lundi 12 mai 2014

Dans la vallée phrygienne (1)

L’antique Phrygie occupant un vaste territoire du plateau anatolien, les sites sont assez éloignés les uns des autres. FRİGKUM (Frigya Kültürel Mirasını Koruma ve Kalkınma Birliği), Association pour la Protection et le Développement du Patrimoine Culturel Phrygien, a entrepris depuis quelques années de répertorier ces sites et de les rendre plus accessibles par l’aménagement de 500 km de sentiers de randonnées balisés. Autant dire qu’en deux jours, mieux vaut être motorisé pour un circuit découverte,  quitte à garder ses forces pour prolonger les balades dans les vallées modelées par l’érosion et offrant de spectaculaires paysages.
Nous avons donc choisi comme ligne de repère, l’axe routier (D 665) entre Afyonkarahisar et Eskişehir et tenté de voir le premier jour les lieux qui se trouvaient sur la droite de cet axe. Il nous a semblé judicieux d’entamer le parcours depuis Seydiler (à 30km d’Afyon sur la route d’Ankara) et en remontant vers le Nord. On aurait du en passant à Iscehisar prendre le temps de s’arrêter pour voir les vestiges grecs et byzantins éparpillés dans la ville ainsi que les carrières de marbre qu’ils avaient exploité.
Mais le matériau est encore aujourd’hui une ressource importante pour la région. De chaque côté de la route sur des kilomètres, ce commerce est florissant! 


En poursuivant vers Bayat, on aurait pu chercher les habitations troglodytes, sanctuaires et tombes rupestres de Inpazarcık, creusés par les Phrygiens et utilisés jusqu'au début de la période byzantine. Mais ce sera pour une autre fois.
A Seydiler, déjà impressionnés par le paysage alentourl’impatience nous a fait manqué les rochers creusés de Kırkınler dont un monastère du 10e siècle et autres sites rupestres de Çatalkayalar et Menevşeli kaya, balıklı kayalık, Leylek kayası… Ici presque chaque rocher a un nom!  



Nous avons pris la petite route, pauvre en goudron mais riche en paysages, en direction d’Ayazini, en passant par Karakaya et Eskieymir. Un grand détour pittoresque, alors qu’Ayazini n’est qu’à 35km d’Afyon par la D 665, mais ça en valait la peine pour le plaisir des yeux.  







Un peu avant Ayazini un curieux rocher avec des escaliers, Avdalaz Kalesi abrite des habitations troglodytes et faisait probablement office de tour de guet jusqu'à la période byzantine.





Et puis la route se faufile vers Ayazini...




Sur le site d’Ayazini, les vestiges continuent d'entremêler les époques. Sanctuaires et tombes phrygiennes côtoient des églises des premiers Chrétiens, un monastère et des habitations troglodytes... Le tout habilement taillé dans la roche... et servant souvent désormais de bergerie.











En continuant sur la petite route on arrive sur la D 665. On l’emprunte sur environ 20 km avant de bifurquer à droite en direction de Yazılıkaya (Ville de Midas), à ne pas confondre avec un autre Yazılıkaya, sanctuaire hittite à proximité de la ville de Çorum, car ce vocable communément attribué à un lieu-dit, un hameau, un village, désigne un rocher avec inscriptions gravées et il y en a beaucoup en Turquie!


Un crochet par Kümbet nous fait découvrir le türbe de Himmet Baba, coiffé d’un nid de cigogne comme un pompon sur un bonnet, mais digne sépulture du 13e siècle d’un notable seldjoukide, entourée de stèles ottomanes. Il semble bien que pour sa construction, quelques éléments de monuments byzantins aient été utilisés.



Un autre vestige probablement seldjoukide


Un peu plus loin, derrière les maisons se trouve le tombeau dit de Solon, qui aurait peut-être auparavant servi de sépulture royale à l’un des nombreux Midas. Il parait que l’occupant de la petite maison voisine apprécie une causette avec les rares visiteurs, mais il devait être occupé ailleurs ce jour là…




 Nous continuons notre périple vers la ville de Midas (le même ou un autre).


Avant même d’entrer dans le village de Yazılıkaya, on aperçoit la façade monumentale du sanctuaire dédié au culte de la grande déesse-mère Kibele (Cybèle pour les Romains) et vraisemblablement réalisé pour le roi Midas, (celui que les légendes affublent d’oreilles d’âne stigmatisant son manque de discernement musical, d’un bonnet phrygien pour les cacher et qui pour se débarrasser d’une récompense encombrante de Dionysos, se serait laver les mains dans la rivière Pactole, charriant dès lors les paillettes d’or qui donneront la richesse et la puissance au royaume phrygien et feront plus tard la fortune de Crésus).

Gravés dans la roche rouge, les motifs géométriques sont bien réels et les inscriptions du fronton témoignent de l’existence de ce Midas.




Il ne faut pas hésiter à parcourir les chemins aménagés pour voir d’autres vestiges de cette cité qui fut probablement un centre cultuel important.  

Kırgöz kaya (le rocher aux quarante yeux)


Des marches taillées dans la pierre et un tunnel


La façade inachevée d'un autre temple


Un silo à grains ?


Un chemin tracé par les roues des chars phrygiens


Trois citernes, réserves d’eau de pluie




Et puis en grimpant, des vues panoramiques du site et des alentours.








A l'entrée du site une pierre sur laquelle sont gravées des inscriptions. Comme il n'y a aucune indication on peut supposer que ce soit du phrygien... A moins que ce ne soit du grec ancien... A noter cependant que la ville de Midas bénéficie de quelques plaques explicatives, ce qui est loin d'être le cas partout...


Le panneau de FRİGKUM précise que c'est ici le point de jonction des trois sentiers de randonnées qui desservent pas moins de 56 lieux d’occupations et habitations phrygiennes.


Et maintenant on va où?


Un des fameux panneaux jaunes de FRİGKUM  indiquait Çukurca à 3km… Il aurait fallu savoir que Doğanlı kale et Gerdekkaya étaient dans ces parages ! Ainsi que Areyastis (Küçük Yazılıkaya), illustration de l'affiche de l'exposition de 2008 "La mystérieuse civilisation des Phrygiens"... Mais les panneaux marron désignant habituellement les sites touristiques étaient absents.
Akhisar Kale, Asma Inler, Bahşayiş Anıtı, ne devaient pas être très loin non plus, mais faute d’indications on a renoncé. Le programme du lendemain étant déjà bien chargé, ce sera pour une autre fois…  
En repartant vers Afyonkarahisar, un ultime arrêt pour photographier un nid de cigogne perché cette fois sur un tronc d'arbre sec… visiblement aménagé pour l’accueillir ! Mais dame cigogne est trop occupée, nous ne verrons pas son bec...



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