mercredi 15 octobre 2014

Exposition : « La péninsule historique d’Istanbul », miniatures et enluminures

Du 14 au 22 octobre 2014


L’atelier placé sous la direction de Jale Yavuz et Gaye Özen, réunissant quarante artistes, présente son exposition collective sur le thème : « La péninsule historique d’Istanbul », au centre culturel et palais des congrès de l’université d’Istanbul à Beyazit (sur la gauche de la porte principale de l’université).





La sélection suivante parmi une centaine de miniatures et enluminures, n’est pas impartiale puisqu’elle se limite aux œuvres de l’une d’entre elles que je connais mieux que les autres… Dilek Kaur.





Sans surprise je plébiscite la miniature représentant Eminönü et le Mısır Carşısı (marché aux épices)



vendredi 3 octobre 2014

Iznik : un patrimoine culturel à préserver

Malgré un cadre naturel privilégié en bordure de lac, l’antique Nicée a perdu un peu de son charme depuis une précédente visite en 2009.
Bourgade baignant pour le moment dans la poussière des rues défoncées par des travaux de canalisations, il est difficile d’imaginer qu’elle fut la cité hellène que Lysimaque nomma, en l’honneur de son épouse, Nicea, puis une ville prospère de l’empire romain à partir de 76 av. JC, la capitale du sultanat des Turcs seldjoukides de 1081 à 1097 duquel elle tient son nom Iznik, une capitale byzantine pendant plus de 50 ans alors que Constantinople subissait l’occupation latine (1204-1261), et le centre d’une production artistique de faïences admirables qui ont décoré depuis le 15e siècle et jusqu’au milieu du 17e les plus prestigieuses constructions ottomanes et dont les motifs colorés nous font écarquiller les yeux de plaisir à Bursa, Edirne (mosquée Selimiye) et Istanbul  (mosquée Rustem Paşa , Nouvelle mosquée et son pavillon impérial, mosquée Kılıç Ali Paşa, tombeau d'Eyüp Sultan, pavillon aux faïences, türbes des sultans Mehmet III, Selim II et Murat III, mosquée Takkeci Ibrahim aga, etc…)

Elle conserve pourtant de remarquables vestiges malgré les invasions et séismes destructeurs jalonnant son histoire.
Son plan urbain en damier hérité de l’antiquité gréco-romaine facilite la visite.


Au croisement des axes perpendiculaires menant aux principales portes de la ville, la basilique Ste Sophie, dont la première construction remonte au 6e siècle et qui fut en 787 le cadre du septième concile œcuménique rétablissant le culte des images, a subi en 2007 une restauration controversée pour devenir un musée. Elle est de nouveau affectée partiellement au culte musulman depuis 2012 comme elle le fut à partir de 1331 et pendant toute la période ottomane.



Contrastant avec son apparence extérieure, on peut constater l’état de délabrement intérieur en déambulant librement (l’entrée n’est plus payante), sans se déchausser, dans le périmètre de l’édifice, tandis qu’au centre des fidèles se prosternent sur les tapis de prière face au mihrab. Curieux compromis !





Et ce n’est pas le seul endroit d’Iznik où un édifice héberge les traces d’une autre époque que celle où il fut construit.
La visite du hammam de Murat Ier réserve quelques surprises ! Sa récente restauration entreprise en 2006 après des dizaines d’années d’abandon, a permis de découvrir une voie romaine du 1er ou 2e siècle et des colonnes.



Comme l’annonçait le projet de réhabilitation de l’édifice ruiné, l’aménagement intérieur a été entamé avec pour objectif la présentation des différentes civilisations ayant marqué les lieux. On y trouve ainsi une grande maquette de la ville avec ces diverses constructions et des reconstitutions d’ateliers de céramistes.






Mais aussi des reproductions d’éléments architecturaux éparpillés dans la campagne alentour.  L’obélisque qui marquait l’emplacement de la tombe de Caius Cassius Philicus, patricien romain et qui domine le paysage de ses 12 m de hauteur à quelques km de là, est ici coincé en modèle réduit sous le plafond voûté.


