lundi 27 octobre 2025

Vassily Kandinsky donne des couleurs à la musique

 

On le savait, le tempérament artistique ne se cantonne bien souvent pas à un domaine particulier et se perçoit comme une sensibilité, un sens de l’observation aiguisé de l’environnement se déployant pour capter une multitude d’informations, les transformer en créativité picturale, musicale, littéraire ou gestuelle. Diverses manières de concrétiser une vision personnelle du monde et de l’offrir en partage.
Mais il arrive parfois que les informations normalement interprétées par un seul de nos sens se retrouvent impliquées dans la stimulation d'un autre sens, sans lien apparent avec le premier.




Cette particularité a un nom scientifique reconnu par le corps médical.
Le terme « synesthésie » a été retenu à la fin du 19e siècle, remplaçant la désignation « audition colorée », réductrice car elle ne faisait référence qu’au mélange des sens de la vision et de l’audition par l'association systématique de couleurs à des sons, à des notes de musiques, au timbre d'instruments, à des voix ou à des paroles.
Ainsi les sons peuvent activer les centres visuels du cerveau, mais les couleurs peuvent avoir aussi une saveur, les saveurs peuvent évoquer une forme, les chiffres peuvent avoir des couleurs et la lecture de mots imprimés peut provoquer la perception d’un goût spécifique sans lien défini avec la signification du mot.




Etonnant phénomène qui ne représente qu’un infime exemple de la complexité de l’activité cérébrale…


Il y a déjà plusieurs années j’avais été très surprise par l’intérêt qu’avait porté Elvan, lors d’une visite culturelle en école maternelle. Il avait même retenu le nom de Kandinsky et s’appliqua pendant plusieurs mois à reproduire les formes et les couleurs qui l’avaient fortement impressionné.



L’exposition « La musique des couleurs » proposée par le Musée de la musique-Philharmonie de Paris en association avec le Musée national d’art moderne-Centre Georges Pompidou fut l’occasion d’une visite immersive avec lui dans l’univers sensoriel de Vassily Kandinsky.


Entendre les couleurs, voir la musique…
Fascinante expérience que le contrebassiste en herbe n’a pas manqué d’apprécier.

Du 15 octobre 2025 au 1 février 2026 au Musée de la musique-Philharmonie de Paris

samedi 25 octobre 2025

Cléopâtre à l’IMA

On barbotait avec délice il n’y a pas si longtemps dans les flots accueillants de la plage Cléopâtre à Alanya, sur la côte méditerranéenne turque, alors faire l’impasse sur une exposition parisienne consacrée à la dernière souveraine d’Egypte n’était pas envisageable !

L’exposition a le mérite de présenter sans artifice l’état actuel des connaissances historiques et archéologiques.
 

Au centre, œuvre gréco-romaine du 1er siècle av. notre ère. Tête de souveraine ptolémaïque, représentée coiffée d’une lourde perruque, surmontée d’une coiffure en forme de vautour aux ailes déployées, attribut des reines pharaoniques depuis l’Ancien empire, peut être Cléopâtre VII. A droite, portrait d’Auguste d’époque romaine, 1er siècle, musée du Vatican, à gauche portrait endommagé de Marc Antoine.


Portrait présumé de Jules César (fac-similé) – Marbre du Dokimeion (Asie Mineure) datant du milieu du 1er siècle av. notre ère. – Musée départemental Arles antique et tête de reine peut être Cléopâtre VII, marbre d’époque hellénistique, Egypte – Paris, Musée du Louvre. La coiffure évoque la représentation iconographique de Cléopâtre dans la numismatique.


Papyrus dit « de Cléopâtre » rédigé en grec et daté de février 33 av. notre ère.


Registre d’impôt sur les terres agricoles. Papyrus conservé à l’institut de Papyrologie de la Sorbonne, Paris.
 


Buste du dieu Sérapis, époque romaine. Sérapis est la forme hellénisée du dieu égyptien Osiris-Apis, honoré par les grecs avant l’arrivée d’Alexandre. Son culte est officialisé par les Ptolémée qui l’associent à Isis. Il est figuré comme un dieu grec analogue à Zeus et porte sur la tête une mesure de blé.


Masque doré de momie, époque ptolémaïque – Musée d’Histoire locale de Rueil-Malmaison. Le visage évoque l’éclat du soleil. A l’avant de la perruque est figurée l’âme du défunt sous forme d’un oiseau à tête humaine. Sur le front, un scarabée ailé porte le disque solaire symbole de renouveau.
 

Sarcophage de chat surmonté de la déesse Bastet, protectrice de l’humanité
 

Statuette D’Osiris, dieu égyptien des morts, Basse époque, 664-332 av. notre ère, Egypte, Musée du Louvre, Paris.
 
