Alors qu’en hommage aux victimes de l’effroyable carnage
du 14 juillet à Nice, les ponts suspendus au dessus du Bosphore arboraient les
couleurs du drapeau français, leur occupation soudaine par des militaires et les files interminables de véhicules immobilisés furent pendant de longues heures les seules images illustrant la tentative de coup d’état en cours le
soir du 15 juillet en Turquie et réprimée quelques heures plus tard.
Depuis les deux pays se sont repliés chacun sur leur drame national, pleurent les morts, soignent les blessés, commentent et dissèquent les tragiques événements pour
tenter d'expliquer comment et pourquoi de telles atrocités sont possibles.
On voudrait comprendre, mais trop de questions restent sans réponses, et beaucoup le resteront probablement
encore longtemps. Alors la douleur fait inévitablement place à la colère, et l'agressivité remplace rapidement la stupéfaction et l’accablement.
Il va être bien difficile de garder l'espoir d'un avenir meilleur dans ce contexte haineux et son cortège de représailles, de vengeances.
Où sont les abris anti-folie meurtrière? Où sont les sorties de secours?
Où sont les abris anti-folie meurtrière? Où sont les sorties de secours?
Dans ces moments troubles, on peut trouver un certain réconfort à la lecture du roman autofiction de Yiğit Bener, Le Revenant, Actes Sud 2015. Il sait de quoi il parle puisque le coup d'état en septembre 1980 l'a profondément marqué et qu'il en tire une philosophie sereine.
Citation:
"Être revenant, c’est l’art de tirer les leçons des coups
que l’on a reçus. Une école qui nous purge du vice de l’orgueil.
Le revenant ne peut regarder les orgueilleux obnubilés
par le pouvoir autrement qu’avec commisération. Leur existence est bien
pathétique. Ils n’ont de cesse d’enfoncer les têtes de leurs subalternes, puis
de se fondre en courbettes devant leurs supérieurs : coincés entre la
frustration de ne pouvoir surpasser celui d’en haut, et la crainte d’être
supplanté par celui d’en bas… Une vie de tourments, en mobilisation générale
permanente pour une guerre sans fin, sans vainqueur… Tant de fatigue pour de
telles indignités !
Le revenant ne perd pas son temps avec ce genre de pitreries.
D’avoir lui-même brusquement perdu tout pouvoir, il a eu la révélation qu’il
n’était qu’un minuscule point dans l’univers, de surcroît bien éphémère, et a
perçu l’absurdité de la course à un pouvoir si volatil."
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