On croit reconnaître plus loin un pan du sarcophage attribué à Prusias II, roi de Bithynie au 2e siècle av. JC, alors que des morceaux de l’original gisent à l’emplacement initial (lieu-dit Berberkaya) sur une butte au delà des remparts et de la porte Lefke.


Plus étonnant, sur les murs et le plafond d’une petite salle du hammam sont peintes des ébauches de reproduction des fresques décorant un hypogé, tombe souterraine byzantine édifiée probablement au 4e siècle, situé à l’extérieur des remparts et non visitable actuellement.



On peut voir d’autres reproductions de fresques comme celle de ce berger…



Une autre représente le Christ imberbe… Copie d’une fresque bien endommagée décorant la basilique Ste Sophie.
L’intention de réunir dans cette maison de la culture improvisée, les traces d’un passé pluriel endommagé ou méconnu était louable mais en 2012, les travaux entrepris ont été brutalement suspendus pour « non-conformité à l’usage initial de l’édifice ». Décision tardive mais irrévocable semble-t-il…
Peu attirée par ce genre de culture en conserve, ce prêt-à-visiter sorti de son contexte géographique (type Miniatürk Park à Istanbul), il faut en reconnaître l’utilité pédagogique pour touriste pressé. Est-ce bien judicieux d’avoir interrompu ce projet et de laisser les visiteurs déambuler dans ces lieux en chantier, trébucher dans les fils électriques et les parpaings abandonnés ?
Dans la cour, des échoppes proposent des copies des céramiques d’Iznik. 



Pour en trouver de plus belles, mieux vaut se rendre du côté du medrese Süleyman Pacha daté de 1332, toute première université de construction ottomane, dont la vocation commerciale actuelle n’est, soit dit en passant, pas non plus très conforme à l’usage initial, comme beaucoup d’autres édifices de l’époque ottomane que ces réaffectations ont le mérite d’avoir sauvé du délabrement. Il n’est cependant pas épargné par la pollution visuelle des véhicules stationnés. Par contre la maison voisine (à droite) a été radicalement rénovée…



Au hasard des ruelles d'autres boutiques-ateliers...



Un autre hammam, celui de Murat II, daté du 15e siècle, a lui aussi bénéficié d’une restauration semble-il mais il est toujours en fonction. Sans doute le personnage rencontré en 2009 y officie-t-il toujours !


Tout près de là, les fouilles se poursuivent à l’endroit où ont été retrouvées, en 1964, les premières traces des ateliers et fours de potiers de la période ottomane.


Le musée d’Iznik installé depuis 1960 dans l’Imaret (soupe populaire) que le sultan Murat Ier fit construire en 1388 pour honorer la mémoire de sa mère Nilüfer Hatun, présentait encore récemment quelques pièces de cette fabuleuse production, ainsi que d’autres vestiges des différentes époques. Il est fermé pour restauration.




La mosquée verte qui lui fait face dresse son minaret joliment décoré, depuis la même époque.



Il faudra se résigner à contempler de loin les ruines du théâtre romain construit entre 98 et 117. Le site est entouré de grillage et l’accès interdit pour cause de fouilles en cours.


Une visite à la Fondation des faïences d'Iznik, créée en 1995, située dans un jardin près du lac (13 Göl Sahil yolu, Vakıf Sokak), pourra donner un aperçu des ateliers où sont produits les magnifiques panneaux que l’on peut voir dans le métro d’Istanbul et ailleurs et de belles copies de pièces tournées.




Repartons sans regret vers Istanbul, par la porte du même nom, en jetant un dernier regard sur les remparts datant du 2e siècle et consolidés par les byzantins.



Espérons que la prochaine fois, Iznik sera de nouveau capable de nous séduire.
Elle en a l’ambition, puisqu’un survol du site a été réalisé afin de présenter un inventaire précis pour son inscription sur la liste indicative de l’UNESCO. D’ailleurs à cette occasion, les traces d’une église du 5e siècle, submergée à la suite du séisme de 740, ont été relevées dans les eaux de son lac à quelques mètres du bord. 
Source: Hurriyet dailynews, janvier 2014   
Vidéo Hurriyet-tv