Quelques artefacts témoignent du contexte historique mais peuvent paraitre dérisoires au vu de l’abondante production que la renommée du personnage suscita tout au long des siècles et déclinée ici en plusieurs thématiques telles que la légende, le mythe et l’icône nationale.
 


Cléopâtre VII Philopator née à Alexandrie en 69 av. notre ère monte sur le trône à la mort de son père Ptolémée XII. Elle a 17 ans et la place est convoitée par son frère – époux qui tente de l’évincer.
Dans un contexte de crise dynastique et de pressions romaines, Cléopâtre parvient à convaincre Jules César pendant l’hiver 48/47 av. notre ère de la réinstaller sur le trône d’Egypte. De cette alliance avec le général romain naîtra aussi un fils nommé Césarion.
Mais lorsque Cléopâtre se rend avec ce dernier à Rome, les sénateurs y voient une provocation et une menace pour la République, qui participeront peut être au projet de l’assassinat de César en 44 av. notre ère. Elle rejoint alors Alexandrie et scelle une nouvelle alliance stratégique avec Marc Antoine, lieutenant de César, lors d’une rencontre à Tarse (sur le littoral méditerranéen de la Turquie), en 41 av. notre ère. Ils règnent ensemble sur l’Orient romain, provoquant encore une fois la colère du Sénat.


Relief représentant probablement la bataille navale d’Actium entre les armées d’Octave et de Marc-Antoine. Epoque romaine.  
En 31 av. notre ère, l’armée d’Octave, (également nommé Auguste, petit-neveu par adoption du défunt César et prétendant à sa succession, futur premier empereur romain en 27 av. notre ère), entre à Alexandrie après la victoire remportée à Actium sur son rival.  
Cléopâtre et Marc Antoine choisirent de se donner la mort.
 

« Cléopâtre mourant, debout » – Sculpture attribuée à Jean-Baptiste Goy (1666-1738) – Châteaux de Versailles et de Trianon



Par son suicide, la reine refusa l’humiliation de la captivité et mit fin à la dynastie des Ptolémée.
Son extraordinaire destin a fortement impressionné ses contemporains dont certains se sont employé à noircir le personnage par de calomnieuses rumeurs en particulier les auteurs de l’antiquité romaine, alors que des récits de sources égyptiennes et arabes médiévales l’ont décrite comme une souveraine cultivée, polyglotte et diplomate, bâtisseuse de temple et protectrice de son peuple.
 

Ces interprétations et évocations contradictoires ont nourrit l’imaginaire des créateurs dans l’écriture, la peinture, le dessin, la sculpture, mais aussi la musique, l’opéra et le ballet, puis le cinéma, la bande dessinée, la publicité et les jeux vidéo.
 

Costume de Sarah Bernhardt dans Cléopâtre de Victorien Sardou (1890), pièce créée en octobre 1890 au théâtre de la Porte Saint-Martin. Présenté également à l'exposition Sarah Bernhardt du Petit Palais de Paris (avril-août 2023). 
 

Ph. Guillotel, costumes pour Monica Bellucci dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, film d’Alain Chabat, 2002.



Sa popularité ne s’est pas démentie au cours des siècles et elle inspire toujours nos contemporains.
Et en particulier des artistes contemporaines
 




 

« Cleopatra’s chair » (1994) par Barbara Chase-Riboud (née en 1939) – Collection particulière (New York). Un fauteuil vide clôture l’exposition comme dans l’attente d’y accueillir la véritable cheffe d’État.  


Tout au long de ce parcours méthodique se dessine un personnage bien plus complexe qu’il n’y parait, séduisante et fascinante sans doute mais surtout femme de pouvoir qui s’est battue pour sa patrie, son honneur et sa liberté.
 

Aucune révélation fracassante n’est venue lever le mystère Cléopâtre mais l’exposition lui redonne une place honorable en attendant la découverte tant attendue de l’emplacement de sa sépulture qui malgré de nombreuses recherches reste un mystère encore bien plus épais ! 
  
Le mystère Cléopâtre, exposition à découvrir à l'Institut du Monde Arabe, 1 rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5e, tous les jours sauf le lundi, jusqu’au 11 janvier 2026

Sources :

Visite privée, Scribe accroupi, publié le 4 septembre 2025
  
Qui était vraiment Cléopâtre? Par Frédéric Granier, Chef de service GEO Histoire, publié le 17 août 2025

Etat-critique, Pourquoi le « mystère » Cléopâtre ? publié le 18 octobre 2025 par Lucie Niccoli