lundi 24 juillet 2017

“Chateau Nuzun”, une exploitation viticole en Thrace

Récemment s’est présentée l’occasion de visiter une propriété viticole, tout près du village où nous passons l’été. Elle est située sur les hauteurs de Yeniçiftlik, village de Thrace en bordure de la Marmara. Je ne connaissais pas son existence !

On y accède en prenant sur la droite un chemin tout juste stabilisé (sur environ 3 km) après le panneau indiquant la fin du village de Yeniçiftlik en direction de Tekirdağ.


A vrai dire son implantation est récente, même si la région est un terroir viticole depuis l’antiquité et que de nombreux vignerons y soient installés depuis plusieurs décennies. Passée la ville de Tekirdağ, j’avais visité les exploitations « Umurbey » et « Barbare wine ». Et il y en a bien d’autres … (Melen, Kutman, Suvla etc…)


Nazan et Necdet Uzun, propriétaires du domaine « Château Nuzun », se sont lancés dans cette grande aventure après de longues années passées en Californie, murissant lentement mais avec détermination le projet de repartir en Turquie pour produire un vin de qualité, afin de répondre à la demande d’une clientèle turque qui connait les bons vins du monde, et de séduire si possible une clientèle internationale. Plantation des pieds de vignes en 2005, construction du bâtiment avec cave en sous-sol et première vendange en 2008, premières ventes en 2010.


La passion pour leur nouveau métier est toujours là et l’ambition de réussir aussi, mais un soupçon de désillusion a voilé l’enthousiasme des premiers pas. Ils n'ont pas vraiment choisi le bon moment pour se lancer dans cette activité! Depuis juin 2014, les taxes se multiplient, les dégustations gratuites sont interdites, ainsi que la promotion de produits alcoolisés sous toutes ses formes. Pas question non plus de faciliter l’accès des propriétés par des panneaux en bordure des grands axes routiers. La plus grande discrétion est de mise. Pas de quoi favoriser le tourisme viticole en Thrace comme dans tout le pays! La plupart des routes des vins qui commençaient à se dessiner ont du être rebaptisées promptement routes du raisin pour ne pas se faire épingler par la législation.

Mais on peut toujours compter sur l’efficacité du bouche à oreille… Il reste des amateurs !

Nous voici donc devant la propriété, avec vue plongeante sur les vignobles et la mer.



Si son nom "Chateau Nuzun" peut vous paraître pompeux, il ne doit rien à un trait de caractère prétentieux de ces producteurs mais à leur volonté de faire reconnaître leur savoir-faire en toute modestie. En effet leur exigence se porte sur les raisins exclusivement récoltés sur les parcelles de la propriété et sur les techniques de vinification mises en œuvre sur place. Pour rappel, la mention "château" est devenue courante dans le Bordelais à partir du 19e siècle pour identifier l’ensemble des moyens de production au même titre que les « clos » et les « domaines » et comme les Turcs ont une préférence marquée pour les vins de Bordeaux, il était naturel qu’ils empruntent cette symbolique appellation.

La visite était assurée ce jour là par Nazan, épouse de Necdet Uzun.
On commence par le laboratoire avec un pressoir moderne qu’on peine à identifier, des cuves en acier inoxydable où se fait la fermentation et des appareils de mesure complexes pour sélectionner les différents cépages qui seront utilisés seul ou en assemblage selon leur qualité gustative et selon les années afin d’obtenir un vin équilibré. La capacité annuelle est estimée à 100 000 bouteilles, mais jusqu'à maintenant la production a varié selon les récoltes entre 5 000 et 35 000.


On descend ensuite dans la cave. L’affinage en fut de chêne (français) pendant 14 mois ou plus est la dernière étape avant la mise en bouteilles.


Pour la dégustation nous remontons dans le salon.


Une sélection de 4 vins sera proposée à nos papilles, accompagnée de quelques cubes de fromages et un assortiment de fruits secs, pour 10TL (2,50€)

Un rosé 2013
Un Chateau Nuzun 2008, Cabernet Sauvignon-Syrah.
Un Chateau Nuzun 2010, Cabernet Sauvignon. 
Un Chateau Nuzun 2011 Cabernet Sauvignon, Merlot, Syrah, Pinot noir

J’en ai personnellement retenu deux mais je me garderai bien d’en faire de longs commentaires. 


Je les ai trouvé fruités, le second un peu plus charpenté. Bien qu’ayant déjà participé à quelques dégustations (dont une à Istanbul) on ne s’improvise pas œnologue !
J’ai d’ailleurs été la première étonnée de mon choix puisqu’il s’est porté sur un bi-cépage Cabernet Sauvignon-Syrah et un mono cépage Cabernet Sauvignon, que généralement je n’apprécie pas particulièrement. J’attendais plus du dernier qui contient du Pinot noir, cépage de Bourgogne, mais son assemblage de la cuvée 2011 ne m’a pas convaincue. Beaucoup trop lourd en tanin à mon goût, mais il a été plébiscité par d’autres dégustateurs. Le coupage sans doute faible en Pinot et les caractéristiques du terroir y sont probablement pour quelque chose.
On remarque aussi la quasi exclusivité de cépages originaires de France sauf dans un assemblage Château Nuz 2011 contenant un cépage autochtone Öküzgözu qui habituellement satisfait mon palais. Il faudra donc revenir et demander à le goûter…
Pour cette honnête production on pourra émettre quelque réserve sur les prix, entre 10 et 20 € la bouteille selon les années et les assemblages (avec la réduction à partir de six bouteilles, même différentes),  mais n’oublions pas qu’ils sont bien gonflés par les taxes. Les quelques vins français importés, de qualité comparable, sont ici bien plus chers qu’en France. On peut donc y trouver une alternative intéressante.


Difficile à trouver dans le commerce, mais pas impossible (voir ici). Quelques restaurants d’Istanbul en proposent certains crus dans leur carte.

Visite et dégustation sont prévues le samedi et le dimanche de 14 à 16h et sur rendez-vous pour d’autres jours et d’autres horaires.
Çeşmeli Köyü, Marmara Ereğlisi
Tekirdağ, Türkiye, 59740

Et puis, en Thrace, il y a aussi quelques producteurs amateurs !
De tout petits vignobles est issu le breuvage contenu dans cette bouteille (non commercialisée). 


J’ai bien aimé sa couleur et son arôme de fruits rouges. J’aime bien aussi son nom puisqu’il fait référence à la cité gréco romaine de Perinthos dont j’ai évoqué les vestiges dans ce blog ici et ….


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