mercredi 1 octobre 2014

Bursa, patrimoine mondial reconnu par l’UNESCO

Après Istanbul, Bursa est la ville où l’on peut voir le plus grand nombre d’œuvres architecturales ottomanes. 
La plupart d’entre-elles portent encore ici l’empreinte du style des Seldjoukides mais préfigurent les constructions impériales du 16 et 17e siècles.
L’UNESCO vient de l’inscrire sur sa liste en juin 2014 et reconnaît l’importance de ce patrimoine en ces termes : « Le site illustre la création d’un système urbain rural fondateur de l’Empire ottoman au début du XIVe siècle. »
Une nouvelle occasion d’y passer une journée se présentant, j’en ai profité pour compléter la précédente visite de 2010. L’objectif premier cette fois était le complexe Muradiye avec ses douze türbes, mais pas de chance, ils sont en restauration.





Par contre la mosquée de Murat II (père de Mehmet le Conquérant) est rutilante. Il a fallu 2 ans de travail minutieux pour retrouver les motifs originaux des débuts de la période ottomane sous un enduit recouvert de décors baroques datant du milieu du 19e siècle. 




Tout près du complexe on peut visiter (sauf le lundi) une ancienne demeure ottomane du 17e siècle, musée depuis 1958. (Rappelant celle de Safranbolu)








A côté, le musée Uluumay, installé depuis 2004 dans l’ancien medrese restauré du poète Ahmet pacha, possède une riche collection privée de costumes et bijoux ottomans. Allez savoir pourquoi, les photos sont interdites à l’intérieur, sauf la cour.




Tout le quartier est envahi de véhicules en stationnement et l’envie de photographier est de toute façon instantanément bien diminuée !



Seul le Hammam de Murat II est épargné, quand on arrive à le cadrer entre deux flots de circulation.


La moindre visite à Bursa ne peut faire l’impasse sur les symboles de la ville.
La mosquée du sultan Mehmet Ier Çelebi, construite en 1419-1420 possède un remarquable portail et des fenêtres en marbre sculpté. Sa décoration interne de faïences émaillées vertes, ajoutée en 1424 par son fils et successeur Murat II, lui valut d’être renommée mosquée verte.







Dans le türbe aux façades recouvertes de faïences turquoise d’Iznik (dont une grande partie fut remplacée par des carreaux de Kütahya après le séisme de 1855), repose le sultan Mehmet Ier Çelebi. Motifs floraux et inscriptions calligraphiques décorent le sarcophage, les murs intérieurs et le mihrab.










L'ancien medrese, tout proche abrite le très intéressant musée ethnographique, visité en 2010. (Fermé le lundi)



Une pause dans le restaurant Hünkar, nous permet d’apprécier la spécialité culinaire de Bursa : l’Iskender Kebab, inventé vers le milieu du 19e siècle et consistant à faire griller verticalement des tranches de viandes empilées sur une broche, découpées en fine lamelle avec un long couteau au fur et à mesure de la cuisson. Il est servi sur un lit de pide (pain plat) avec une sauce tomate et du yaourt. 



Nous dégusterons un café turc près du pont Irgandi, version ottomane du ponte Vecchio florentin. Construit en 1442, endommagé par séisme en 1854, bombardé pendant la guerre d’indépendance de 1919-22, il a été restauré en 2004. Des boutiques d’artisanat local bordent les deux côtés de la ruelle qui le traverse.




Autour de la fontaine intérieure de la grande mosquée (Ulu cami) construite entre 1396 et 1400 et restaurée plusieurs fois, les fidèles se préparent pour la prière. 



Sur les deux niveaux du Koza han, ancien marché des cocons construit en 1491 par le Sultan Bayezit II, la soie se décline en multicolore dans les motifs les plus variés.



Pour accéder à la citadelle, ancienne ville fortifiée romaine et byzantine, les plus fatigués emprunterons les escaliers mécaniques avant de grimper quelques marches supplémentaires pour profiter du panorama. Une autre fois il faudra prendre le temps de flâner dans ce vieux quartier... visiter aussi le complexe du sultan ottoman Yıldırım Bayezid et faire un crochet vers le village de Cumalıkızık accroché sur un versant du mont Uludağ... On ne peut quitter Bursa sans faire le projet d’y revenir au plus vite !