lui propose un mariage blanc pour
partir avec lui sur le continent américain. Elle parvient à s’exiler au Mexique
où elle va rester la majeure partie de sa vie, se créant un nouvel univers.
Kati Horna, Portrait de Leonora Carrington, 1947. Photographie argentique
Kati Horna, Leonora de la série « Oda A La
Necrofilia » (Ode à la nécrophilie) (1962).
À Mexico, elle retrouve la peintre espagnole Remedios
Varo (1908–1963) avec laquelle elle a exploré à Paris la magie, l'alchimie et
la psychologie analytique, au contact des Surréalistes. Elle se lie d’amitié
avec la photographe hongroise Kati Horna. Un compatriote de cette dernière, lui
aussi exilé, Emeric Weisz dit « Chiki » deviendra l’époux de Leonora
et le père de ses deux fils, Gabriel (1946) et Pablo (1947). Leonora
considérait la maternité comme l’expérience la plus extraordinaire, le seul
amour inconditionnel que l'on puisse connaître.
Le Bon Roi
Dagobert, 1948, cette toile représente la cellule familiale qu’elle a
construite. Des êtres à cornes et longues capes en métamorphose entre humain et
animal, masculin et féminin.
Ses enfants ont été des témoins privilégiés de l'univers
surréaliste de leur mère.
Leonora se représente volontiers comme une Déesse
Blanche, figure de puissance féminine qui conteste l'ordre patriarcal
traditionnel.
L'artiste n’aurait certainement pas désavoué la présence de
cette maman et son bébé en ces lieux. La maternité ne s’épanouie pas dans un
sacerdoce exclusif. Leonora peignait parfois d’une main, tenant son bébé avec
l’autre. L’un de ces fils témoigne dans le film documentaire Leonora Carrington The Lost Surrealist
que sa mère fut prise d’une sorte de frénésie créative conjointement à sa
capacité de créer la vie, lui insufflant un sentiment de puissance.
Le tableau "L'Arche de Noé" (vers
1962 ou 1957 selon les sources) de Leonora Carrington est une œuvre surréaliste
foisonnante qui réinterprète le mythe biblique. L'Arche n'est pas seulement un
bateau, mais un lieu de transformation, une matrice permettant la "seconde
naissance" du monde. Elle y déploie un univers mystique et alchimique,
peuplé de créatures hybrides et de figures féminines puissantes, transformant
le récit de la survie en une vision chamanique de la métamorphose. La scène peut
être lue comme une reprise de pouvoir par le féminin (Déesse-mère) dans la
création d'un nouveau monde.
Déesse, bronze, 2008. Cette œuvre tardive en forme de
totem fait une évidente référence à l’archétype de la Déesse-mère des sociétés
archaïques et s’inscrit comme l’aboutissement du cheminement de l’artiste sur
le thème de la Déesse Blanche si souvent représentée. Elle n’est pas sans
évoquer les sculptures de la période néolithique et des premières civilisations
trouvées sur les *sites archéologiques en Turquie et alentours : Nanaïa ou
Inanna sumérienne, Ishtar mésopotamienne, Isis égyptienne, Ashthoreth ou Astarté
phénicienne, Cybèle phrygienne... Mais aussi de l'autre côté de l'Atlantique Coatlicue aztèque, Pachamama andine… Une sorte de Mère universelle.
Leonora Carrington (1917-2011) est célébrée au Mexique depuis au moins un demi siècle mais peu connue en Occident, pas même dans son pays de naissance.
L’exposition met ainsi en lumière l’héritage exceptionnel
transmis par cette voyageuse perpétuelle, toujours en quête de connaissance de
soi, et sa place dans la féminisation du Surréalisme.
Dossier pédagogique de l’exposition au Musee duLuxembourg
Leonora Carrington (1917–2011) en bref
Exposition Leonora Carrington BeauxArts Magazine
Leonora Carrington, grande oubliée du surréalisme enfin mise en lumière au musée du Luxembourg. Par Nicolas Michel.
Vidéo de 15mn de Jean-Paul Faure, Leonora Carrington
Leonora Carrington The Lost Surrealist Documentaire de la BBC, 58mn.
Leonora Carrington The Lost Surrealist Documentaire de la BBC, 58mn.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire