samedi 7 avril 2012

Souvenirs d’enfance d'une fille unique (4)


La période de Pâques inspire aussi les chocolatiers d’Istanbul et les vitrines se parent d’œufs, de lapins, de cloches… Toutes les occasions sont bonnes pour faire plaisir aux petits gourmands. D’abord réservée aux minorités chrétiennes, d'année en année la tradition fait des émules, toutes populations confondues. Un souvenir d'enfance me revient en mémoire...
     
Une cocotte en chocolat amer
Comme beaucoup d’enfants j’ai subi une ablation des amygdales et des végétations à l’âge de 4 ans. Souvenir très vaguement douloureux de cette intervention qui eut pour conséquence chouchoutage intensif et abondance d’esquimaux que mon papa se procurait dans les cinémas du quartier, le Brunin (actuellement MK2 Nation, bd Diderot) ou le Triomphe (démoli dans les années 70, rue du Fb St Antoine)
Puis le médecin de famille conseilla vivement un changement d’air pour la convalescente, ce qui me valut au printemps, un séjour dans le sanatorium de la Tronche, près de Grenoble, au pied du mont Saint-Eynard. Dans un grand chalet entouré d’un parc, je crois…


Mes parents avaient dû m’expliquer que cet éloignement était nécessaire pour ma santé, pour mon bien… que ce seraient des vacances avec d’autres enfants…
Mais je me souviens d’un cuisant dépit à mon arrivée. Un isolement sanitaire et quelques nuits solitaires dans un dortoir immense et vide m’attendaient.
Comment avaient-ils pu m’abandonner dans ces lieux sinistres ? Qu’en était-il des promesses de jeux et de promenades ?
Retrouvant mes congénères, les souvenirs des jours suivants se sont estompés dans l’insouciance de l’enfance, sauf l’épisode de la cocotte en chocolat.
Dans le dortoir réservé aux petits convalescents, les lits en enfilade étaient séparés par des tables de nuit. Un jour, sur quelques unes, des friandises de Pâques, expédiées par les parents, furent déposées puis rapidement englouties.  
Ma voisine semblait particulièrement satisfaite et fière de la superbe cocotte enrubannée qui y trônait, mais elle n’y toucha pas. J’avais bien compris qu’elle ne m’était pas destinée, mais ainsi exposée à la convoitise pendant des jours, la tentation de la croquer devint irrésistible. J’accomplis en cachette l’irréparable, en amputant sa queue d’un coup de dent.


Je n’ai pas le moindre souvenir d’une quelconque investigation du personnel, ni de punition. Il y eu cependant des représailles à la hauteur du forfait : mon baigneur en caoutchouc fut généreusement gribouillé, tout aussi subrepticement, au bic bleu et en porta les traces indélébiles toute son existence.
Honteuse d’avoir été démasquée, je le fus sans doute, mais le sentiment de culpabilité ne m’effleura pas. J’étais victime d’une injustice. L’amertume fut le lot de mes parents qui déjà mal à l’aise d’avoir accepté de m’imposer ce séjour, regrettèrent longtemps cet oubli impardonnable qui avait mis leur petite fille chérie dans une situation si délicate.

D'autres souvenirs … un, deux, trois, soleil !

3 commentaires:

  1. Bon anniversaire et joyeuses Pâques! J'aime bien tes souvenirs de gourmande!

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  2. Merci Kiki... Et en effet je réalise que ces souvenirs sont liés surtout à la mémoire des saveurs!

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  3. Oh oui, un panier à la main, on partait dans le jardin des grands-parents pour fouiller dans tous les recoins et naturellement le lendemain... un peu mal au ventre mais que de souvenirs !!!!
    Tarotus...

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