mardi 23 juillet 2013

La nigelle et ses petites graines noires

De notre périple printanier entre Limousin et Périgord, voici une image plus ensoleillée qui m’inspire une parenthèse botanique, culinaire et médicinale…


Dans le jardin de nos hôtes à Montagnac-d'Auberoche la nigelle au feuillage aérien occupait une généreuse bordure. Elle profitait d’une éclaircie pour gonfler ses boutons et préparer sa floraison, qui se concrétisa deux semaines après notre départ, comme le prouve la photo ci-dessous que m’envoya Michèle.


Si, tout comme moi, vous ne saviez pas à quoi ressemblent les fines feuilles et la fleur délicate de cette herbacée, voila une lacune comblée.
Par contre, on ne devrait pas ignorer tous les bienfaits des précieuses graines noires que la nigelle produit en quantité. Ils sont connus depuis la plus haute antiquité en Asie, au Moyen Orient, et en Afrique. Ses vertus sont innombrables à commencer par la stimulation du système immunitaire. La recherche médicale occidentale s’y intéresse depuis une cinquantaine d’années et ne dément pas l’action bénéfique de la plante dans de nombreuses pathologies, de la migraine aux allergies, en passant par les problèmes respiratoires ou digestifs, les affections cutanées, etc.


La médecine douce préconise l’usage de la graine en phytothérapie ou de son huile en aromathérapie. 
Les petites graines noires sont aussi très aromatiques. Avec les graines de sésame, elles décorent et parfument en Turquie bien des pâtisseries et on les retrouve bien évidemment sur le pide du ramadan !
La graine de nigelle que l’on appelle aussi cumin noir est utilisée aussi pour épicer en douceur d’autres préparations culinaires comme le concombre ou le pourpier au yaourt, les légumes à l’huile d’olive ou farcis, les soupes, les salades…

Ne nous privons pas de ses bienfaits au quotidien, pour rester en bonne santé.

Ma confiture de pêche, cuvée 2013

mercredi 17 juillet 2013

Bourganeuf : une étape de captivité du prince Djem

C’est sous le ciel maussade d’un printemps qui ne parvenait pas à imposer ses couleurs que l’occasion d’une escapade à Bourganeuf s’est présentée en mai dernier.


De la fraîcheur des températures ou du triste destin du prince ottoman, otage des Chevaliers Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, on ne saurait dire ce qui nous faisait le plus frissonner.
Dans le décor austère des édifices de la commanderie, siège du Grand Prieuré d'Auvergne depuis 1367, on imagine sans peine le désespoir du captif qui pour échapper aux desseins criminels de son frère Beyazıt (Bajazet) succédant à son père, Mehmet II (le Conquérant), avait demandé asile aux Chevaliers, alors établis sur l’île de Rhodes. Sous le prétexte d’assurer sa protection, Pierre d’Aubusson, Grand-Maître de l’Ordre le fit conduire en France en 1484 par son neveu, Guy de Blanchefort, commandeur du Grand Prieuré d’Auvergne. Le prince Cem (Djem) fut d’abord hébergé dans des demeures familiales du Dauphiné et du Limousin avant d’être transféré de 1486 à 1488 dans la fameuse tour de Bourganeuf (Tour Zizim), aménagée, si non construite à son intention.


L'édifice massif en pierre taillée surmonté de mâchicoulis et de créneaux ne laisse aucun doute sur sa capacité à empêcher toute tentative d'évasion ou d'enlèvement.
Tout autant qu’il fut impossible au prince d’en sortir, la tour resta inaccessible à la visite qui avait motivé notre déplacement. Malgré toutes nos suppliques auprès de l’office du tourisme de la commune, la porte resta close.


Des visites commentées se font apparemment exclusivement en période estivale et sur demande de groupes constitués. C’est donc le moment pour ceux qui se trouvent dans les parages de ne pas manquer l’occasion d’aller sur les traces du passé tourmenté d’un prince né en 1459 dans le palais impérial d’Edirne, fils du Sultan qui a conquis Constantinople et d’une princesse serbe, Cicek Hatun, et qui devint l’enjeu de sombres intrigues politiques en Occident.
Vous n’y verrez pas l’une des magnifiques tapisseries de la Dame à la Licorne qui, selon une légende complaisamment reprise par George Sand, aurait décoré la geôle du prince. Mais d’autres lectures d’ouvrages récents vous en diront plus sur le personnage car son histoire n’en finit pas d’inspirer les romanciers et d’intriguer les historiens.
Jean-Marie Chevrier, Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman, Albin Michel, 1993
Edouard Sablier, Le prisonnier de Bourganeuf. Djem Sultan 1459-1495, Perrin, 2000
Didier Delhoume, Le Turc et le Chevalier - Djem Sultan, un prince ottoman entre Rhodes et Bourganeuf au XVe siècle, Patrimoine en poche, 2004
Maurice Caron, Djem, Un prince dans la tourmente, Zeugma, 2010.(Le site de l'ouvrage)

L’exil du prince se poursuivit en Italie et il mourut à Naples le 24 février 1495, probablement empoisonné. Sa dépouille fut ramenée en Turquie en 1499 pour être inhumée à Bursa dans l’un des douze "türbe" du complexe Muradiye datant des 15e et 16e siècles, réunissant une quarantaine de cercueils des membres de la famille impériale.


Elisabeth Strub Madzar s’est inspirée du remarquable décor intérieur du mausolée pour réaliser un somptueux patchwork intitulé Cem Sultan. (Photo prise dans son atelier stambouliote avec l’autorisation de l’artiste)