lundi 5 mai 2014

Aizanoi et ses vestiges gréco-romains

L’objectif de nos pérégrinations printanières vers le plateau anatolien était bien, comme annoncé dans la publication précédente, de remonter le fil de l’histoire jusqu’aux temps reculés des Phrygiens, mais en dépassant Küthaya, il était tentant de faire un petit détour (environ 60km) vers la cité antique d’Aizanoi qui eut son heure de gloire au 2e et 3e siècles quand toute la Phrygie fut incluse dans le vaste empire romain. Elle dut sa prospérité au commerce du blé, du vin et de la laine.
Découverte par des voyageurs européens en 1824, dont le français Alexandre de Laborde, et rapidement identifiée, elle reste peu fréquentée par les touristes mais fait encore régulièrement l’objet de fouilles archéologiques et d’études concernant les nombreuses inscriptions gravées sur les pierres.  

Dans le village actuel de Çavdarhisar, après avoir franchi l’un des deux ponts romains enjambant encore la rivière Pankalas, petit affluant du Kocaçay (antique fleuve Rhyndacos), les ruines majestueuses du temple de Zeus s’imposent au regard. Il fut construit sous le règne de l’empereur Hadrien (117 à 138). 




Il s’élève curieusement au dessus d’une grande salle souterraine voûtée, un sanctuaire oraculaire du dieu probablement.


L’ornement de l’acrotère est désormais au sol bien visible et en bon état malgré sa chute. Il représente un buste féminin émergeant des feuilles d'acanthe.



Pendant la période byzantine Aizanoi fut un siège épiscopal et le temple fut utilisé pour le culte chrétien.

Les stèles funéraires romaines bordant le site ont l’aspect très particulier de portes fermées simples ou doubles. Peut être une réminiscence des monuments funéraires phrygiens.  




Un peu plus loin sur la droite se trouvent les vestiges de thermes romains, puis d’un stade jouxtant un théâtre dans une disposition unique.










En revenant vers le village, on peut voir les ruines d’autres thermes dont une partie couverte et inaccessible recouvre un sol décoré de mosaïques en cours de restauration.


En face, un chemin bordé d’anciennes demeures ottomanes en pierre et torchis, la plupart abandonnées, conduit au Macellum, édifice circulaire où s’établissaient les prix des denrées alimentaires et des esclaves, l’ancêtre de la bourse en quelque sorte.
Avant d’y arriver, on peut voir sur la droite les ruines d’un odéon.






L’avenue à colonnade datée du 4e siècle a emprunté les éléments architecturaux d’un temple d’Artémis détruit. Elle menait au sanctuaire de Cybèle, la Grande Déesse Mère anatolienne, situé à environ 2 km dans la grotte Steunos ornée de gravures rupestres. Ce lieu était lié au mythe de la naissance de Zeus et donc encore vénéré par les Romains.


La visite se termine par une promenade bucolique le long de la rivière entre les deux ponts.




Un vieil homme y fait sa cueillette d’oseille-épinard (tr : labada), photo ci-dessous, et nous renseigne sur l’origine du nom du village qui remonte au 13e siècle quand la tribu tatare des Çavdar s’installa dans la forteresse construite par les Seldjoukides. Rien à voir donc avec la culture du seigle (aussi çavdar en turc) qui pousse pourtant dans la plaine fertile des alentours ainsi que d’autres céréales.


Le musée archéologique (dans l’ancienne medrese Vacidiye) et le musée de la Brigade (Tugay Müzesi) à Küthaya exposent un grand nombre d’artefacts découverts sur le site de la ville antique (sarcophages, statues, poteries…)



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire